Montaigne

Canitie

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cheveux-blancs-teintureUne violente émotion, comme chacun sait, peut faire blanchir totalement ou partiellement la barbe et les cheveux. Henri Dunant, dans Un souvenir de Solférino, relate l’anecdote d’un soldat autrichien de vingt ans dont les cheveux blanchirent entièrement le jour de l’effroyable bataille du 24 juin 1859.

Lors d’un voyage à Plombière, Montaigne certifie avoir vu le seigneur d’Andelot, qui avait un côté de la barbe et des sourcils tout blancs et l’autre tout noir : cela lui était survenu instantanément, devant témoin, le jour où on lui avait annoncé que son frère fut accusé de complicité avec les comtes Egmont et de Hornes, et avait été décapité par sentence du tribunal du duc d’Albe.  

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Dernière pirouette

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jacques-louis-davidII y a des gens qui ont de l’esprit jusqu’au bout… de la vie. Au fait, les gens d’esprit à l’heure de la mort ne veulent pas perdre l’occasion d’un bon mot. L’esprit de l’escalier n’est plus de mise, quand on meurt. 

Montaigne nous raconte ceci : « Un homme qu’on menait au gibet disait : « Ne me touchez pas à la gorge, vous me feriez mourir de rire, car je suis très chatouilleux ! » Un autre répondit à son confesseur qui lui promettait qu’il souperait ce jour-là avec Notre-Seigneur : « Allez-y vous-même. Pour ma part, j’aime mieux jeûner. » 

Un fait très populaire du temps de Montaigne est celui d’un Picard, à qui on proposa étant déjà sur l’échelle (on pendait alors les condamnés) de se marier pour avoir la vie sauve, comme la loi le permettait. Le criminel descend, examine la fiancée et s’aperçoit qu’elle est boiteuse. Il crie alors au bourreau : 

Attache ! attache ! elle cloche

Mandrin, en montant sur l’échafaud, demandait combien il y avait de cabarets d’ici au Paradis… 

Mais quittons les criminels et passons aux honnêtes gens. Qui ne sait les mots fameux de Rabelais sur son lit de mort : 

Tirez le rideau, la farce est jouée

Mme Fontaine-Martel, dame qui traversa la Régence et qui, en son temps, fit beaucoup parler d’elle, demanda, en mourant, quelle heure il était. Puis, elle ajouta : « Dieu soit loué ! Quelque heure qu’il soit, c’est toujours pour lui l’heure d’un rendez-vous. » 

Les chroniques racontent qu’Austrigilde, femme de Gontran, roi de Bourgogne, obtint de son mari en mourant, qu’il ferait enterrer avec elle ses deux médecins. Voilà un singulier caprice de grande dame. Van Oberkock, peintre flamand, qui aimait son art et le plaisir avec passion, finit à force d’excès par tomber dangereusement malade. Les médecins, après l’avoir visité, fondaient des espérances sur son âge. Il leur dit, en riant aux éclats : 

Ah ! messieurs, ne comptez pas sur mes quarante-six ans, il faut doubler : j’ai vécu  jour et nuit. 

 « Ma revue. » Paris, 1907. 
Peinture : Jacques-Louis David.

Un précurseur 

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montaigne

Plusieurs branches de la Publicité sont modernes dans leurs applications, mais non dans leur principe. Voici, par exemple, un curieux passage des Essais qui montre que, dès le XVe siècle, le père Montaigne songeait à créer des officines qui auraient joué le rôle de nos agences de placement et des petites annonces  de nos journaux.

Feu mon père, m’a dict aultrefois qu’il avoit désiré mettre en train qu’il y eut ez villes certain lieu designé, auquel ceulx qui auraient besoing de quelque chose se peussent rendre et faire enregistrer leur affaire à un officier estably pour cet effect, comme : « Je cherche à vendre des perles »; tel s’enquiert d’un « serviteur »; tel d’un « maistre »; tel demande un « ouvrier ». Et me semble que ce moyen de nous entr’advertir apporteroit non legière commodité au commerce public; car à touts coups il y a des conditions qui s’entrecherchent, et, pour ne s’ entr’entendre, laissent les hommes en extrême nécessité.

Peut-on exposer plus clairement les avantages de cette forme spéciale de publicité ? 

« La Revue limousine. » 1er juin 1929.

Administration

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marquet

On peut être député socialiste et maire d’une grande ville de France, et ne pas avoir une culture très étendue. C’est le cas de M. Marquet, député de la Gironde et maire de Bordeaux, qui, lorsqu’il a un discours à prononcer devrait bien le faire rédiger par un de ses secrétaires. Il éviterait ainsi de faire des erreurs monumentales et qui ont dû faire sourire le lettré qu’est M. Herriot, et les autres personnes qui l’écoutaient.

C’était lors de la réception à l’hôtel de ville de Bordeaux des congressistes radicaux, en général, et de M. Herriot, en particulier. Adrien Marquet, s’adressant à l’ancien président de la Chambre, crut devoir l’accueillir par une phrase sortant de l’ordinaire et il ne trouva pas mieux que ceci :

Le maire de la ville où naquit Montaigne est particulièrement fier de recevoir le maire de la grande cité où naquit Rabelais.

Evidemment. le rapprochement était heureux, mais l’ennui c’est que Montaigne n’a jamais vu le jour à Bordeaux, mais au château de Montaigne, dans le Périgord, et que Rabelais n’a jamais été Lyonnais, étant né à Chinon !

A part cela, le reste est vrai.

Sacré M. Marquet ! avec les 45.000 francs qu’il touche à présent, que ne s’achète-t-il un dictionnaire ?…

« La Revue limousine : revue régionale. »  Limoges, 1926.
Illustration : Adrien Marquet, maire de Bordeaux, inaugure le nouveau stade de 1938.