Montreuil

Les deux poires de Montreuil

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Louis XVIII

Louis XVIII se faisait rarement attendre; Il disait que l’exactitude était la politesse des rois. Il l’observait surtout à l’heure du dîner, car on sait que ce prince aimait la bonne chère, et était grand amateur de primeurs. Il fallait, pour lui, récolter du chasselas au mois de mal, des petits pois en janvier et des poires en mars. Un jour à la fin de janvier, le père Étienne, son jardinier à Montreuil, lui envoya, par son fils, deux poires énormes et conservées dans toute leur beauté.

Le Jeune villageois arrive aux Tuileries à l’heure du déjeuner. Au dessert, un adroit courtisan place ces deux beaux fruits en vue du roi, au milieu de la table, et annonce qu’ils sont envoyés par la commune de Montreuil. L’auteur de la Charte ordonne que l’on introduise Etienne, le représentant de cette commune, et que tout le monde se retire. On obéit.

Oh ! les beaux fruits ! s’écrie aussitôt le roi resté seul avec Étienne. Celui qui les a fait pousser à force d’art et de persévérance mérite d’être récompensé. Demande-moi quelque chose, mon garçon ! demande.

Oh ! oh !

Quoi ! que veux-tu ? tu n’oses répondre ! tiens, voilà d’abord pour ton habileté; ensuite j’aurai soin de te payer de tes peines. 

Et il lui présente une des deux poires; puis lui-même prend l’autre, mord à belles dents, et, en exprimant vivement le plaisir qu’il éprouve:

Allons, prends donc !

Ho ! je n’oserais, dit Étienne.

Je l’ordonne.

Étienne avance la main, prend la poire, tire son couteau de sa poche, et commence à la peler.

Butor, que fais-tu ? gâter un si beau fruit ! regarde-moi, je la mords avidement; fais comme moi. Eh bien ! allons donc.

Oh ! que non !

Pourquoi ? dit pourquoi ! je le veux.

Eh bien ! c’est que, voyez-vous, sire, y en a une qu’est tombée le long de la route ; je n’oserais dire où, et je ne sais pas laquelle… 

Nous ne savons pas si le roi acheva sa poire.

Les mille et une anecdotes comiques, calembours, jeux de mots, énigmes, charades, […]   Passard, Paris, 1854.

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