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Palace maudit

peur

Ce billet évoque une fatalité bien mystérieuse dont un grand palace, du quartier des Champs-Elysées, a été le théâtre.

Un été, une admirable jeune femme descendait à l’hôtel X… et s’y faisait inscrire sous un nom supposé. Elle avait grand air, portait des bijoux de prix. Elle passait dans les couloirs silencieuse, admirablement habillée. Elle recevait peu de visites. Un jeune homme pourtant la venait voir fréquemment. Une nuit, on avait entendu du bruit. Le matin on trouvait la jeune femme et son visiteur morts, tués chacun de deux coups de revolver. La morte était tombée sur le lit. La pièce était pleine de sang.

De telles aventures sont désastreuses pour un hôtel qu’elles peuvent ruiner du coup. La Préfecture reconnut ou déclara qu’il y avait eu double suicide, qu’il n’y avait donc pas lieu d’informer. Les corps disparurent sans bruit, dans la nuit. La chambre fut renouvelée des murs aux tapis, et quinze jours après, un vieil étranger connu et fort respectable vint l’habiter. Il n’était pas là depuis deux jours, qu’un soir en rentrant du théâtre, et remontant à sa chambre par l’ascenseur, il se trompa, fit un geste hâtif, ouvrit trop tôt la porte du palier, eut la jambe prise dans la cage de l’escalier et subit une fracture de la cuisse. Deux jours après, des suites de son accident, il mourrait.

La chambre fatale fut renouvelée de fond en comble, mais la direction voulut d’abord la laisser fermée. Quand les habitués passaient dans le couloir, machinalement ils baissaient la voix.

Après trois mois de silence, un soir que les voyageurs affluaient, la chambre, toute neuve, fut rouverte et rendue à un client. Quelques jours après, le personnel de l’hôtel manifestait tout à coup une agitation extrême, une nervosité inaccoutumée et qui ne pouvait échapper aux yeux des voyageurs habituels. C’est qu’en effet le dernier habitant de la chambre tragique, pris d’une syncope, avait dans la nuit succombé à une embolie !

Hasard, coïncidence, fatalité, qu’on donne à cette « malédiction » toutes les explications qu’on voudra. Ceux qui croient aux lois mystérieuses d’un monde inconnu de nos sens trop limités, ceux-là seuls pourraient expliquer ces morts inexplicables.

Inspiré par un article paru en 1913 dans « L’Écho du merveilleux« .
Photo : http://www.nipponconnection.fr

L’addition

fred-zeller

Ce n’est pas pour rien que l’on meurt au restaurant au cours d’un banquet.

Si nous en croyons le Cri de Paris, la famille de l’un des directeurs du Bon Marché (et cela est d’une belle ironie !)  mort récemment inter pocula, a reçu du restaurateur une note qui s’élève à la bagatelle de onze cent soixante-quinze francs.

Sur cette « douloureuse » figurent 25 fr. d’éther, 50 fr. d’auto (pour avoir été chercher le docteur), 100 fr. d’honoraires pour ce morticole et… 1.000 Fr. d’indemnité pour le préjudice causé à la maison par l’interruption delà soirée !

« La Grimace. » Paris, 1921.
Peinture de Fred Zeller.

Trop curieux

Louis-XV

Louis XV aimait à parler de la mort, quoiqu’il la craignît beaucoup. Mais son excellente santé et son titre de roi lui faisaient probablement espérer qu’il serait invulnérable.

Il disait assez communément aux gens très enrhumés :

Vous avez là une toux qui sent le sapin. 

Chassant un jour dans la forêt de Senart, une année où le pain avait été extrêmement cher, il rencontre un homme à cheval portant une bière.

Où portez-vous cette bière ? s’enquit le roi.
Au village de…, répond le paysan.
Est-ce pour un homme ou pour une femme ?
Pour un homme.
De quoi est-il mort ?
De faim, répond brusquement le villageois.

Le roi piqua son cheval, et ne fit plus de question.

« Dictionnaire encyclopédique. »  Victor Fournel (Mémoires de Mme Campan) Paris, 1872.