mouche

Le langage de la mouche

Publié le Mis à jour le

.mouche

la « mouche » tente un retour offensif : depuis quelques semaines, la plupart des artistes qui « font » la mode ou qui la suivent jalousement, arborent ce nævus artificiel, à la scène et même à la ville, au coin de la lèvre, dans le sillon du sourire, ou à la commissure des paupières. 

La « mouche » qui était, au XVIIIe siècle, l’attribut le plus indispensable de la séduction féminine et qui avait, depuis bien longtemps, rejoint dans les oubliettes de la mode, les paniers, les perruques et tout l’attirail de l’élégance des contemporaines de Watteau. A ce propos, il est amusant de rappeler que le XVIIIe siècle, d’une galanterie si ingénieuse, avait créé le « langage des mouches ».

Selon la place où elle était posée sur le visage la mouche avait telle ou telle signification : au coin de l’oeil, elle était affectueuse. Au milieu du front, majestueuse. Dans la fossette du rire, enjouée. Au milieu de la joue, aimable. Sur les lèvres, coquette. Au-dessous de la lèvre inférieure, discrète.

Flossie. Paris, 1er janvier 1910.

Trott et la mouche

Publié le

enfant

Trott se trouve tout à coup à coup un creux énorme. Oh ! qu’il a faim ! Heureusement, sa tasse de lait est toute prête. Trott prend sa tasse des deux mains. Il la soulève et se prépare à boire.

Tiens ! il y a une mouche au milieu du lait. Trott s’arrête, offensé. C’est bien fait. Vilaine gourmande ! qui lui a permis de boire le lait de Trott ? Elle va se noyer, et elle ne l’aura pas volé. Comme elle a l’air épouvantée, la mouche ! Elle remue désespérément les pattes; elle essaye de battre des ailes; elle n’y arrive pas. Chaque mouvement qu’elle fait l’enfonce davantage. Bientôt ce sera fini.

Pauvre mouche ! Après tout, c’est une bien grosse punition. Trott lui tend la cuillère « Grimpe dessus et va-t’en. » Mais la mouche a tout à fait perdu la tête. Au lieu de s’approcher, elle s’éloigne. Ah ! bien alors !… Tant pis pour elle ! 

Mais non ! Tout à coup Trott se sent pris d’une immense pitié. Est-ce qu’il n’était pas un peu comme cette pauvre mouche tous ces jours derniers, quand il se débattait dans sa fièvre, qu’il repoussait sa maman et Jane. Cette tasse de lait, c’est pour la mouche une mer effroyable où elle va s’engloutir, quelque chose comme cet horrible noir où Trott était emporté.

Trott poursuit la mouche avec la cuillère. Est-ce qu’il n’arrivera donc jamais à l’attraper ? Les pattes remuent moins. Oh ! elle ne va pas mourir ? Il semble à Trott que ce soit quelque chose comme si lui-même allait retomber malade.

Enfin la mouche est prise dans la cuillère, et Trott la verse avec un peu de lait sur la table de fer-blanc. N’est-il pas trop tard, hélas ? Elle est échouée lamentablement sur un côté les ailes sont collées, les pattes ne remuent plus; c’est une petite loque. Elle a l’air étouffée, noyée, morte définitivement. Trott la pousse de côté, légèrement, avec la cuillère. Il oublie de boire. Il la contemple avec anxiété. Rien ne bouge. Elle est morte.

Non ! Est-ce bien possible ? Voilà une patte qui s’agite faiblement. Puis plus rien. Ah ! en voici deux ! Elle se les frotte l’une contre l’autre. Puis, tout de suite, elle s’essuie la figure. Ça, c’est propre, madame la mouche. Elle fait un grand effort, en dégage une troisième et se traîne à trois pattes.

Oh ! mais, ça va vite maintenant. Voilà la quatrième délivrée, et puis les deux dernières. Il n’y a que les ailes qui ne vont pas encore. Elle a beau se les lisser, se les lustrer, se les gratter avec ses pattes elles ne veulent pas se décoller. Pourtant on dirait que l’une… Allons donc ! courage ! Ça y est. On entend un Zzzon significatif. L’aile droite est libre; l’aile gauche est encore poisseuse mais pas pour longtemps. Elle se met à remuer, à remuer. Zzzon. Les voilà toutes deux rétablies. La mouche se promène de long en large d’un air affairé. Elle va, elle vient, elle s’arrête, elle reprend sa route comme si elle cherchait très vite quelque chose d’égaré, par-ci, par-là, par-là encore. Et tout à coup, pfttt, la voilà envolée ! 

Elle aurait pu dire merci. Trott est un peu choqué. Mais il est tout de même bien content.

André Lichtenberger, « Mon petit Trott. »

Esthétique diptère

Publié le Mis à jour le

mouches

Encore une mode bien américaine, que l’on essaie de lancer sur nos plages. Sera-t-elle adoptée ?

Il faut espérer que non, car, si elle satisfait aux goûts excentriques des transatlantiques, elle ne peut que blesser la finesse naturelle des populations latines. Il s’agit de la nouvelle mouche vivante que les élégantes de New-York fixent par une patte sur leur joue, un peu à côté de la bouche. Cela procure, paraît-il, des sensations très  » exiting  » et signifie, grâce à un symbolisme, disons-le, un peu grossier, que l’on peut s’approcher sans crainte de cette bouche charmante.

Nous voilà, bien loin de la délicieuse mouche de nos grand-mères ! II faut espérer, répétons-le, que cette absurde excentricité n’aura aucun succès chez nous.

 » Inventions nouvelles et dernières nouveautés  »  Gaston de Pawlowski, E. Fasquelle, Paris, 1916.