Mozart

Avec le nez

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haydn-mozartMozart, dont la Flûte enchantée ravit les mélomanes, aimait parfois à faire de petites farces. Un jour (c’est aux Annales qu’est empruntée l’anecdote), Haydn se trouvait avec Mozart, son jeune et déjà triomphant rival. L’auteur de Don Juan lui dit :

Maître, je parie que vous ne parviendrez pas à exécuter un morceau que j’aurai écrit.

Haydn tient le pari en souriant.

Voici, reprend Mozart, après avoir achevé d’écrire.

Haydn se met au clavier, place la musique devant lui et laisse courir ses doigts. Le peu de difficulté du morceau l’étonne. Mais, tout à coup :

Hé ! qu’est ceci ? J’ai mes deux mains employées, l’une touche à gauche, l’autre à droite et il y a une note à faire vibrer au milieu. Personne au monde ne peut jouer ça ! C’est une erreur !

Mozart s’amuse de la perplexité de l’exécutant, qui s’est levé. Il s’assied à la place restée vide et reprend le morceau à la première mesure, continue sans s’inquiéter, attend le passage impossible pour Haydn, baisse un peu la tête, appuie le nez sur la touche du milieu et poursuit sans encombre.

Alors, Haydn s’avoue vaincu et, donnant une pichenette au jeune Wolfgang :

Je vois, mon cher ami, que vous nous mènerez tous par le bout du nez.

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Paladilhe

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emile-paladilheLe musicien Emile Paladilhe fut précoce comme Mozart. A douze ans, lui aussi, il eut l’honneur de voir imprimer ses sonates.

Quand il concourut pour le Prix de Rome, il avait encore son visage et sa taille d’enfant.
Pendant que le jury délibérait, il attendait dans la cour du Conservatoire avec  ses
camarades. Voyant sortir Berlioz, il courut à lui. 

 Monsieur, qui a le prix ?
— Qu’est-ce que cela te fait, gamin ?
— Monsieur, je voudrais le savoir.
— Mais qu’est-ce que cela te fait ? Ce n’est pas toi, n’est-ce pas ?
— Enfin, Monsieur, je voudrais…
— Eh bien ! C’est Paladilhe.
— Merci, Monsieur. C’est moi ! 

Woferl

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mozartNous avons célébré Don Juan, chef-d’oeuvre de Mozart, le grand Mozart !… Les Allemands ne diront plus que nous sommes les ennemis systématiques de leurs hommes de génie.Si quelques braillards n’ont pas voulu entendre Lohengrin il y a quelques mois, c’est que, en France, on avait des sujets de rancune contre Wagner. Pour Mozart, c’est autre chose. Unanimement on a acclamé sa mémoire et tressé les couronnes de son apothéose.

Mozart, tout petit, était un enfant prodige, il était célèbre et jouait du violon en virtuose à l’âge où les autres enfants savent à peine travailler. Toute son enfance abonde en détails charmants et en adorables gentillesses. M’aimez-vous ? telle était la principale question qu’il posait instinctivement à tous ceux qui l’approchaient. Sa grande préoccupation, indépendamment de son art, était d’être aimé, aimé de tous.

Quand par hasard on le trouvait recueilli, le front penché sur sa petite main et qu’on lui demandait : 

 Que fais-tu là, Woferl ? (abréviatif de Wolfgang).
Je compose, répondait-il.

Le fait est qu’à six ans il avait déjà écrit un concerto. C’est alors que son père Léopold Mozart entreprit avec lui et sa soeur, Marie-Anne (Nannerl), plus âgée de trois ou quatre ans, et déjà artiste elle-même, une tournée qui les conduisit d’abord à Munich, puis à Vienne. C’est là que Woferl, mandé à la cour, « mangea l’impératrice de caresses, » et réciproquement. Il paraît même que l’accueil de l’impératrice fit tant d’impression sur Woferl, qu’il proposa d’épouser la souveraine, séance tenante. 

 Mais pourquoi veux-tu m’épouser, demanda l’impératrice, prévenue de ce désir.
— Par reconnaissance, répondit l’enfant prodige.

A Paris, la famille Mozart s’acquit, dès son arrivée, la protection de Grimm. Là aussi Woferl reçut maintes caresses.

Mmes Adélaïde et Victoire, soeurs de Louis XV, en raffolaient. Dans la nuit du nouvel an, la famille Mozart fut admise au grand couvert et prit place à la table royale. Woferl était à côté de la reine, et, entre deux friandises, il lui mangeait les mains.

Il paraît que Mme de Pompadour à laquelle la famille Mozart fut présentée, dans le même temps, n’en usa pas avec autant de familiarité. Woferl avait fait mine d’embrasser la favorite. Elle s’y refusa. 

 Qui donc est-elle ? demanda l’enfant à son père. Elle a refusé de m’embrasser, moi qui ai embrassé l’impératrice.

Léopold Mozart père notait fidèlement ses impressions de voyage. « Les femmes sont-elles belles à Paris ? écrivait-il. Impossible de vous le dire, car elles sont peintes comme des poupées de Nuremberg, et tellement défigurées par leurs dégoûtants artifices qu’une femme naturellement belle serait méconnaissable aux yeux d’un honnête Allemand.»

Gazette parisienne, 1887.

La Symphonie inachevée

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La musique est une bien belle chose… quand elle est vraiment de la musique. Le dictionnaire Larousse vous apprendra que le mot « musique » représente l’art de combiner les sons d’une manière agréable à l’oreille… Mais nous pensons que cette définition ne suffit pas. La musique doit plaire aussi à notre esprit. Elle doit nous égayer ou nous émouvoir. Elle doit demeurer intelligible à notre âme, et c’est pourquoi il faut penser qu’il existe peu de belle musique et très peu de grands musiciens. S’il y a une multitude de compositeurs de musique, il y a très peu de génies, et c’est pourquoi devant des noms comme Beethoven, Mozart, Schubert, doit-on méditer profondément avec la curiosité de ces esprits impérissables, magiciens de l’harmonie. Leur œuvre parle à nos cœurs. 

Avez-vous remarqué combien peu de morceaux répondent à leurs titres ? Des compositeurs prétentieux intitulent leurs œuvres avec cérémonie : « Coucher de soleil », « Feuilles d’automne », « Matin d’avril », ou « Songe d’été », sans que rien, dans les sons par eux juxtaposés ne réponde à ces titres, et d’ailleurs si, jouant ces morceaux, vous demandiez aux auditeurs : « Que signifie cela ? » je gage qu’aucun ne répondrait. Cela c’est souvent du bruit, du bruit assez agréable, mais qui ressemble surtout à un ragoût de réminiscences où les opéras et les chansons d’autrefois apparaissent par lambeaux mal cousus. 

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En revanche, quand vous entendez le « Printemps », de Grieg, vraiment vous « voyez » le printemps. Quand vous entendez « Rêve de valse », vous imaginez la valse et son rêve… Et c’est pourquoi  les musiciens véritables ont toujours donné à leurs œuvres le titre véritable, le titre vrai, titre souvent réduit à un numéro de symphonie ou de sonate. Schubert a donné à sa Symphonie inachevée son titre normal. Cette Symphonie inachevée a son histoire. 

La Symphonie inachevée (symphonie en si mineur), correspond à un émouvant épisode de la vie sensible et si courbe de Franz Schubert. Cette œuvre admirable entre toutes, faite de grâce et de pureté, de poésie et d’amour, suffirait à mériter à Schubert le titre d’Archange de la musique. En voici l’origine extraordinaire : 

Aux environs de Vienne, un jeune musicien de talent,, mène l’existence modeste d’un instituteur. Il faut bien vivre. Doux et rêveur, Franz Schubert s’applique de son mieux à instruire ses jeunes élèves, mais son génie submerge ses pensées de flots d’harmonie et il lui arrive, au tableau noir, de terminer une explication sur l’arithmétique en écrivant non plus des chiffres, mais des notes jaillies éperdument sur une portée tracée à la craie dans un geste d’ivresse. Les enfants, qui ne peuvent pas comprendre, en rient et se moquent. Ils le font souvent enrager, mais le plus grave est que le directeur de l’école surprend Schubert, au cours d’un de ces déraillements qui jettent malgré lui son esprit sur sa voie véritable, voie qui mène au pays du charme. 

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Franz Schubert risque ainsi à chaque instant de perdre sa situation, bien humble pourtant, puisqu’il doit souvent recourir à un prêteur sur gages, chez qui il engage avec beaucoup de tristesse, jusqu’à sa guitare, pour payer son loyer, car les éditeurs de musique ne lui viennent guère en aide. 

De la sorte, il fait la connaissance d’une ravissante jeune fille, éperdue d’admiration pour lui et qui n’est autre que la fille du prêteur. 

Cependant, la renommée de Franz Schubert, dont tout le pays chante déjà les délicieuses mélodies, franchit les portes de la petite ville. Elle parvient jusqu’au palais de la princesse de Kinsky, dont les soirées musicales sont les événements de la saison mondaine, à Vienne. 

Si Schubert plaît à cette princesse de Kinsky, s’a carrière d’artiste sera faite et son avenir brillamment assuré. Voici donc Franz Schubert, timide et un peu gauche, au milieu de l’assemblée fort élégante d’une haute aristocratie. Prié de s’asseoir au piano, il commence à jouer la Symphonie dont il a composé les premières pages… Le silence se fait. On écoute religieusement les étonnantes phrases de Schubert… 

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Tout d’un coup, une jeune comtesse, arrivée en retard, amusée par le côté comique de Schubert au piano (le costume de soirée qu’il avait loué pour la circonstance portait encore au dos son étiquette…) éclate de rire… Schubert, blême, interdit, se dresse, referme brutalement le piano et sort, au grand scandale de l’assistance.  

Dès lors, la symphonie demeure inachevée. Chaque fois que Schubert essaie de la reprendre, il entend le rire cruel et sot qui l’a si profondément blessé… 

Mais la jeune rieuse, la comtesse Caroline Esterhazy, éprouve du repentir d’avoir causé au brillant artiste une telle peine. Sous prétexte de leçons, elle le fait venir en son château de Hongrie, et, peu à peu, s’éprend de lui. Emu, troublé, Schubert, peu à peu, se grise au contact de cette affection charmante. Il devient follement amoureux et croit pouvoir demander la main de son élève. 

Le père, dont l’orgueilleuse noblesse ne saurait admettre une telle mésalliance, feint cependant d’y consentir, pour éviter tout esclandre, et envoie Schubert à Vienne sous un prétexte quelconque. Puis il lui fait signifier son congé. 

Schubert, dans le désespoir, attend quand même, pendant des mois, un message de sa bien-aimée. Enfin, un mot bref lui demande de venir. Il part sans délai et arrive tout juste pour assister au mariage de Caroline avec un officier de la Cour. 

Marie Esterhazy, la petite sœur de Caroline, l’entraîne à l’écart : « C’est moi qui vous ai appelé. Caroline voulait vous revoir et il faudra que vous lui pardonniez, car elle a dû se soumettre à la volonté du comte, notre père. » 

Schubert, mêlé aux invités, sollicite alors la faveur de jouer la fameuse Symphonie qu’il a achevée dans son exil… Et de nouveau les flots d’harmonie ruissellent du clavier. Mais soudain à l’endroit même de la Symphonie où jadis elle avait éclaté de rire, Caroline éclate en sanglots… 

Affreusement pâle, Schubert se lève et déchire la dernière partie de son œuvre, que la bien-aimée n’a pu entendre… et ainsi la Symphonie demeura inachevée, éternellement. 

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Ecoutez-la, cette Symphonie… Ecoutez-la plusieurs fois. Plus vous l’entendrez plus elle vous charmera. Elle porte au plus haut degré la marque du merveilleux génie de Schubert… Ecoutez aussi quand vous le pourrez : « Le Roi des Aulnes ». et « La Truite », et la sensibilité de Schubert glissera des harmonies au fond de votre âme… Il mourut à 31 ans, en 1828. Il dort aujourd’hui dans le même cimetière que Beethoven, ainsi qu’il l’avait demandé, comme si la même auréole de gloire voulait les unir dans sa lumière. 

Vigenal. « L’Union de Limoge. » 1939.
Dessins de René Giffey.

Comment composait Mozart

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mozartDès l’âge de six ans, Mozart montre des dons exceptionnels pour le piano-forte (ancêtre du piano) et pour le violon. Il étonnait par sa capacité à improviser et à déchiffrer les partitions.

Il laisse une œuvre phénoménale, qui embrasse tous les genres musicaux de son époque. Mozart avait appris le clavecin dès l’age de cinq ans, puis ensuite le violon, et, aux dires de ses contemporains, il était un virtuose sur ces instruments. Mozart a amené à un point de perfection le concerto, la symphonie, et la sonate, qui devinrent après lui les formes majeures de la musique classique. Il devint l’un des plus grands maîtres de l’opéra, et son talent ne s’est jamais démenti. Son nom est devenu synonyme de génie, de virtuosité et de maîtrise totale.

Mais comment composait-il ? C’est lui-même qui répond à la question :

« Que je voyage en voiture ou que je marche, ou bien la nuit si je ne peux dormir, c’est alors que mes idées viennent le mieux et en plus grande abondance. D’où et comment elles viennent, je l’ignore et je ne peux les forcer à venir. Je conserve dans ma mémoire celles qui me plaisent et j’ai l’habitude de me les fredonner… Tout ceci met le feu à mon âme et, pourvu que je ne sois pas dérangé, mon sujet s’élargit de lui-même, devient bien défini et disposé avec méthode, comme en un rêve charmant et vivant.

Quand je veux ensuite coucher par écrit mes idées, je retire du sac de ma mémoire tout ce qui s’y est déposé, et l’écriture diffère rarement de la pensée qui l’a précédée… Maintenant, pourquoi mes productions ont-elles cette forme et ce style particuliers qui les fait appeler mozartish* ? Cela tient probablement à la même cause qui fait que mon nez est le nez de Mozart et différent du nez des autres, car réellement je ne m’efforce pas de viser à l’originalité. »

Il était donc bien original sans le vouloir, et il n’y a pas de compositeur dont on reconnaisse mieux la manière dès qu’on a entendu quelques phrases d’une de ses oeuvres.

*Mozartish : ressemblant ou suggérant la musique ou le style musical de Mozart.

Sur le pouce

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Un soir, Mozart songeait aux moyens d’acquitter quelques dettes. Un de ses amis entre chez lui, et le prie de lui composer un morceau pour l’aider à payer les siennes. Mozart se met sur le champ au piano, et sans plus songer à lui-même, commence par le morceau destiné à son ami, qui, grâce à lui y se trouva ainsi tiré d’embarras.

Mozart se plaisait à redire qu’il avait composé son Don Juan pour deux de ses amis et lui, à Prague, dans une maison qui appartenait à Dussek. On assure que l’ouverture ne fut réellement faite que la veille de la représentation. Il travailla une partie de la nuit, buvant du punch et prêtant l’oreille aux récits de sa femme, qui lui conta, jusqu’à quatre heures du matin, de vieilles légendes bohémiennes dont l’originalité avait pour lui le plus grand charme.

« La Lorgnette. » Bordeaux, 1855.
Illustration: Edouard Hamman.

Le piano homicide

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Il paraît que le piano a autant d’ennemis au-delà du Rhin que chez nous. Des médecins allemands viennent de constituer une ligue contre l’abus du piano. Ils certifient que la pratique prématurée de cet instrument est la cause de nombreux troubles nerveux.

Ils rendent le clavier sonore et trépidant responsable des névropathies féminines et ils donnent comme argument probant la mortalité précoce qui a souvent frappé les pianistes en renom.

Mozart, Chopin, Mendelssohn, Schumann sont morts à la fleur de l’âge.

Les docteurs allemands demandent donc, pour conclure, que les études du piano ne commencent jamais avant l’âge de seize ans. A cet âge, il est à prévoir que beaucoup renonceront à une étude ingrate entre toutes au début. Et c’est bien là-dessus que comptent les médecins dont le voeu, très probablement, restera  lettre morte.

« Magazine universel. » Paris, 1903.