Murat

Le centenaire des cafés

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jean-beraudOhé ! Gens de la politique et gens de la littérature, n’allez-vous pas vous entendre pour célébrer solennellement un centenaire qui doit vous être cher entre tous, celui, le troisième, des cafés ?

En juillet prochain, il y aura trois cents ans (article paru en 1929) que ces établissements qui ont joué un rôle si considérable dans la vie de la société française, ont reçu leurs lettres de noblesse. C’est, en effet, le 6 juillet 1629 que le prévôt des marchands permit aux débitants de vins de prendre pour armoiries « un navire d argent, à bannières de France, flottant avec six petites nefs d’argent alentour, une grappe de raisin en chef, le tout sur champ bleu… » 

C’est Jules Véran qui parle ainsi dans Comoedia, et qui évoque le café Foy, d’où partit, le 12 juillet 1789, l’appel à la Révolution lancé par Camille Desmoulins, et le café Procope tout retentissant du tonnerre de Léon Gambetta. 

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Il est probable que les gens de la littérature et de la politique laisseront passer le 6 juillet sans songer à cet anniversaire, mais une délégation de limonadiers devrait se rendre en corps, au numéro 13 de la rue de l’Ancienne-Comédie, car c’est là que s’ouvrit le premier café. Certes, avant l’ouverture du Procope, il existait des estaminets, des tabagies et des débits de vins, à l’enseigne de l’Ecu d’Argent, de la Pomme de Pin ou du Bacchus couronné, et l’on y buvait sec en toute saison, mais le café tel que nous le connaissons est né là. 

Ces messieurs de l’Encyclopédie y fréquentaient avec assiduité. On y vit aussi beaucoup de révolutionnaires de marque, et l’on peut imaginer qu’un soir d’avril 1794, une jolie caissière dut dire à la servante : « Rosine, nous ne verrons plus M. Danton, il a été guillotiné aujourd’hui avec son ami Camille Desmoulins !… » 

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Napoléon, qui ne fumait pas et qui n avait pas le temps d’aller faire une partie en sirotant un verre, ne donna pas à la France le goût du café, mais au lendemain de 1815 tous les vieux célibataires plus ou moins éclopés qu’étaient les anciens soldats de l’Empire n’eurent plus que ces établissements pour se distraire. Vieux officiers licenciés, ils venaient là avec la nostalgie du temps glorieux où ils caracolaient derrière les tambours de Soult ou les trompettes de Murat. 

Le XIXe siècle a connu des cafés célèbres. Les plus réputés étaient sur les boulevards où resplendissaient Tortoni, Brébant, le Café de Madrid, le Café de Paris et le Café Anglais. De 1830 à 1870, toutes les élégances, toutes les célébrités des lettres, du théâtre, du monde et du demi-monde ont soupé dans les cabinets particuliers de ce dernier. L’escalier au moelleux tapis rouge sentait la truffe, le homard et la Veuve-Cliquot. C’était le beau temps où Paul de Kock écrivait d’un jeune homme qu’il était riche avec six mille francs de rente et que, grâce à cette fortune, il pouvait entretenir un rat de l’Opéra et dîner d’un perdreau ou d’une carpe du Rhin à la Chambord, arrosés d’un authentique Château-Laffite. 

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Ce héros à son aise avec si peu d’argent fréquentait certainement le Café Anglais. Il y voyait ces hommes d’esprit et de lettres qu’on appelait les maréchaux de la chronique, des journalistes célèbres, parmi lesquels Aurélien Scholl, qui ne craignait que la Justice et le Figaro et qui tira là ses feux d’artifice les plus étourdissants et qui y fit ses mots les plus cruels. 

Le café tient en France une telle place qu’il est presque une institution nationale. Les gens de chez nous sont cafetiers. Pourquoi s’en défendre ? Le café participe de la place publique, du forum et du salon. On y devient sociable et bienveillant si on y consomme modérément. Son atmosphère est intelligente. Beaucoup de choses fort importantes sont sorties des cafés et je suis de l’avis de Véran. On devrait fêter leur anniversaire avec éclat et inviter des académiciens et des sénateurs. Ils y viendraient et cela leur rappellerait leur jeunesse. 

Léo Larguier. Limoges, 1929.
Peintures de Jean Beraud.

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Une conversion

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Les habitants du village de Murat, dans le Lot, n’avaient qu’une messe le dimanche, et ils désiraient en avoir deux.

Ils se sont adressés, à cet effet, à l’évêque de Cahors, qui n’a pas fait droit à leur demande. Qu’ont fait alors les habitants de Murat ? Ils se sont convertis en masse au protestantisme.

Voilà qui s’appelle avoir des convictions religieuses bien enracinées !

 « Journal Français. » Paris, 1891.