muséum d’histoire naturelle

Deux articles

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Curieuse expérience

crapaudOn sait combien longtemps un crapaud peut vivre sans manger. Une curieuse expérience vient encore d’être faite à ce sujet.

Il y a sept ans, le 15 janvier 1870, un naturaliste, M. Margelidet, a enfermé un crapaud au fond d’une cavité pratiquée dans une pierre, puis il a rebouché la cavité et serré le tout.

Hier, la cavité a été débouchée au Muséum d’histoire naturelle.

Le crapaud était vivant, mais dans une grande somnolence dont il n’est pas encore sorti. Il a été jusqu’à présent impossible de faire prendre aucune nourriture à cet extraordinaire animal.

« Journal de Fourmies. » Fourmies, 11 mars 1877.

Transfusion du sang

transfusion_sangUne intéressante opération chirurgicale vient d’avoir lieu à l’hôpital Beaujon. Elle a été pratiquée par M. le docteur Terrier.

Il s’agissait d’une transfusion du sang, chose assez rare. Par le moyen employé, l’habile chirurgien espère sauver la vie il une femme tombée à la suite de couches laborieuses dans le plus complet épuisement. Un interne n’a pas hésité à donner son sang pour la malheureuse femme. Le sang a été introduit immédiatement, au moyen d’un appareil spécial, dans les veines de la malade. A la suite de son acte de dévouement, l’interne a dû garder le lit. Sa situation n’inspire pas d’inquiétude, mais il est d’une grande faiblesse qui persistera encore quelque temps, selon toute probabilité.

La malade saura-t-elle gré à son sauveur du sacrifice qu’ il lui a fait ? Hélas ! trop souvent les médecins sont bien mal récompensés de leur zèle et de leurs soins; nous en avons chaque jour l’exemple.

Les premières tentatives de transfusion du sang furent faites au dix-septième siècle. Elles ne réussirent pas tout d’abord, parce qu’on injectait à la personne malade du sang d’animal. Or, l’expérience a prouvé que l’opération pour réussir doit nécessairement être faite d’homme à homme. Les essais heureux de M. Béhier à Paris, et de M. Roussel en Russie ont démontré qu’une opération faite dans ces conditions avait de grandes chances de succès.

L’opération consiste à faire à un homme de bonne volonté une saignée ordinaire d’au moins cinq cents grammes, à recueillir avec un entonnoir le sang qui s’écoule ensuite dans une seringue graduée, placée dans un vase plein d’eau à 34°, c’est-à-dire à la température du corps humain. On injecte le sang ainsi recueilli avec lenteur et précaution, dans une des veines du bras du malade que l’on a préalablement ouverte.

Telle est, à quelques détails près, l’opération que vient de faire M. Terrier à l’hôpital Beaujon.

« Journal de Fourmies. » Fourmies, 6 mai 1877.

Les vieux os

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diplodocusLe diplodocus est enfin installé au muséum d’histoire naturelle, et M. Fallières admira les proportions gigantesques de l’énorme sauropode.

Cet antédiluvien qui, à l’époque secondaire, broutait les végétaux dans les marécages recouvrant les terrains jurassiques de l’actuel Colorado, était paraît-il, un parfait  imbécile. Sa petite tête, emmanchée sur un long cou, renfermait une cervelle d’oiseau. Mais voilà, son squelette mesure trente mètres de long, et puis il possède une double charpente dorsale. Aussi les savants lui réservent-ils la place d’honneur des musées. Ils laissent moisir dans les vitrines tel petit saurien fort intelligent, qui se gaussait du gros double-dos, lui chipait une fougère arborescente, et glissait agile entre ses lourdes pattes : qui évidemment devait caractériser l’intelligence antédiluvienne. 

Qu’importe donc la science d’un académicien, si, trop chétif est le squelette de cet immortel. Lorsqu’un cataclysme bouleversera la croûte terrestre, et que les savants futurs découvriront, dans un filon quaternaire, le fémur vulgaire de l’ex-grand homme, ils le considéreront moins qu’un tibia de géant. 

Aux idiots acromégales, l’avenir géologique appartient.

« Ma revue. » Paris, 1908.
Photo : Le diplodocus au Muséum d’histoire naturelle. Agence Rol.