musique

Palpitations médicales

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visite-hopitalVous connaissez peut-être l’anecdote concernant le compositeur américain qui a eu l’idée originale de mettre la constitution fédérale en musique. Voici une nouvelle du même genre, mais beaucoup moins gaie d’allures, que donnent les journaux américains et dont l’authenticité me paraît fort douteuse, quoique l’histoire musicale conserve parmi ses légendes une anecdote analogue.

Un médecin mélomane de la Nouvelle Ecosse vient de mettre en musique les palpitations et les battements irréguliers d’une femme malade à l’hôpital de Glasgow. Le correspondant qui donne cette nouvelle ajoute sans rire :

« Cette maladie, écrite en langue musicale, avec croches et doubles croches, forme une sorte de valse et une des plus grandes curiosités de l’anatomie pathologique. »

La célèbre Sonate du Diable n’a pas une origine moins excentrique. Elle fut composée dans un accès de délire par Tartini qui promenait sa plume au hasard sur du papier de musique.

« Le Guignol. » 1866.

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Lacépède et la musique

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L’illustre Bernard-Germain de Lacépède avait des opinions très personnelles sur la musique. Voici en effet, d’après un de ses ouvrages, ses idées sur l’origine de la musique :

« Dans ces champs fortunés où régnait un soleil éternel, où le soleil n’envoyait que des rayons tempérés par l’haleine des doux zéphyrs, la terre, couverte d’une verdure toujours nouvelle, n’offrait aux yeux que des tapis de fleurs, que des arbres chargés de fruits. Des fontaines y coulaient avec un léger murmure : elles répandaient une délicieuse fraîcheur au milieu des bois odoriférants. Les parfums les plus doux s’exhalaient dans les airs. Sous le feuillage épais de ces bois enchanteurs les oiseaux faisaient entendre leurs chants mélodieux… 

« A l’exemple des oiseaux, Adam fit entendre, pour Eve qui l’écoutait, des sons entrecoupés, mais cela ne pouvant suffire à l’expression de ses sentiments, il chanta. Bientôt après, sa joie se manifesta par des transports d’allégresse et des mouvements rythmiques, il dansa. Unissant alors le chant et la danse, l’homme inventa en même temps la chanson et la poésie. Mais sa compagne l’ayant quitté, tous les bruits de la nature lui parurent des gémissements. Il gémit avec elle tout haut pour bercer sa douleur : la vraie musique parut. » 

Sans commentaires ! 

« Revue musicale de Lyon. » 1907.

 

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La Symphonie inachevée

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La musique est une bien belle chose… quand elle est vraiment de la musique. Le dictionnaire Larousse vous apprendra que le mot « musique » représente l’art de combiner les sons d’une manière agréable à l’oreille… Mais nous pensons que cette définition ne suffit pas. La musique doit plaire aussi à notre esprit. Elle doit nous égayer ou nous émouvoir. Elle doit demeurer intelligible à notre âme, et c’est pourquoi il faut penser qu’il existe peu de belle musique et très peu de grands musiciens. S’il y a une multitude de compositeurs de musique, il y a très peu de génies, et c’est pourquoi devant des noms comme Beethoven, Mozart, Schubert, doit-on méditer profondément avec la curiosité de ces esprits impérissables, magiciens de l’harmonie. Leur œuvre parle à nos cœurs. 

Avez-vous remarqué combien peu de morceaux répondent à leurs titres ? Des compositeurs prétentieux intitulent leurs œuvres avec cérémonie : « Coucher de soleil », « Feuilles d’automne », « Matin d’avril », ou « Songe d’été », sans que rien, dans les sons par eux juxtaposés ne réponde à ces titres, et d’ailleurs si, jouant ces morceaux, vous demandiez aux auditeurs : « Que signifie cela ? » je gage qu’aucun ne répondrait. Cela c’est souvent du bruit, du bruit assez agréable, mais qui ressemble surtout à un ragoût de réminiscences où les opéras et les chansons d’autrefois apparaissent par lambeaux mal cousus. 

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En revanche, quand vous entendez le « Printemps », de Grieg, vraiment vous « voyez » le printemps. Quand vous entendez « Rêve de valse », vous imaginez la valse et son rêve… Et c’est pourquoi  les musiciens véritables ont toujours donné à leurs œuvres le titre véritable, le titre vrai, titre souvent réduit à un numéro de symphonie ou de sonate. Schubert a donné à sa Symphonie inachevée son titre normal. Cette Symphonie inachevée a son histoire. 

La Symphonie inachevée (symphonie en si mineur), correspond à un émouvant épisode de la vie sensible et si courbe de Franz Schubert. Cette œuvre admirable entre toutes, faite de grâce et de pureté, de poésie et d’amour, suffirait à mériter à Schubert le titre d’Archange de la musique. En voici l’origine extraordinaire : 

Aux environs de Vienne, un jeune musicien de talent,, mène l’existence modeste d’un instituteur. Il faut bien vivre. Doux et rêveur, Franz Schubert s’applique de son mieux à instruire ses jeunes élèves, mais son génie submerge ses pensées de flots d’harmonie et il lui arrive, au tableau noir, de terminer une explication sur l’arithmétique en écrivant non plus des chiffres, mais des notes jaillies éperdument sur une portée tracée à la craie dans un geste d’ivresse. Les enfants, qui ne peuvent pas comprendre, en rient et se moquent. Ils le font souvent enrager, mais le plus grave est que le directeur de l’école surprend Schubert, au cours d’un de ces déraillements qui jettent malgré lui son esprit sur sa voie véritable, voie qui mène au pays du charme. 

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Franz Schubert risque ainsi à chaque instant de perdre sa situation, bien humble pourtant, puisqu’il doit souvent recourir à un prêteur sur gages, chez qui il engage avec beaucoup de tristesse, jusqu’à sa guitare, pour payer son loyer, car les éditeurs de musique ne lui viennent guère en aide. 

De la sorte, il fait la connaissance d’une ravissante jeune fille, éperdue d’admiration pour lui et qui n’est autre que la fille du prêteur. 

Cependant, la renommée de Franz Schubert, dont tout le pays chante déjà les délicieuses mélodies, franchit les portes de la petite ville. Elle parvient jusqu’au palais de la princesse de Kinsky, dont les soirées musicales sont les événements de la saison mondaine, à Vienne. 

Si Schubert plaît à cette princesse de Kinsky, s’a carrière d’artiste sera faite et son avenir brillamment assuré. Voici donc Franz Schubert, timide et un peu gauche, au milieu de l’assemblée fort élégante d’une haute aristocratie. Prié de s’asseoir au piano, il commence à jouer la Symphonie dont il a composé les premières pages… Le silence se fait. On écoute religieusement les étonnantes phrases de Schubert… 

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Tout d’un coup, une jeune comtesse, arrivée en retard, amusée par le côté comique de Schubert au piano (le costume de soirée qu’il avait loué pour la circonstance portait encore au dos son étiquette…) éclate de rire… Schubert, blême, interdit, se dresse, referme brutalement le piano et sort, au grand scandale de l’assistance.  

Dès lors, la symphonie demeure inachevée. Chaque fois que Schubert essaie de la reprendre, il entend le rire cruel et sot qui l’a si profondément blessé… 

Mais la jeune rieuse, la comtesse Caroline Esterhazy, éprouve du repentir d’avoir causé au brillant artiste une telle peine. Sous prétexte de leçons, elle le fait venir en son château de Hongrie, et, peu à peu, s’éprend de lui. Emu, troublé, Schubert, peu à peu, se grise au contact de cette affection charmante. Il devient follement amoureux et croit pouvoir demander la main de son élève. 

Le père, dont l’orgueilleuse noblesse ne saurait admettre une telle mésalliance, feint cependant d’y consentir, pour éviter tout esclandre, et envoie Schubert à Vienne sous un prétexte quelconque. Puis il lui fait signifier son congé. 

Schubert, dans le désespoir, attend quand même, pendant des mois, un message de sa bien-aimée. Enfin, un mot bref lui demande de venir. Il part sans délai et arrive tout juste pour assister au mariage de Caroline avec un officier de la Cour. 

Marie Esterhazy, la petite sœur de Caroline, l’entraîne à l’écart : « C’est moi qui vous ai appelé. Caroline voulait vous revoir et il faudra que vous lui pardonniez, car elle a dû se soumettre à la volonté du comte, notre père. » 

Schubert, mêlé aux invités, sollicite alors la faveur de jouer la fameuse Symphonie qu’il a achevée dans son exil… Et de nouveau les flots d’harmonie ruissellent du clavier. Mais soudain à l’endroit même de la Symphonie où jadis elle avait éclaté de rire, Caroline éclate en sanglots… 

Affreusement pâle, Schubert se lève et déchire la dernière partie de son œuvre, que la bien-aimée n’a pu entendre… et ainsi la Symphonie demeura inachevée, éternellement. 

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Ecoutez-la, cette Symphonie… Ecoutez-la plusieurs fois. Plus vous l’entendrez plus elle vous charmera. Elle porte au plus haut degré la marque du merveilleux génie de Schubert… Ecoutez aussi quand vous le pourrez : « Le Roi des Aulnes ». et « La Truite », et la sensibilité de Schubert glissera des harmonies au fond de votre âme… Il mourut à 31 ans, en 1828. Il dort aujourd’hui dans le même cimetière que Beethoven, ainsi qu’il l’avait demandé, comme si la même auréole de gloire voulait les unir dans sa lumière. 

Vigenal. « L’Union de Limoge. » 1939.
Dessins de René Giffey.

Musique et cheveux

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Il paraît que la musique n’adoucit pas seulement les moeurs, elle adoucit également le cuir chevelu, et après l’audition de quelques symphonies, les chauves aux crânes les plus dénudés peuvent espérer voir des cheveux se dresser sur leur tête.

Des expériences accomplies ces jours-ci en Amérique ne laissent plus aucun doute planer sur cette question.

L’expérimentateur était Madame Amélie Holbrook. Elle a pu établir que certains genres de musique empêchent les cheveux de tomber, tandis que d’autres provoquent au contraire la calvitie. En règle générale, les pianistes qui jouent leurs propres compositions gardent ou même acquièrent une chevelure luxuriante.

Violoncelles, harpes, violons sont autant d’instruments ennemis de la calvitie. Mais méfiez-vous des instruments à vent ! Le trombone et le cornet à piston seraient particulièrement hostiles au développement du système pileux.

Mais vous savez peut-être bien que la musique n’a de pareil effet qu’en Amérique.

« L’Oued-Sahel. » 1904.

La perruche de Rameau

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Le continuateur de Lulli vers le dix-huitième siècle, celui qui a légué à la postérité Castor et PolluxDardanus et la fameuse Marche des Sauvages, qui fit pendant soixante ans les délices des hommes les plus civilisés de l’Europe, Rameau enfin, n’aimait que deux choses au monde : sa musique d’une part et sa perruche de l’autre. Quant à sa femme, à ses enfants et à ses autres parents, il n’avait pour eux tous qu’une amitié légale et sacramentelle.

Cet excellent harmoniste avait tellement le sentiment de l’accord parfait, que, malgré sa froideur marquée envers tout ce qui n’était ni musique ni perruche, on ne le surprit jamais dans un état d’irascibilité manifeste. Ainsi, sa femme avait beau lui dépenser en dentelles, voitures, falbalas et autres futilités à la mode sous Louis XV, le revenu alors fort mesquin de ses opéras, Rameau souffrait toutes ces petites dilapidations conjugales sans dire mot. Absorbé dans les hautes spéculations de là science, vouant un culte presque divin à son perroquet femelle, le grand artiste se trouvait encore trop heureux.

Les musiciens, qui passent généralement pour être très gourmands et très vains de leur mérite chromatique, trouvaient en Rameau un digne représentant. Et, qui le croira ? c’était par amour-propre que Rameau s’était fait le cavalier servant, le valet de chambre et l’amant même de la babillarde Cocotte.

Un jour que Rameau passait par la rue des Minimes, près de la Place-Royale, il ouït une voix assez mélodieuse chantant le motif de son fameux choeur : Tristes apprêts,♪ pâles flambeaux♫… Cette audition d’un de ses morceaux favoris produisit sur lui un effet tout magnétique, et, dirigeant ses pas vers la maison d’où partait la voix inconnue, il s’assit sur un banc de pierre et se mit, le vaniteux qu’il était, à savourer avec délices sa propre mélodie. Mais, ô surprise ! au lieu d’apercevoir au balcon une jeune et jolie femme qu’il supposait être la séductrice qui le charmait tant, Rameau n’y remarqua qu’une cage élégante, dans laquelle une perruche répétait, en se balançant avec volupté, ces mots solennels : Tristes apprêts, ♪ pâles flambeaux… ♫

Cette, vue, fit tant d’impression sur Rameau, qu’il se présenta tout de suite chez le propriétaire de l’intelligent volatile, et qu’il le lui acheta dix beaux louis d’or. La perruche, une fois apprivoisée par Rameau, fit des progrès si rapides dans l’art musical, et sa réputation était si bien établie, que chaque fois qu’une chanteuse de l’Opéra faisait une fausse note à la répétition, Rameau ne manquait pas de lui dire avec son ton rude et saccadé : 

Mademoiselle, je vous prêterai ma perruche, si vous continuez à détonner de la sorte. Son exemple vous corrigera

La femme de Rameau mourut et si ce profond musicien pleura le jour de l’enterrement de sa chère moitié, ce ne fut que sur le peu de consonance des cloches lorsqu’elles sonnèrent le glas funèbre.

Cocotte mourut à son tour… Ce coup fut mortel pour Rameau, car la douleur qu’il en ressentit altéra sa santé, et le jour qu’un habile préparateur lui apporta sa perruche artistement empaillée, le grand Rameau fut brisé par le vent de l’affliction, comme disait M. d’Arlincourt, et s’inclina vers la terre, d’où il ne se releva plus.

«  L’Entr’acte versaillais. » Versailles, 1864.

SACEM

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chansonniers

La société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique est née d’un conflit entre un limonadier et des consommateurs.

Un soir d’été de l’année 1851, trois auteurs: Paul Henrion, Bourget et Parizot étaient assis à une table de concert des Champs-Elysées. Tous trois étaient les auteurs des chansonnettes que détaillaient, ce soir-là, les Dranem, Polin ou Yvette-Guilbert de l’époque. 

Au moment de régler leurs consommations, ils dirent au garçon de leur envoyer le patron.

Monsieur, dirent-ils, vous consommez nos chansons sans payer, permettez-nous d’en faire autant de vos consommations.

Le patron, stupéfait, se fâcha et nos auteurs furent obligés de payer, mais… de cette discussion, relatée dans les gazettes du temps, jaillit la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique.

En 1851, les chansonniers (paroliers et musiciens ne touchaient rien, et en 1911, ils ont, grâce à ces trois consommateurs avisés, encaissé près de quatre millions de francs. Je dis, à dessein, encaissé, car, à la « Petite Société », comme on l’appelle communément, les fonctionnaires, grands et petits, sont légions, et ce qui reste aux auteurs, proprement dit, n’est pas précisément la part du lion.

« Le Frou-Frou. »Paris, 1911.

Point trop n’en faut !

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etienne-nicolas-méhul

Les critiques musicaux ne sont guère habitués à voir les compositeurs leur reprocher l’excès de leurs louanges, pourtant on cite des cas.

Ainsi Etienne-Nicolas Méhul écrivit au lendemain d’une de ses premières à un censeur dont l’article avait été fort élogieux :

Pour ne point égarer, la louange doit se dispenser avec retenue. C’est ce que vous n’avez pas fait, citoyen. Car dans votre article, le bien que vous dites de ma partition est exagéré,  et il me semble que vous n’appuyez, pas assez sur les défauts qui s’y trouvent. J’aime la gloire avec fureur, je suis désireux des louanges, mais j’aime encore mieux la vérité !  

Gageons que certains successeurs de Méhul  préfèrent la gloire à la vérité.

« Les Spectacles. »  Lille, 1923.