mystification

Mystifiés

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robert-houdin-louis-comteLouis Comte était un très habile ventriloque, et, comme prestidigitateur, son étoile ne commença à pâlir que lorsque parut Robert-Houdin. Cependant les deux rivaux étaient restés amis, et voici, à ce sujet, une assez curieuse anecdote :

Ils s’étaient rendus ensemble, pour s’entendre au sujet d’une représentation, dans le cabinet du directeur de l’Opéra, qui était alors le docteur Véron. Comme ils redescendaient le grand escalier, Robert-Houdin entendit une voix éloignée, avec le timbre de celle du directeur, qui l’appelait d’une façon pressante. 

 Pourquoi diable Véron me rappelle-t-il ? dit l’escamoteur à son compagnon.
—  Remontez, et vous le saurez, répondit M. Comte.

Robert-Houdin remonte, ne voit personne, cherche dans les corridors, interroge les garçons de service, et, reconnaissant enfin qu’il a été dupe d’une mystification, se résigne à rejoindre Comte, qui l’attendait.

 Que vous voulait donc Véron ? demanda d’un ton naturel ce dernier.
— Oh! réplique tout aussi naturellement Robert-Houdin, il voulait me remettre votre
tabatière, qui vous avait été volée.

En même temps il restitua au ventriloque la tabatière en or qu’il lui avait escamotée, et les deux amis rirent beaucoup du tour qu’ils s’étaient mutuellement joué.

J. Schneider. « L’Argus et le Vert-vert réunis. » Lyon, 1859.

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On ne prête qu’aux riches

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rudyard-kiplingLe grand écrivain anglais Rudyard Kipling, l’auteur illustre du Livre de la Jungle, avait été, vers la fin de sa vie, victime d’une mystification. 

Un inconnu avait envoyé au Times, en le signant du nom du poète, un poème intitulé La vieille garde… Le Times l’inséra. 

Kipling ne se fâcha pas. Il dit simplement au directeur du Times

 Ce poème est détestable.
— C’est bien mon avis, dit le directeur. Mais comme il était signé de vous, nous avons cru devoir le publier tout de même !

« Lectures pour tous. » Paris, 1936. 
Illustration : « L’enregistreur de la jungle. »  Adrien Barrère.

Un mystérieux suicide

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lord-castlereagh (2)

Le docteur Brierre de Boismont a extrait l’histoire présente d’un livre curieux publié par un médecin anglais, sous le titre de Anatomy of suicide. Elle se rapporte à la cause mystérieuse du suicide du marquis de Londonderry (Robert Stewart), qui, sous le nom de lord Castelreagh, fut ministre du Foreign Office pendant la lutte de l’Angleterre et de l’Europe coalisée contre la France, et qui, en 1820, se coupa la gorge dans un accès de folie.

Il y a environ quarante ans, le noble lord était allé visiter un gentilhomme de ses amis, qui habitait, au nord de l’Irlande, un de ces vieux châteaux que les romanciers choisissent de préférence pour théâtre de leurs apparitions. L’aspect de l’appartement du marquis était en harmonie parfaite avec l’édifice. En effet, les boiseries richement sculptées, noircies avec le temps, l’immense cintre de la cheminée, semblable à l’entrée d’une tombe, la longue file des portraits des ancêtres au regard à la fois fier et méprisant, les draperies vastes, poudreuses et lourdes qui masquaient les croisées et entouraient le lit, étaient bien de nature à donner un tour mélancolique aux pensées.

Lord Londonderry examina sa chambre et fit connaissance avec les anciens maîtres du château, qui, debout dans leur cadre d’ivoire, semblaient attendre son salut. Après avoir congédié son valet, il se mit au lit. Il venait d’éteindre sa bougie, lorsqu’il aperçut un rayon de lumière qui éclairait le ciel de son lit. Convaincu qu’il n’y avait pas de feu dans la grille, que les rideaux étaient fermés, et que la chambre était, quelques minutes avant, dans une obscurité complète, il supposa qu’un intrus s’était glissé dans la pièce. Se tournant alors rapidement du côté d’où venait la lumière, il vit, à son grand étonnement, la figure d’un bel enfant entouré d’un limbe. L’esprit se tenait à quelque distance de son lit.

Persuadé de l’intégrité de ses facultés, mais soupçonnant une mystification de la part d’un des nombreux hôtes du château, lord Londonderry s’avança vers l’apparition, qui se retira devant lui. A mesure qu’il approchait, elle reculait, jusqu’à ce qu’enfin, parvenue sous le grand cintre de l’immense cheminée, elle s’abîma dans la terre. Lord Londonderry revint à son lit, mais il ne dormit pas de la nuit, tourmenté de cet événement extraordinaire. Était-il réel, ou devait-il être considéré comme l’effet d’une imagination exaltée ? Le mystère n’était pas facile à résoudre.

Il se détermina à ne faire aucune allusion à ce qui lui était arrivé, jusqu’à ce qu’il eût examiné avec soin les figures de toutes les personnes de la maison, afin de s’assurer s’il avait été l’objet de quelque supercherie. Au déjeuner, le marquis chercha en vain à surprendre sur les figures quelques-uns de ces sourires cachés, de ces regards de connivence, de ces clignements d’yeux, par lesquels se trahissent généralement les auteurs de ces conspirations domestiques. La conversation suivit son cours ordinaire. Elle était animée, rien ne révélait une mystification, tout se passa comme de coutume. A la fin, le héros de l’aventure ne put résister au désir de raconter ce qu’il avait vu, et il entra dans toutes les particularités de l’apparition. Ce récit excita beaucoup d’intérêt parmi les auditeurs et donna lieu à des explications fort diverses. Mais le maître du lieu interrompit les divers commentaires en faisant observer que la relation de lord Londonderry devait, en effet, paraître fort extraordinaire à ceux qui n’habitaient pas depuis longtemps le château, et qui ne connaissaient pas les légendes de la famille. Alors, se retournant vers le héros de l’aventure :

« Vous avez vu l’enfant brillant, lui dit-il, soyez satisfait, c’est le présage d’une grande fortune, mais j’aurais préféré qu’il n’eût point été question de cette apparition. »  suicide-lord-castlereagh

Dans une autre circonstance, lord Castelreagh vit encore l’enfant brillant à la chambre des communes, et il est très probable que le jour de son suicide, il eut une semblable apparition. 

Louis Figuier. « Histoire du merveilleux dans les temps modernes. » Paris, 1860.

Mystification franco-russe

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choeur-daumier

L’Echo de Paris a raconté une bien amusante histoire :

Enthousiasmé des fêtes de Bétheny, le directeur de l’orphéon d’une petite commune du canton de Bohain pria un de ses amis parisiens de lui envoyer les paroles s’adaptant à la musique de l’hymne russe. Bientôt, les orphéonistes, après un consciencieux effort, exécutaient brillamment le chant national du peuple ami et allié :

Tsar ! Ansor ! Tsar Yco
Of Allah ! Kock
Kroutôch !
Pôvôh !
Krabès, Alli Cok !
Ru m S teck Kalo Zébar
Ter Innek Aviar !
Yatou, Tunz tok
Keto Kat Tsar !

Le soir de l’exécution, à l’exemple du maire, la foule se lève, se découvre, écoute patriotiquement et applaudit à tout rompre aux cris de : Vive la Russie !  Et M. le maire d’écrire au préfet de l’Aisne et de le prier de demander l’Ordre de Sainte-Anne pour l’excellent directeur de l’orphéon. Rêves trop tôt déçus ! Un de nos confrères de l’Aisne; qui sait le russe, publia des paroles chantées la traduction suivante :

D’s’ harengs saurs, d’s’ haricots,
Œuf à la coque,
Croûte au pot,
Veau
Crabe et salicoque,
Rumsteck, Alose et Bar
Terrine et Caviar
Y a tout un stock
Qu’est aux Quat’-z’Arts !

L’ami de Paris avait simplement russifié le menu du banquet traditionnel des Quat’-z’Arts.

 » Almanach de la Champagne et de la Brie… »  Troyes, 1902.