N.-D. de Lorette

Mon curé chez les électeurs

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aubert

C’est le curé de l’une des plus belles églises de Paris. Décoré de la croix de guerre, il s’est acquis une popularité de bon aloi par sa rondeur, sa franchise et sa jovialité.

Sa paroisse est fréquentée par nombre de pécheresses par trop fardées parfois pour un lieu saint. Mais notre curé, comme tous les ecclésiastiques qui ont fait le coup de feu, est plein d’indulgence et ferme les yeux. Aussi bien l’église ne désemplit pas aux offices le dimanche. Les pauvres, pour lesquels il est une véritable providence, n’y perdent rien.

Inutile de dire que les vieilles dévotes du quartier N.-D. de Lorette sont désemparées et ne s’expliquent pas l’attitude de leur pasteur. Or, ces jours derniers, quelle ne fut pas leur stupéfaction d’apprendre qu’il s’était rendu à maintes reprises, à l’occasion de la campagne électorale, chez divers marchands de vin où il n’avait pas cru déchoir en trinquant avec de simples ouvriers.

On eut toutes les peines du monde à leur faire entendre que notre curé ne faisait en l’occurrence que mettre en pratique les instructions d’un mandement du cardinal Dubois qui ordonné aux ecclésiastiques de prendre une part active aux élections en vue de combattre le communisme.

« Chantecler : littéraire, satirique, humoristique. »  Hanoï, 1932. 
Illustration : Aubert d’après Plalier.