Nadar

Le général Nadar

Publié le Mis à jour le

nadarNadar était un mystificateur de premier ordre, et avait l’habitude de venir, à l’heure verte, s’asseoir à la terrasse de La Maison-Dorée. Un groupe d’hommes de lettres s’y donnaient rendez-vous, et, dans ce cénacle assez fermé, on n’admettait guère de nouveaux venus.

Un inconnu ayant montré des velléités de s’y introduire, on résolut de lui faire payer sa témérité. Les écrivains jouèrent les grognards et simulèrent une réunion d’officiers. Nadar fut baptisé « mon général ». Les autres devinrent, qui colonel, qui commandant.

Cela dura jusqu’au jour où le quidam respectueux eut l’idée d’aller se faire photographier chez Nadar. Imperturbable, le « général » lui fit prendre la pose. Et comme il s’étonnait :

— C’est mon titre de général qui vous inquiète ? lui dit Nadar. Et bien sachez, monsieur, que je suis photographe en général… et en particulier.

Paris, 1910.

Publicités

Seconde main

Publié le Mis à jour le

nadar

Nous tous, chroniqueurs, nous passons notre vie à fabriquer des mots pour le compte de personnalités en vedette.

Or, c’est la plupart du temps avec ces mots-là que se fabriquent les prétendus Mémoires, qui les prennent de seconde main, en les tenant pour authentiques. L’autre soir, à dîner chez Pailleron, on citait un exemple fort curieux de ce démarquage historique.

Il y a longtemps déjà de cela, car c’était à l’époque des ascensions de Nadar (Gaspard-Félix Tournachon). Le photographe aéronaute s’était enlevé en Belgique. Jules Claretie raconta dans un courrier que le roi Léopold, qui était présent au départ, s’était approché et avait dit :

Monsieur Nadar, tâchez de vider vos sacs de lest avant de franchir la frontière, car vous savez que j’ai juré de faire respecter l’intégrité du territoire.

Le mot était joli : aussi fit-il fortune. Mais le plaisant de l’aventure, c’est qu’il est entré dans l’histoire et qu’on le trouve maintenant dans toutes les biographies sérieuses du roi des Belges.

« La Joie de la maison : journal hebdomadaire. »  Paris, 1892.