Naples

La conversion du bandit 

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proces-cuocoloA-t-on oublié le procès Cuocolo, plus ordinairement appelé procès de la Camorra, qui fut plaidé à Naples en 1913, et dont le scandale retentit dans le monde entier ?

L’un des principaux personnages de cette ténébreuse affaire fut Gennaro Abbatemaggio. On lui dut la découverte d’une grande partie des crimes de la Camorra. 

Or, Gennaro Abbatemaggio n’est plus simplement un héros de cour d’assises. Il vient de devenir un héros tout court. Si bien que le duc d’Aoste lui-même a épinglé sur sa veste la médaille d’argent de la valeur militaire, et l’a nommé caporal « pour mérites de guerre ». 

Niché dans une crevasse de la Tofana, Abbatemaggio a tenu tête, seul, pendant trois jours, à de nombreux ennemis. Il en a tué dix-sept, avec une habileté où l’expérience sans doute avait quelque part… Puis, ayant brûlé sa dernière cartouche, il a trouvé moyen de revenir sain et sauf dans les lignes, une mitrailleuse sur le dos, à travers d’incroyables péripéties. 

Le duc d’Aoste lui a serré la main. Alors Gennaro Abbatemaggio a fondu en larmes. Et il a dit : 

Je suis réhabilité, n’est-ce pas, Altesse ? 

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Proposition

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alexandre-dumasOn sait à la suite de quelles circonstances Alexandre Dumas quitta Naples, il y a quelques années. 

L’illustre écrivain avait émis dans le journal qu’il publiait en cette ville, une opinion passablement cavalière à l’endroit de la nationalité italienne… 

Le journal paraissait à huit heures du matin… 

A dix, Dumas avait reçu trente provocations… 

A midi, trente autres… 

A une heure, il réunit les cent vingt témoins de ses soixante adversaires .

Messieurs, leur dit-il, je pars ce soir. Je n’ai donc pas le temps de me battre en particulier avec chacune des personnes que vous représentez. Cependant, comme je tiens essentiellement à leur donner satisfaction, voici ce que j’ai décidé : ayant le choix des armes, je prends le pistolet; mes adversaires formeront un groupe; nous ferons feu à un signal; ils tireront tous ensemble sur moi, et je tirerai sur le tas. 

« L’Avant-scène. » Bordeaux, 1868.

La puissance d’un grand nom

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le-tasseLe chef de bandits Marco Sciarra et sa troupe rencontrèrent une compagnie de voyageurs sur la route de Rome à Naples. Les brigands avaient commencé le pillage et avaient coupé les sangles des mulets et des chevaux des voyageurs, qui avaient obéi à la hâte à l’ordre qui leur avait été donné de se jeter la face contre terre, à l’exception d’un seul, dont l’extérieur était remarquable et même distingué.

«Faccia in terra!» lui crièrent plusieurs brigands en même temps. Mais cet homme intrépide, sans s’inquiéter de leurs menaces, s’avança vers leur chef et lui dit :

 Je suis le Tasse.
— Le poète !  s’écria le bandit.

Fléchissant un genou devant lui, il lui baisa la main. Non seulement le nom seul du Tasse suffit pour l’exempter du pillage, mais ses compagnons de voyage partagèrent cette faveur, et on leur permit de remonter à cheval et de continuer leur route sans leur prendre la moindre chose.

Ainsi, un chef de bandits sentait mieux ce qui était dû à un poète immortel, mais bien malheureux alors, que certains princes du sang royal ou impérial.

« L’Entr’acte versaillais. » 1865.
Peinture de Fleury Richard : « Le Tasse en prison visité par Montaigne. »

Le vieux cheval

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charles-d-anjouCharles, roi de Naples, rendait tous les jours, la justice à ses sujets, assisté de ses ministres et de ses conseillers. Dans la crainte que les gardes ne fissent pas entrer les pauvres, il avait fait placer, dans la salle même où il donnait ses audiences, une sonnette dont le cordon pendait hors de la première enceinte.

Un vieux cheval, abandonné de son maître, vint se frotter contre le mur, et fit sonner :  

Qu’on ouvre, dit le roi, et faites entrer.
Ce n’est que le cheval du seigneur Capece, dit le garde en rentrant.

Toute l’assemblée éclata de rire.

Vous riez, dit le prince, sachez que l’exacte justice étend ses soins jusque sur les animaux. Qu’on appelle Capece.

Ce seigneur étant arrivé, le roi demande :

Qu’est-ce que c’est que ce cheval que vous laissez errer ? 
Ah ! mon prince, répond le cavalier, il a été un fier animal dans son temps : il a fait vingt campagnes sous moi. Mais enfin il est hors de service, et je ne suis pas d’avis de le nourrir à pure perte.
Le roi mon père vous a cependant bien récompensé.
Il est vrai, j’en suis comblé.
Et vous ne daignez pas nourrir ce généreux animal, qui eut tant de part à vos services ? Allez de ce pas lui donner une place dans vos écuries, qu’il soit tenu à l’égal de vos autres animaux domestiques. Sans quoi je ne vous tiens plus vous-même pour loyal chevalier, et je vous retire mes bonnes grâces.

Jean-Baptiste Blanchard. « L’école des moeurs, ou Réflexions morales et historiques sur les maximes de la sagesse. » Lyon, 1798.

La révolte des aveugles

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récolte-des-aveugles-naples

C’est à Naples qu’ils se sont révoltés, ne voulant pas accepter qu’on limitât leurs heures de promenade.

Et savez-vous comment ils manifestèrent leur mécontentement ? En brisant les vitres, d’abord. Que peuvent leur importer les vitres, en effet, et leur transparence, dont ils ne peuvent se rendre compte ?

Puis ils s’attaquèrent à des choses qui sont si désagréables quand on les rencontre sans les voir, quelques fauteuils, tables, buffets… Puis ils coupèrent les conduites à gaz, les communications téléphoniques : celles-ci ne s’en étonnèrent point, elles on ont l’habitude. Mais le gaz, cela pouvait devenir grave; et la force publique dut intervenir pour ramener les aveugles à la raison.

On ne les y réduisit que bien difficilement : ils tapaient comme des sourds.

« Revue hebdomadaire. »  Paris, 1904.

Image : « Le Petit Journal. »