Napoléon 1er

La cour des Grands Hommes

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louis-philippeCroirait-on qu’un certain nombre de statues des généraux de la Révolution et des maréchaux de l’Empire, qui décorent la cour d’honneur de Versailles sont truquées ?

Lorsque Louis-Philippe eut décidé de dédier Versailles « à toutes les gloires de France », il s’en alla visiter le dépôt des marbres, espérant y trouver quelques statues de guerriers illustres, propres à figurer dans la cour du Palais. Or, il n’y trouva que les statues des généraux Colbert, Despagnes, Roussel, commandées par Napoléon 1er. Le roi trouva que les uniformes étaient très bien, mais que les personnages n’étaient pas suffisamment célèbres, c’est pourquoi il acheta à bas prix tout le stock des généraux, moins les têtes.

On éleva sur les socles les statues ainsi décapitées, et l’on commanda d’autre part, les têtes de Masséna, Lanne, Jourdan, etc. Il ne restait plus qu’à raccorder ces têtes aux troncs et à graver une inscription sur le socle.

Il faut de l’économie en tout !

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Un « illustre »père

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« Aujourd’hui 20 mars 1811, raconte le Journal officiel, à neuf heures vingt minutes du matin, l’espoir de la France a été rempli : un prince est heureusement né à S. M. L’Impératrice; le roi de Rome et sa mère sont en parfaite santé. Toute la nuit qui a précédé l’heureuse délivrance, les églises de Paris étaient remplies d’une foule immense de peuple qui élevait ses vœux au ciel pour le bonheur de LL. MM. Dès que les salves se firent entendre on vit de toutes parts les habitants de Paris se mettre à leurs fenêtres, descendre à leurs portes, remplir les rues et compter les coups de canon avec une vive sollicitude. Ils se communiquaient leurs émotions, et ont laissé enfin éclater une joie unanime, lorsqu’ils ont vu que toutes leurs espérances étaient remplies, et qu’ils avaient un gage de la perpétuité de leur bonheur. »

Vingt et un ans plus tard, mourait en terre autrichienne un pâle jeune homme phtisique, émacié, et sur sa tombe l’on écrivait :

« A l’éternelle mémoire de Joseph-François-Claude, duc de Reichstadt, fils de Napoléon, empereur des Français, et de Marie-Louise, archiduchesse d’Autriche, né à Paris le 20 mars 1811. Salué dans son berceau du nom de roi de Rome. A la fleur de son âge, doué de toutes les qualités de l’esprit et du corps, d’une imposante stature, de nobles et agréables traits, d’une grâce exquise de langage, remarquable par son instruction et son aptitude militaire, il fut attaqué d’une cruelle phtisie, et la mort la plus triste l’enleva dans le château des empereurs, à Schönbrunn près de Vienne, le 27 juillet 1832. »

A schönbrunn, au lieu même où Napoléon avait dicté des lois au monde. Naissance glorieuse suivie d’une mort obscure, la destinée du duc de Reichstadt est pitoyable. A peine âgé de trois ans, il fut chassé de sa patrie par la guerre étrangère et grandit sans secousse, sans émotion, tenu en captivité et soigneusement éloigné de tout ce qui pouvait lui rappeler son illustre origine. Il disait un jour à M. de Metternich :  « Nul ne rentre dans son berceau quand il l’a quitté, jusqu’ici c’est l’unique monument de mon histoire« ; et il ajoutait avec le pressentiment des malades : « Ma tombe et mon berceau seront bien rapprochés l’un de l’autre. »

Alfred Spont. »Les grandes infortunes. » Paris, 1897.

La fin du monde : détails complets

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José-Guadalupe-Posada

Il s’est tenu cette semaine, à Londres, une conférence de prophètes, qui, après un long débat, est arrivée à la conclusion que la fin du monde arrivera sans faute le 5 mars 1896, à une heure moins vingt (heure de Greenwich).

Ces mêmes gentlemen se sont également préoccupés de déterminer qui est la célèbre Bête de l’Apocalypse. laquelle doit jouer un rôle important dans les péripéties et la catastrophe finale de notre pauvre planète. M. Baxter a établi, à la satisfaction générale de ses auditeurs, que le chiffre 666, par lequel est désignée cette Bête apocalyptique, peut correspondre soit à Napoléon, écrit en grec avec la valeur des lettres dans l’alphabet hellénique et sous la forme légèrement altérée :

Napoleonti. En effet, N vaut 50, a vaut 1, p=80, o=70, l=30, e=5, o=70, n=50, t=300, i=10. L’addition de ces sommes est, comme en peut s’en convaincre par une facile opération, égale à 666.

Mais ce n’est pas tout : M. Baxter, qui paraît professer une certaine impartialité dans ses interprétations mystiques, a également découvert que le chiffre 666 peut se lire (toujours en grec et avec les valeurs des lettres de l’alphabet hellénique) :

E. Boulanger. En effet, E=5,B=2, o=70, u=400, l=30, a= 1, n=50, g=3, e=5, r=100, ce qui fait également 666.

« Le Rappel. » Paris, 1889
Illustration : José Guadalupe Posada.

Bonaparte et tonton Louis

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napoleon

On a beaucoup plaisanté le père Loriquet pour une phrase qu’il n’a vraisemblablement pas écrite, celle dans laquelle il aurait déclaré que Napoléon 1er avait été le lieutenant général de Louis XVIII. La plaisanterie était un peu forte, grossière même, et elle a persisté jusqu’à ces derniers temps.

Mais on aurait pu rire à plus juste raison d’un mot étrange de Napoléon 1er, mot vraiment extraordinaire. Quelque temps après son second mariage Napoléon Ier se promenait avec son beau-père l’empereur d’Autriche. Ils causaient de la Révolution Française.

Elle arrivait de bien loin, dit Napoléon 1er, toutefois il eût été facile d’en prévenir les grandes catastrophes, si la faiblesse n’avait pas été le fond du caractère de mon oncle.

L’empereur d’Autriche chercha un moment pour essayer de comprendre de qui Napoléon 1er voulait parler : c’était de Louis XVI, mari de Marie-Antoinette, tante de Marie-Louise. C’est l’empereur d’Autriche lui-même qui répéta ce mot au marquis de Castellentini qu’il avait invité à dîner.

Je fus tout étourdi, ajouta l’empereur François, et bien autrement interdit, lorsqu’après un moment de réflexion, je vis qu’il entendait parler de Louis XVI..

Napoléon Ier se réclamant, comme neveu, de Louis XVI, c’est absolument original.

« Gazette anecdotique, littéraire, artistique et bibliographique. »  Paris, 1892.

Les courses de chevaux.

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Théodore Géricault
Théodore Géricault

Le grand prix de Paris fournit à l’Evénement le thème d’une étude historique qui remonte jusqu’à Achille, instituant, après avoir rendu les derniers devoirs à Patrocle, une course en son honneur.

Le héros grec, pour stimuler l’ardeur des concurrents, fonde séance tenante plusieurs prix qui peuvent soutenir la comparaison avec ceux de la Société d’encouragement. Le premier est une femme irréprochable, habile aux travaux de son sexe, et un trépied à anses contenant vingt-deux mesures; le second, une jument indomptée, de six ans, et bientôt mère d’un mulet; le troisième, une chaudière encore blanche qui n’a point été au feu, contenant quatre mesures; le quatrième, deux talents d’or, et le cinquième une urne à deux anses qui ne va pas au feu.

En France, il existait des courses dès l’année 1370, dans le département de la Côte-d’Or. Mais il faut aller jusqu’au règne de Louis XV pour trouver les courses établies en France d’une manière sérieuse. Encore ne citent-on, à cette époque, que des paris entre gentilshommes. En 1776, des courses eurent lieu dans la plaine des Sablons. L’année d’après, plusieurs gentilshommes firent à Fontainebleau une poule où figurèrent quarante chevaux.

Ce goût naissant devint bientôt une fureur, et les gentilshommes de la cour consacrèrent à ce divertissement des sommes folles. Lorsque vint le règne de Louis XVI, ce prince s’en émut et fut contraint de prendre des mesures pour empêcher que la noblesse ne se ruinât avec les courses. Le moyen qu’il employa ne manque pas d’originalité; il se mêla parmi les parieurs et ne paria que de très petites sommes, espérant les amener à une sage modération par esprit de courtisanerie et d’imitation.

« A la dernière course, dit Mme de Genlis, M. de X… a perdu 7,000 louis, M. le comte de X… en a gagné 6,000. Le roi a parié un petit écu; c’est une leçon bien douce et de bien bon goût sur l’extravagance des paris. »

La leçon fut en pure perte, car les gros paris continuèrent.

Les courses, abolies par la Révolution, furent rétablies par Napoléon 1er. Mais c’est seulement en 1827 qu’elles commencèrent à entrer dans le mouvement ascendant qui s’est continué jusqu’à nos jours.

« La Revue des journaux et des livres. » Paris, 1885.

Napoléon et l’amiral Malcolm

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napoleon-malcolmLe gouvernement autrichien a autorisé la publication en langue française des « Rapports » du commissaire impérial, baron Sturner; délégué à Sainte-Hélène par son gouvernement pendant l’internement, de Napoléon 1er.

Les conversations de l’empereur déchu sont soigneusement relatées. Il en est de fort curieuses. Voici son entretien avec l’amiral Pulteney Malcolm sur sa détention à Sainte-Hélène:

Bonaparte. — Vous me tiendrez toujours ici ?

L’amiral. — Je le crois.

Bonaparte. — N’avez-vous pas d’autres colonies ?

L’amiral. — Vous n’y seriez bien sous aucun rapport.

Bonaparte. — Ce qu’on fait à Sainte-Hélène est absurde, ridicule; tenez, ce soldat sur la pointe de ce rocher, à quoi sert-il ? Craignez-vous que je ne m’échappe ? Un oiseau le pourrait-il ? Je conçois que la ville me soit interdite, c’est assez naturel. Mais hors de là je devrais être libre.

L’amiral. — Vous l’êtes ; on ne vous empêche pas même d’aller en ville.

Bonaparte. — Avec cet officier (le capitaine Popleton) à mes trousses ? Ce serait me dégrader, me reconnaître prisonnier. Je ne le suis pas.

L’amiral. — On ne peut plus cependant vous traiter en souverain.

Bonaparte. -— Et pourquoi pas ? Qu’on me laisse ces honneurs, comme un amusement dans ma position. Sur ce rocher, quel mal peut-il faire ?

L’amiral. —- Il faudrait donc vous donner le titre d’empereur ?

Bonaparte. (Après un moment de réflexion.) — Non, j’ai abdiqué.

L’amiral. — Vous ne voulez pas être appelé général ?

Bonaparte. —- Je ne le suis plus depuis mon retour d’Egypte. Tout autre nom me convient. Qu’on m’appelle Napoléon.

L’opinion de Napoléon 1er sur les Prussiens est également fort curieuse :

L’amiral. —- Que pensez-vous des Prussiens ?

Bonaparte. — Ce sont des coquins.

L’amiral. — Et de leur armée ?

Bonaparte. — Il m’en a coûté si peu pour l’écraser à Iéna avec les manoeuvres de Potsdam, que j’ai été surpris moi-même de ma victoire.

L’amiral. — Mais elle a changé depuis ?

Bonaparte. — Un peu.

 » Revue des journaux . » Paris, 1885.