Napoléon Bonaparte

Napoléon et l’amiral Malcolm

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napoleon-malcolmLe gouvernement autrichien a autorisé la publication en langue française des « Rapports » du commissaire impérial, baron Sturner; délégué à Sainte-Hélène par son gouvernement pendant l’internement, de Napoléon 1er.

Les conversations de l’empereur déchu sont soigneusement relatées. Il en est de fort curieuses. Voici son entretien avec l’amiral Pulteney Malcolm sur sa détention à Sainte-Hélène:

Bonaparte. — Vous me tiendrez toujours ici ?

L’amiral. — Je le crois.

Bonaparte. — N’avez-vous pas d’autres colonies ?

L’amiral. — Vous n’y seriez bien sous aucun rapport.

Bonaparte. — Ce qu’on fait à Sainte-Hélène est absurde, ridicule; tenez, ce soldat sur la pointe de ce rocher, à quoi sert-il ? Craignez-vous que je ne m’échappe ? Un oiseau le pourrait-il ? Je conçois que la ville me soit interdite, c’est assez naturel. Mais hors de là je devrais être libre.

L’amiral. — Vous l’êtes ; on ne vous empêche pas même d’aller en ville.

Bonaparte. — Avec cet officier (le capitaine Popleton) à mes trousses ? Ce serait me dégrader, me reconnaître prisonnier. Je ne le suis pas.

L’amiral. — On ne peut plus cependant vous traiter en souverain.

Bonaparte. -— Et pourquoi pas ? Qu’on me laisse ces honneurs, comme un amusement dans ma position. Sur ce rocher, quel mal peut-il faire ?

L’amiral. —- Il faudrait donc vous donner le titre d’empereur ?

Bonaparte. (Après un moment de réflexion.) — Non, j’ai abdiqué.

L’amiral. — Vous ne voulez pas être appelé général ?

Bonaparte. —- Je ne le suis plus depuis mon retour d’Egypte. Tout autre nom me convient. Qu’on m’appelle Napoléon.

L’opinion de Napoléon 1er sur les Prussiens est également fort curieuse :

L’amiral. —- Que pensez-vous des Prussiens ?

Bonaparte. — Ce sont des coquins.

L’amiral. — Et de leur armée ?

Bonaparte. — Il m’en a coûté si peu pour l’écraser à Iéna avec les manoeuvres de Potsdam, que j’ai été surpris moi-même de ma victoire.

L’amiral. — Mais elle a changé depuis ?

Bonaparte. — Un peu.

 » Revue des journaux . » Paris, 1885.

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Ingratitude

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Napoléon

Voici une anecdote assez curieuse qui montre bien l’absence de reconnaissance de certains grands de ce monde:

La femme d’un ancien limonadier avait rendu des services pécuniaires importants à Napoléon Bonaparte. A cette époque, bien malin celui ou celle qui sût pronostiquer qu’il tiendrait un jour dans ses mains les trésors de la fortune publique.

Lorsqu’il fut proclamé Premier consul, cette femme, tombée dans l’indigence, crût l’instant favorable, et rappela au puissant son ancienne bienfaitrice. Tout d’abord il ne dédaigna pas répondre à ses demandes; ensuite, sans doute fatigué par ses importunités, il lui fit signifier d’avoir à cesser ses poursuites, sous menace de la faire enfermer .

La pauvre limonadière ne se fit pas répéter cet ordre, et, retournant dans la province, elle se vengea de l’ingrat Bonaparte en racontant les détails de toutes les obligations qu’il lui avait eues, et qu’il récompensait si mal.

Différentes personnes, à qui il était également redevable, ont éprouvé le même refus. L’illustre personnage voulait apparemment tâcher d’oublier l’époque moins favorable, quand il avait eu besoin de tout le monde.

« Les Tyrans démasqués. » 1870.