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La folie du duc d’Abrantès

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On a souvent attribué la folie de Jean-Andoche Junot à des blessures reçues, la plupart, à la tête, à la température de la campagne de Russie, voire à la disgrâce impériale.

En fait, et cela est médicalement prouvé, le maréchal faisait de la paralysie générale, fruit de ses excès. Rentré de Russie, il fut difficile au malheureux de cacher les progrès de sa démence. Nommé gouverneur des provinces illyriennes il donna, à Raguse, un grand bal où il parut ganté de blanc, frisé au petit fer, chaussé d’escarpins vernis, tous ses ordres endiamantés au cou, son sabre et son chapeau à plumes sous le bras et, par ailleurs, nu comme un ver. Devant le scandale suscité par cette entrée, Napoléon rappela son favori, écrivit au prince Eugène :

« Ayez, pour ce malheureux tous les ménagements qu’exige sa position, mais ôtez-le vite d’un pays où il offre un spectacle affligeant ».

On ramena Junot, en France, chez son père et le jour même de son arrivée, se prétendant oiseau, il sauta par la fenêtre et se brisa la jambe en tombant d’un mur. Il mourut sept jours plus tard, fort vraisemblablement d’une septicémie venue d’une fracture ouverte et dont il arrachait, en proie à ses crises, les bandages.

« Marianne. »  Paris, 1940.

Un « illustre »père

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« Aujourd’hui 20 mars 1811, raconte le Journal officiel, à neuf heures vingt minutes du matin, l’espoir de la France a été rempli : un prince est heureusement né à S. M. L’Impératrice; le roi de Rome et sa mère sont en parfaite santé. Toute la nuit qui a précédé l’heureuse délivrance, les églises de Paris étaient remplies d’une foule immense de peuple qui élevait ses vœux au ciel pour le bonheur de LL. MM. Dès que les salves se firent entendre on vit de toutes parts les habitants de Paris se mettre à leurs fenêtres, descendre à leurs portes, remplir les rues et compter les coups de canon avec une vive sollicitude. Ils se communiquaient leurs émotions, et ont laissé enfin éclater une joie unanime, lorsqu’ils ont vu que toutes leurs espérances étaient remplies, et qu’ils avaient un gage de la perpétuité de leur bonheur. »

Vingt et un ans plus tard, mourait en terre autrichienne un pâle jeune homme phtisique, émacié, et sur sa tombe l’on écrivait :

« A l’éternelle mémoire de Joseph-François-Claude, duc de Reichstadt, fils de Napoléon, empereur des Français, et de Marie-Louise, archiduchesse d’Autriche, né à Paris le 20 mars 1811. Salué dans son berceau du nom de roi de Rome. A la fleur de son âge, doué de toutes les qualités de l’esprit et du corps, d’une imposante stature, de nobles et agréables traits, d’une grâce exquise de langage, remarquable par son instruction et son aptitude militaire, il fut attaqué d’une cruelle phtisie, et la mort la plus triste l’enleva dans le château des empereurs, à Schönbrunn près de Vienne, le 27 juillet 1832. »

A schönbrunn, au lieu même où Napoléon avait dicté des lois au monde. Naissance glorieuse suivie d’une mort obscure, la destinée du duc de Reichstadt est pitoyable. A peine âgé de trois ans, il fut chassé de sa patrie par la guerre étrangère et grandit sans secousse, sans émotion, tenu en captivité et soigneusement éloigné de tout ce qui pouvait lui rappeler son illustre origine. Il disait un jour à M. de Metternich :  « Nul ne rentre dans son berceau quand il l’a quitté, jusqu’ici c’est l’unique monument de mon histoire »; et il ajoutait avec le pressentiment des malades : « Ma tombe et mon berceau seront bien rapprochés l’un de l’autre. »

Alfred Spont. »Les grandes infortunes. » Paris, 1897.

Réplique

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Napoléon Premier avait beau être Napoléon, il lui arriva quelquefois de se faire remettre à sa place, surtout par des femmes qui n’avaient pas leur langue dans leur poche.

C’est ainsi qu’un jour, au bal des Tuileries, il aperçut la Duchesse de Fleury, qui n’avait pas froid aux yeux et, s’approchant d’elle, lui dit assez rudement, à sa manière :

Eh bien, Madame, vous aimez toujours les hommes  ?

La belle créature regarda d’un peu haut le petit Corse qui lui parlait sur ce ton-là et répondit, raide comme un coup de cravache :

Oui, Sire, quand ils sont polis !

Et, ce jour-là, ils ne causèrent pas plus avant. La duchesse ne s’était pas relevée de sa révérence que l’Empereur était déjà loin.

« Le Journal amusant. »  Paris, 1932.

La cape et l’épée

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Un jour Mme de Beauharnais fait appeler son notaire, M. de la F…

Devinez un peu le motif qui m’a fait vous prier de venir , s’écria-t-elle en l’apercevant.

Après l’avoir quelque temps observée en silence, avoir quelque temps cherché à lire dans ses yeux :

— Mme la marquise penserait-elle à se remarier ?
Précisément… Mais avec qui ? voyez…., cherchez… 
— J’avoue qu’il m’est impossible de pénétrer votre secret. 
— Eh bien ! pour vous tirer de peine, mon cher M. de la F…, apprenez que j’épouse Bonaparte. 
— Impossible. 
— Très possible, je vous jure. 
— Vous vous moquez, madame, il n’a que la cape et l’épée. Oh ! je vous en supplie, croyez-moi, réfléchissez, ne faites pas une semblable folie. 
— Très bien, M. de la F…, très bien, j’aime que l’on prenne les intérêts de ses clients , dit le général Bonaparte, soulevant le rideau derrière lequel il s’était caché à l’arrivée du notaire. Aussi, à partir de ce jour, je vous donne ma clientèle; elle est mince encore, je n’ai que la cape et l’épée, d’accord, mais j’ai la confiance que tôt ou tard elle en vaudra bien une autre.

Le général a tenu parole; sa cape est devenue le manteau semé d’abeilles d’or; son épée a dominé le monde, et la clientèle du notaire s’est nécessairement ressentie de cette grande et inconcevable métamorphose.

« Le Spectateur : revue des moeurs, des arts et de la littérature. »  Poitiers, 1840.