New-York

Les petites superstitions  des midinettes américaines 

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Johann HamzaIl n’est rien de tel que la vie en commun pour ramener les hommes à la crédulité de la première enfance. Dans un régiment, dans un atelier ou à bord d’un navire, les articles de foi les plus invraisemblables sont accueillis avec autant d’empressement et de candeur que dans un collège de garçons ou un pensionnat de jeunes filles. Il semble que toutes les superstitions admises dans les magasins des cinq parties du globe se soient donné rendez-vous dans la métropole commerciale des Etats-Unis. 

Lorsqu’une modiste laisse tomber de ses mains un chapeau qu’elle n’a pas encore  achevé, c’est un signe de bon augure, car une coiffure qui a roulé sur le parquet ne peut manquer d’être vendue. En revanche, la chute d’une paire de ciseaux annonce toujours une calamité effroyable si l’ouvrière qui, par sa maladresse, s’est exposée à un semblable malheur, commet l’imprudence de les ramasser elle-même. Il faut qu’elle mette le pied sur les ciseaux et attende qu’une de ses compagnes les ramasse et les lui rende. 

Un chapeau de mariée attire des bénédictions sans nombre sur l’ouvrière qui est chargée de fixer des fleurs d’oranger sur ce fragile édifice de dentelles blanches. Mais pour qu’une pareille tâche porte tout le bonheur qu’il est permis d’en attendre, la modiste doit se servir d’un de ses cheveux pour coudre le dessous de la coiffure nuptiale.

Un mot enfin des éternuements, qui sont un langage aussi difficile à interpréter que les le signaux de la marine. Ils changent de sens suivant le jour de la semaine. Le lundi, ils annoncent un danger, le mercredi une lettre, le vendredi un événement fâcheux, mais c’est surtout le mardi qu’ils sont enregistrés avec soin et donnent lieu à des commentaires sans fin. Une modiste qui éternue ce jour-là embrassera le lendemain un étranger.

A peine avons-nous besoin d’ajouter que ce présage inquiétant ne se réalise jamais. Les demoiselles de magasin de New York sont des jeunes filles fort sages qui ne sauraient se permettre une pareille familiarité.  

Paris, 1908.
Peinture : Johann Hamza.

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Le domicile de huit heures

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times quare-1920Le prix des loyers a augmenté à New York dans des proportions telles que certains locataires des classes moyennes ont dû renoncer à avoir un logement pour eux seuls. 

Ils s’organisent en coopératives pour louer un appartement en commun et chaque famille y couche à son tour…

Dans une maison, on signale que quatorze chambres sont actuellement habitées par 42 personnes en trois séries de huit heures.

Le domicile de huit heures ! Quelle effroyable manifestation du progrès…

« Les Spectacles. » Lille, 1923.

Un village unique

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villageUn voyageur, qui vient de visiter un village unique en son genre aux États-Unis, en envoie la description à un journal de New York : 

Ce village, nommé Viorle, situé à l’extrémité sud-ouest du Kansas, a une population de mille habitants et constitue un town indépendant. II fait et exécute ses lois civiles, criminelles, sociales et religieuses. Il n’y a ni hôtels, ni restaurants, ni établissements publics quelconques à Viorle, et l’étranger qui se hasarde est généralement expulsé. Cependant, une exception a été faite en faveur du voyageur à qui nous empruntons ces détails. 

Après une longue délibération, les Prudents, dont il sera question plus loin, lui ont permis de passer quelques heures dans le village. Viorle a été fondé, au commencement de 1868, par un certain nombre de toqués religieux, sur le principe de la communauté absolue de toutes choses. Les maisons sont petites et invariablement de briques, avec proscription rigoureuse de tous articles, non seulement de luxe, mais de commodité. Absence complète de meubles et pas de planchers. Des peaux, étendues sur le sol nu, sont le seul siège en usage. Presque tous les membres de la communauté ont l’intelligence bornée, l’es- prit simple. Ils sont grossiers d’aspect et de mœurs, et ignorants comme des carpes. La loi fondamentale est de ne rien vendre et rien acheter. Tous sont tenus de se mettre au travail au point du jour. Mais ils se reposent dès qu’ils se sentent fatigués ou simplement disposés à la fainéantise, et les Prudents sont souvent obligés de rendre des édits recommandant plus de diligence et d’ardeur au travail. 

Les Prudents sont au nombre de douze et exercent leurs fonctions à vie. Quand l’un d’eux meurt, ses collègues nomment son successeur. C’est le conseil des Prudents qui règle les différends, répartit à chacun sa besogne et partage les récoltes. En fait de magasins, on trouve à Viorle trois vastes entrepôts : l’un pour le maïs, les légumes et autres produits de la terre, l’autre pour les étoffes et les peaux tannées, et le troisième pour le whiskey. Il n’y a pas de familles à proprement parler, le mariage n’étant pas reconnu. Il semble que cet état de choses devrait engendrer des jalousies et des querelles, mais il n’en est rien. 

L’existence des mille habitants de Viorle s’écoule dans un abrutissement monotone et paisible. 

« La Revue des journaux et des livres. » Paris, 1887.
Photo extraite du film : « Back to the Future Part III » Robert Zemeckis, 1990.

La danseuse aux pieds nus

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isadora-duncanLes journaux américains apportent une nouvelle qui étonnera ceux qui ne connaissent pas l’audace artistique de miss Isadora Duncan, la danseuse aux pieds nus.

La célèbre ballerine a osé danser à New-York, le 15 février, la mort d’Yseult. Le programme de cette soirée sensationnelle comprenait aussi le prélude de Lohengrin et la danse de Parsifal. Quand miss Isadora se fut montrée une ou deux fois, le chef d’orchestre, M. Damrosch, se tournant vers le public, annonça que la mort d’Yseult avait été placée à la fin du programme, pour que les personnes qui ne voulaient pas y assister eussent toute facilité de partir.

Naturellement, personne ne profita de cette facilité, et miss Isadora Duncan interpréta avec ses jolis pieds la grande page dramatique wagnérienne. Et le public applaudit… On se rappelle, à ce propos, la juste protestation de M. Pierre Lalo contre l’art de cette danseuse. 

« Revue musicale de Lyon. » 1911.

Le fantôme  de Conan Doyle à New York 

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conan-doyleLe fantôme de sir Arthur Conan Doyle a été invité par un juge américain à cesser de parader dans les rues où il gêne la circulation.

A la vérité, cette mise en demeure a été signifiée à Mme Elisabeth O’Hare, une vieille dame qui affirme être le représentant personnel de l’esprit de sir Arthur sur la terre.

Mrs O’Hare, très connue dans les milieux occultistes de New York sous le nom d’Elisabeth la transcriptrice, a dû comparaître devant les tribunaux pour avoir défilé le long de la Cinquième Avenue, porteuse d’une grande bannière par laquelle elle défiait M. Joseph Dunninger de venir discuter avec l’esprit de sir Arthur le problème de la survie.

M. Dunninger avait offert une somme équivalant à 2.000 livres à toute personne qui pourrait lui soumettre une phrase type de dix mots que sir Arthur Conan Doyle lui avait confiée avant de mourir.

Mrs O’Hare a décliné devant ses juges toute responsabilité en ce qui concerne la parade qu’on lui reprochait.

« C’était l’esprit de Conan Doyle,a-t-elle déclaré, je n’avais pas la possibilité d’agir autrement.« 

« L’Intransigeant. » Paris, 8 juin 1937.

L’honneur du commandant

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vizcayaSi l’épopée n’était pas née en Grèce elle serait venue au monde en Espagne, dit le Gaulois. Qu’importent à l’Espagnol, la fièvre, la faim, la misère en haillons, s’il lui reste l’honneur. A propos de fierté le correspondant du Figaro conte l’anecdote  suivante survenue durant le conflit hispano-américain : 

Lorsque le cuirassé espagnol Vizcaya leva l’ancre pour sortir du port de New York, son départ fut salué par de formidables coups de sifflets et par des huées que lançaient des milliers de Yankees réunis sur les quais. Le commandant du cuirassé, M. Eulate, entendit l’ovation et fit stopper immédiatement. Il ordonna de mettre son canot à la mer et dit au second du navire :

 Je vous confie le commandement. Je vais descendre seul à terre. Si vous entendez un coup de feu, bombardez New York ! 

Il sauta dans le canot et se fit débarquer sur le quai, au milieu de la foule hostile. S’adressant à un groupe il s’écria :

— Le premier qui siffle, je lui brûle la cervelle !

Personne ne siffla, et pendant vingt minutes M. Eulate se promena sur le quai, devant la foule silencieuse. Lorsqu’il regagna son bord et que le Vizcaya se mit en marche définitivement, on n’entendit aucun coup de sifflet.

L’anecdote est authentique. 

Nous ne mettons pas en doute la valeur guerrière des Américains, mais avec de pareils adversaires ils auront certainement fort à faire. 

« La Joie de la maison. » Paris, 1898.

Vers la diminution des heures  et des jours de travail 

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diego-riveraIl y a quatre ans environ, Henry Ford surprit ses concitoyens en instituant dans ses usines la semaine de 5 jours de travail en expliquant les mobiles de sa décision. 

Son idée était que la semaine plus courte laisserait aux travailleurs davantage de temps peur utiliser et consommer des produits de l’industrie. A son avis, l’industrie nationale ne pourrait plus subsister au cas où les fabriques établiraient de nouveau la journée de dix heures de travail. Par exemple, i’ouvrier n’aurait guère le temps de se servir de sa voiture, s’il -devait travailler de l’aube jusqu’au coucher du soleil, A son avis, de la même manière que la journée de huit heures avait conduit le pays à la prospérité, la semaine de cinq jours est destinée à  lui procurer une prospérité encore plus grande.

M. Ford .annonça qu’il paierait pour la semaine de cinq jours les mêmes salaires qu’il payait auparavant pour la semaine de six jours, car autrement le but de la réforme, qui consiste à accroître la consommation, ne serait pas atteint. « Mieux vous payez les heures de repos de vos ouvriers, plus grands deviennent leurs désirs. Et ces désirs deviennent vite des besoins. » Pour satisfaire ces nouveaux besoins les ouvriers dépensent largement leur argent et favorisent ainsi la prospérité générale. 

La crise que traverse actuellement l’économie des Etats-Unis, loin de faire abandonner, le point de vue du grand constructeur de Détroit, n’a fait que le renforcer, En effet, dans la généralisation de la semaine de cinq jours on voit aujourd’hui une solution, tout au moins partielle, au chômage, en particulier à celui qui est causé par le développement du machinisme et la découverte de procédés industriels plus économiques, réduisant la main-d’œuvre. 

On calcule que plus de 500.000 ouvriers travaillent aux Etats-Unis d’un bout de l’année à l’autre par application de la semaine de cinq jours. L’an dernier 150.000 ouvriers du bâtiment ont été placés sous ce régime dans la ville de New York seulement. 

Il faut dire cependant que la National Association of Manufacturers s’oppose vigoureusement à la généralisation de la semaine de cinq jours. Elle déclare que son adoption aurait pour effet d’augmenter de plus de 15 % le coût de la vie, de diminuer la production, de détruire dans les travailleurs toute ambition de progresser, et de rendre le pays plus vulnérable vis-à-vis de l’emprise économique européenne. 

Rappelons que l’ancien gouverneur Alfred E. Smith et John J. Raskob, président de la General Motors, se sont par contre déclarés partisans de la semaine de cinq jours en vue de diminuer le chômage. 

« Le Courrier automobile. » Hanoï, 1931
Illustration : fresque de Diego Rivera.