New-York

Malversations et faux en écritures publiques

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comitéLa direction des affaires publiques du comté de Warren dans le New Jersey, près de New York, est confiée à un conseil électif chargé de percevoir les impôts et de contrôler les dépenses.

Depuis dix ou douze ans, l’élection avait maintenu en fonctions, comme membres de ce conseil, un groupe de citoyens qui occupaient des positions honorables et qui jouissaient de la confiance générale. On remarquait entre autres, parmi eux, un banquier, un médecin et un avocat des plus renommés de la contrée.  Le comté de Warren est exclusivement agricole et peuplé principalement de cultivateurs aisés, assez intelligents et suffisamment instruits. ses ressources sont assez grandes et ses dépenses peu considérables, et pourtant, à chaque instant, il fut obligé de recourir à des emprunts.

Enfin, un citoyen résolu voulut savoir pourquoi les dépenses du comté augmentaient dans une proportion extravagante. Il s’est porté comme candidat aux fonctions de conseiller, s’est fait élire malgré l’association occulte des membres du conseil qui se faisaient élire chaque année tous ensemble, et son entrée dans le conseil fut le signal de la chute des coupables.

On découvrit qu’une somme de cent mille dollars avait été détournée, et que, pour masquer ce détournement, il avait fallu recourir à de nombreuses falsifications d’écritures. La justice fut saisie de l’affaire : dix-sept membres du conseil furent successivement arrêtés.

Dix des principaux coupables ont été condamnés de deux à quatre années de réclusion. Le juge, en prononçant l’arrêt, a, selon la coutume, commenté le crime et donné une petite leçon de morale aux condamnés :

« La série de crimes que vous avez commis, a-t-il dit, est sans précédent. Des malversations analogues ont sans doute été faites dans certaines villes populeuses, où des hommes poussés par la manie de la spéculation et dépourvus de sens moral ont abusé de la confiance mise en eux. Mais dans un district agricole, au milieu des influences moralisatrices qui vous entourent, un tel crime est monstrueux. »

Puis, en condamnant l’attorney du comté, M. John Givens, avocat, le juge a dit avec sévérité :

« C’est la première fois depuis que je suis magistrat que j’ai pour devoir de prononcer une condamnation contre un membre du barreau reconnu coupable d’un crime, et ce devoir est des plus pénibles. Vous avez été jugé impartialement et reconnu coupable. Il m’appartient de vous dire qu’à l’ouverture de la session judiciaire prochaine, je ferai rayer votre nom de la liste des avocats, attendu que vous avez cessé d’être digne de figurer dans les rangs d’une profession honorable. La Cour vous condamne à dix-huit mois de réclusion pour chacune des deux charges établies contre vous. Elle décide toutefois que les deux peines se confondront. »

Il est heureux que nos avocats français n’aient jamais eu de pareilles remontrances à recevoir d’un président d’assises.

« Almanach de France et du Musée des familles. » Paris, 1880.

3 articles des années 20

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Le record de… l’écrasement

automobiles 1920Il est détenu incontestablement, — peut-on s’en étonner beaucoup ? — par l’Amérique, plus précisément par l’Etat de New York.

Pendant le seul mois d’août, trois cent cinquante personnes ont été envoyées à toute vitesse dans un monde meilleur. En juillet, le funèbre bilan avait été moins énorme : seulement deux cent vingt et un décès avaient été causés par MM. les chauffeurs.

Et dire que nous nous plaignons, à Paris, pour quelques pauvres petits accidents

« L’Éclaireur du dimanche » et « La Vie pratique, Courrier des étrangers. » Nice, 4 novembre 1923.

Hyper-inflation 

inflation_allemagne_1923La vie doit être difficile en Allemagne. Les annonces des journaux jettent des lueurs sur tout ce que l’avilissement de la monnaie peut apporter d’embarras aux Allemands. On nous communique, par exemple, cette annonce :

« Lunettes (verres avec monture corne) perdues. Cent millions à qui les rapportera. »

On ne se donnerait pas, en France, la peine de publier une annonce pour récupérer une paire de lunettes à monture de corne.

Cette autre :

« Jeune fille ordonnée et capable est demandée pour entrée immédiate. Salaire en relation avec les temps présents. »

Ce salaire doit augmenter de jour en jour s’il suit les difficultés des temps présents. Quant au ressemelage d’une paire de chaussures, il est annoncé comme une occasion à 150 millions seulement.

« L’Éclaireur du dimanche » et « La Vie pratique, Courrier des étrangers. » Nice, 4 novembre 1923.

Le redresseur de nez

fannie_briceMiss Fannie Brice, célèbre actrice américaine, possède un nez bourbonien qu’elle voudrait absolument remplacer par un nez grec de Pallas-Athénée.

Pour cette rectification de son profil, elle s’est adressée au docteur Henry S. Scherison. éminent chirurgien d’Atlantic City, qui s’est fait une spécialité de modifier complètement et à volonté la ligne du nez de ses clients.

Le praticien a promis de réussir en quelques séances. Il joue sa réputation dans cette expérience de « rhinoplastie » qui peut, si elle est couronnée de succès, lui valoir une fortune considérable.

En attendant, toute l’Amérique est, si l’on peut dire, fébrilement suspendue… au nez de Miss Fannie Brice.

« L’Éclaireur du dimanche » et « La Vie pratique, Courrier des étrangers. » Nice,11 novembre 1923.

Une agence peu banale

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couple_voyageurLes journaux américains annoncent qu’il vient de se fonder, à New York une agence peu ordinaire.

Le but de cette agence est de fournir des compagnons de route aux voyageurs qui craignent de se trouver seuls dans les compartiments de chemin de fer, principalement au moment où le train s’engage dans un tunnel.

Des employés des deux sexes sont mis, moyennant une légère rétribution, à la disposition de cette catégorie de voyageurs et de voyageuses. Les qualités requises pour exercer cet emploi sont celles-ci : il faut avoir une physionomie ouverte, sympathique et souriante, une attitude distinguée, un esprit cultivé, anecdotique, et la connaissance pratiquée de deux ou trois langues…

« Le Nouvelliste. » Suisse, 1904.
Illustration : Paul Gustave Fischer

Les petites superstitions  des midinettes américaines 

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Johann HamzaIl n’est rien de tel que la vie en commun pour ramener les hommes à la crédulité de la première enfance. Dans un régiment, dans un atelier ou à bord d’un navire, les articles de foi les plus invraisemblables sont accueillis avec autant d’empressement et de candeur que dans un collège de garçons ou un pensionnat de jeunes filles. Il semble que toutes les superstitions admises dans les magasins des cinq parties du globe se soient donné rendez-vous dans la métropole commerciale des Etats-Unis. 

Lorsqu’une modiste laisse tomber de ses mains un chapeau qu’elle n’a pas encore  achevé, c’est un signe de bon augure, car une coiffure qui a roulé sur le parquet ne peut manquer d’être vendue. En revanche, la chute d’une paire de ciseaux annonce toujours une calamité effroyable si l’ouvrière qui, par sa maladresse, s’est exposée à un semblable malheur, commet l’imprudence de les ramasser elle-même. Il faut qu’elle mette le pied sur les ciseaux et attende qu’une de ses compagnes les ramasse et les lui rende. 

Un chapeau de mariée attire des bénédictions sans nombre sur l’ouvrière qui est chargée de fixer des fleurs d’oranger sur ce fragile édifice de dentelles blanches. Mais pour qu’une pareille tâche porte tout le bonheur qu’il est permis d’en attendre, la modiste doit se servir d’un de ses cheveux pour coudre le dessous de la coiffure nuptiale.

Un mot enfin des éternuements, qui sont un langage aussi difficile à interpréter que les le signaux de la marine. Ils changent de sens suivant le jour de la semaine. Le lundi, ils annoncent un danger, le mercredi une lettre, le vendredi un événement fâcheux, mais c’est surtout le mardi qu’ils sont enregistrés avec soin et donnent lieu à des commentaires sans fin. Une modiste qui éternue ce jour-là embrassera le lendemain un étranger.

A peine avons-nous besoin d’ajouter que ce présage inquiétant ne se réalise jamais. Les demoiselles de magasin de New York sont des jeunes filles fort sages qui ne sauraient se permettre une pareille familiarité.  

Paris, 1908.
Peinture : Johann Hamza.

Le domicile de huit heures

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times quare-1920Le prix des loyers a augmenté à New York dans des proportions telles que certains locataires des classes moyennes ont dû renoncer à avoir un logement pour eux seuls. 

Ils s’organisent en coopératives pour louer un appartement en commun et chaque famille y couche à son tour…

Dans une maison, on signale que quatorze chambres sont actuellement habitées par 42 personnes en trois séries de huit heures.

Le domicile de huit heures ! Quelle effroyable manifestation du progrès…

« Les Spectacles. » Lille, 1923.

Un village unique

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villageUn voyageur, qui vient de visiter un village unique en son genre aux États-Unis, en envoie la description à un journal de New York : 

Ce village, nommé Viorle, situé à l’extrémité sud-ouest du Kansas, a une population de mille habitants et constitue un town indépendant. II fait et exécute ses lois civiles, criminelles, sociales et religieuses. Il n’y a ni hôtels, ni restaurants, ni établissements publics quelconques à Viorle, et l’étranger qui se hasarde est généralement expulsé. Cependant, une exception a été faite en faveur du voyageur à qui nous empruntons ces détails. 

Après une longue délibération, les Prudents, dont il sera question plus loin, lui ont permis de passer quelques heures dans le village. Viorle a été fondé, au commencement de 1868, par un certain nombre de toqués religieux, sur le principe de la communauté absolue de toutes choses. Les maisons sont petites et invariablement de briques, avec proscription rigoureuse de tous articles, non seulement de luxe, mais de commodité. Absence complète de meubles et pas de planchers. Des peaux, étendues sur le sol nu, sont le seul siège en usage. Presque tous les membres de la communauté ont l’intelligence bornée, l’es- prit simple. Ils sont grossiers d’aspect et de mœurs, et ignorants comme des carpes. La loi fondamentale est de ne rien vendre et rien acheter. Tous sont tenus de se mettre au travail au point du jour. Mais ils se reposent dès qu’ils se sentent fatigués ou simplement disposés à la fainéantise, et les Prudents sont souvent obligés de rendre des édits recommandant plus de diligence et d’ardeur au travail. 

Les Prudents sont au nombre de douze et exercent leurs fonctions à vie. Quand l’un d’eux meurt, ses collègues nomment son successeur. C’est le conseil des Prudents qui règle les différends, répartit à chacun sa besogne et partage les récoltes. En fait de magasins, on trouve à Viorle trois vastes entrepôts : l’un pour le maïs, les légumes et autres produits de la terre, l’autre pour les étoffes et les peaux tannées, et le troisième pour le whiskey. Il n’y a pas de familles à proprement parler, le mariage n’étant pas reconnu. Il semble que cet état de choses devrait engendrer des jalousies et des querelles, mais il n’en est rien. 

L’existence des mille habitants de Viorle s’écoule dans un abrutissement monotone et paisible. 

« La Revue des journaux et des livres. » Paris, 1887.
Photo extraite du film : « Back to the Future Part III » Robert Zemeckis, 1990.

La danseuse aux pieds nus

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isadora-duncanLes journaux américains apportent une nouvelle qui étonnera ceux qui ne connaissent pas l’audace artistique de miss Isadora Duncan, la danseuse aux pieds nus.

La célèbre ballerine a osé danser à New-York, le 15 février, la mort d’Yseult. Le programme de cette soirée sensationnelle comprenait aussi le prélude de Lohengrin et la danse de Parsifal. Quand miss Isadora se fut montrée une ou deux fois, le chef d’orchestre, M. Damrosch, se tournant vers le public, annonça que la mort d’Yseult avait été placée à la fin du programme, pour que les personnes qui ne voulaient pas y assister eussent toute facilité de partir.

Naturellement, personne ne profita de cette facilité, et miss Isadora Duncan interpréta avec ses jolis pieds la grande page dramatique wagnérienne. Et le public applaudit… On se rappelle, à ce propos, la juste protestation de M. Pierre Lalo contre l’art de cette danseuse. 

« Revue musicale de Lyon. » 1911.