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Les nez dupés

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fumeurs

Klein compte à peine dix-sept ans, et déjà il a osé se mettre en concurrence avec la Régie. C’est dans les tabacs qu’il exerce.

N’allez pas croire qu’il se donne la peine de cultiver la plante importée par Nicot, encore moins qu’il aille en Amérique l’acheter toute récoltée… méthodes vulgaires que Klein dédaigne. Il vend , mais il ne cultive ni n’achète. Avec un peu de sciure de bois mêlée d’un peu d’argile et de houille, il peut livrer aux amateurs, pour un modique prix, les premières qualités de Saint-Vincent et de Virginie.

Klein eut l’honneur de satisfaire ainsi des nez de maires , d’avocats , de juges de paix, voire même un nez de sous-préfet, et une foule d’autres nez , ma foi fort respectables : il n’est pas jusqu’à celui de M. de Pradt, l’ancien archevêque de Malines, qu’il n’ait, dit-on, pris pour dupe.

Certes, si tous les nez trompés par Klein eussent assisté au procès comme témoins ou seulement comme pièces à conviction, il y eut eu un concert d’éternuements à ne pas s’entendre. Klein, pour apprendre à respecter les nez d’autrui, restera quatre mois sans pouvoir mettre le sien dehors.

« Gazette des cours d’assises et des tribunaux correctionnels. »  Paris, 1833.
Illustration : « Congrès des fumeurs : groupe de fumeurs. » Agence Mondial.  Paris, 1932.

La fabrication des nez en Amérique

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outil

Un riche Américain privé de son nez, avait acheté le bras d’un ouvrier solide et bien portant, pour y prélever la petite quantité de chair, qui était nécessaire au complément de sa figure. On la lui avait même vendu assez cher.

C’est sans doute pour ne pas avoir à supporter cette dépense, que, voulant gratifier d’un nez un individu qui n’en avait jamais eu, un chirurgien se servit du doigt de l’individu même; toujours en Amérique, à Philadelphie. Il pratiqua entre les yeux du patient une ouverture triangulaire, où il plaça son petit doigt, dont, auparavant, il avait enlevé l’ongle; il cousit la peau de la face à la peau du doigt et le disposa avec l’inclinaison nécessaire pour bien représenter le nez.

Puis le buste fut enveloppé dans une masse de plâtre, afin de rendre la main absolument immobile, tandis que la tête était aussi tenue en place par un appareil spécial.

Et maintenant, il faut attendre trois semaines, au bout desquelles on espère que les os seront soudés entre eux. On procédera alors à l’amputation d’une phalange du petit doigt, et on habillera l’ossature avec la peau du front et du cou.

Ce ne sera peut-être pas joli, joli; mais le patient pourra se moucher comme tout le monde… si l’opération réussit.

« Touche-à-tout. Revue hebdomadaire. »  Paris, 1904.