Nice

La petite vicieuse

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peur

Eulalie Poireau est venue à Nice chercher une place avantageuse. On lui a justement indiqué un ménage sérieux sans enfants ni animaux domestiques. 

En arrivant dans le somptueux immeuble à six étages, Eulalie fut favorablement impressionnée par les faux marbres et l’arrogance du concierge. Au 5° étage la porte lui fut ouverte par un monsieur en caleçon de bain. 

Voilà donc un original, pensa-t-elle, prendre des bains de mer au mois de mars ! 

Mais une surprise plus grande lui était réservée lorsqu’elle vit venir à elle madame, en plus simple appareil encore. 

Nous allions nous mettre à table, dit celle-ci avec un gracieux sourire… vous nous servirez. 

Eulalie n’osait lever les yeux sur cette masse de chairs croulantes qui la précédait vers la cuisine. Madame n’était ni jeune ni jolie… Alors !… 

Il faisait, comme de juste, très chaud, dans l’appartement, et la petite bonne voulut ouvrir une fenêtre. Monsieur l’arrêta : 

Si vous avez, trop chaud, vous n’avez qu’à faire comme nous et enlever ces vêtements malsains… 

Ceci dit, Monsieur ôta tout tranquillement son caleçon… 

Eulalie ne connaissait pas la mode du « nudisme » qui s’implante en France, venant bien entendu de l’étranger. Elle les crut fous.  

Aussi rapidement que lui permettaient ses jambes vacillantes, elle s’enfuit du côté de la sortie, non sans entendre Monsieur proférer d’une.voix indignée :

Petite vicieuse ! 

« Cyrano : satirique hebdomadaire. » Paris, 1931.

 

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L’enfant de Bohème

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Une fenêtre d’un grand hôtel de la  promenade des Anglais de Nice s’ouvrait  brusquement, un soir, et un homme venait s’abattre sur le trottoir.

C’était un gentleman qui portait avec distinction un des plus grands noms d’Ecosse. Il ne s’était pas tué par neurasthénie, ni de dégoût de ne pouvoir monter à cheval sans tomber, comme le prince de Galles, ni même pour avoir pris au jeu la tragique culotte. Il s’était tué par désespoir d’amour.

A Londres, il avait fait la connaissance d’un joli mannequin qui rêvait de devenir danseuse et qui était en passe de le devenir, ayant remporté un premier prix à Paris et un autre à Nice. Le jeune mylord voulait épouser le joli mannequin. Mais le joli mannequin signifia au jeune mylord qu’elle préférait la danse aux révérences à la cour de Buckingham et au traditionnel château en Ecosse. Le compatriote de Walter Scott, entendant ça, ouvrit la fenêtre et se précipita. Cette aventure tragique a causé dans la gentry anglaise une véritable consternation.

Eh quoi, ont dit les joyeuses commères de Windsor et d’ailleurs, être noble, riche, beau et se tuer pour une dancing girl, alors qu’il y a dans la société tant de jeunes filles qui sèchent sur pied.

Hélas ! bonnes gens, l’amour est toujours enfant de Bohême, même lorsqu’il porte la jaquette bordée et le monocle d’un jeune membre du Savage Club. Notre jeune Ecossais était coiffé de sa petite fille de rien du tout et il a fait poum ! de désespoir d’en être dédaigné. Lord Byron, ce Don Juan hautain et sec, n’aurait pas approuvé cette histoire d’amour terminée par une défenestration. Mais lord Byron aima-t-il vraiment ?

Ce bon jeune homme qui s’écrase, comme un vulgaire calicot amoureux, sur l’asphalte lui est, à mon avis, infiniment supérieur.

André Négis, 1929.
Peinture : Angelo Garino.

Les malandrins de Chicago

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gangsters-chicagoChaque ville a sa petite spécialité gastronomique, architecturale ou pittoresque dont elle est fière : Marseille a sa Canebière, Dijon a sa moutarde, Nice a son Carnaval,  Le Caire a ses âniers, Paris a ses députés, Venise a ses gondoliers… Chicago a ses bandits.

Ils sont réputés dans le monde entier, les bandits de Chicago, et il ne se passe guère de semaine sans que l’univers retentisse du bruit de leurs exploits. Leur effectif s’élève dit-on à 50 000 hommes, dont les meilleurs « professionnels » formant l’élite de la corporation, sont organisés en plusieurs troupes rivales commandées par d’illustres gangsters, Bugs-Moran,_Al Capone et tutti quanti… Ces grandes compagnies qui souvent se livrent entre elles de véritables batailles rangées, image de la guerre civile, possèdent un outillage particulièrement soigné : mitrailleuses, autos blindées, canons, grenades, laboratoires de bombes et de gaz toxiques… Ce qui leur permet -de tenir en échec la police, fort bien armée elle aussi, et très active.

La ville de Chicago est donc le fief incontesté des malandrins et des bootleggers, et c’est là seulement qu’on peut assister à ce fameux et étrange spectacle, unique au monde, connu sous le nom de « Show Up ».gangstersLe Show Up est une exposition de malfaiteurs, que la police organise deux fois par semaine dans ses bureaux, le mercredi soir et le samedi après-midi. On amène là, et on place sur un rang, bien en vue, comme pour un concours de beauté, tous les gens sans aveu arrêtés dans les dernières rafles. Le public est invité à entrer (principalement les citoyens qui ont été victimes ou témoins de vols ou de violences dont les auteurs ont réussi à s’échapper), à examiner les sujets présentés, et s’il y a lieu, à les reconnaître et à dénoncer leurs forfaits.

Cependant, les bandes bien administrées possèdent une caisse de défense contre la justice, de sorte que les malfaiteurs sont pécuniairement soutenus dans leurs procès : on leur donne de bons avocats, on achète des témoins en leur faveur, on essaie de graisser la patte aux juges. De sorte que beaucoup d’entre eux peuvent poursuivre jusqu’au bout leur carrière, tel Al Capone. Celui-ci ayant fait fortune dans la vente illicite des bières et du whisky, aspire maintenant au repos complet et projette d’abandonner son titre et ses fonctions de chef de bande. En outre, il ne veut plus remettre les pieds à Chicago.al-caponeSon intention est de vendre sa propriété de Palm Beach, en Floride, qui fut le théâtre de nombreuses difficultés cadrant mal avec sa dignité de millionnaire, et de faire construire, à 30 milles au nord de Miami, un autre domaine. Sa nouvelle propriété aura une étendue de 1400 ares et sera entourée d’un mur de construction solide d’une hauteur de trois mètres, car, a-t-il dit, « il y a maintenant tellement de malhonnêteté… »

« Ric et Rac : grand hebdomadaire pour tous. » Paris, 1930.

Le mystère des cloches de Pâques

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Il existe, dans l’histoire du folklore, un mystère qui intrigue depuis toujours les spécialistes des traditions populaires. C’est celui qui s’attache à l’origine des « cloches de Pâques ».

Lorsque, au VIIIème siècle, l’Eglise, en signe de deuil, interdit de sonner les cloches pendant les trois jours qui précèdent la fête de la Résurrection, les braves gens inventèrent un conte fort étrange : « Du jeudi saint au samedi saint, dirent-ils, les cloches quittent leurs clochers, s’envolent et vont à Rome… »

Sachant que les légendes tirent presque toujours leur origine d’un fait réel, on peut se demander quel phénomène étrange a pu amener nos ancêtres à imaginer une pareille fable. Car on n’a jamais vu des cloches voler dans le ciel. Jamais ? Qui sait…

Ne souriez pas et penchez-vous avec moi sur une chronique du VIème siècle qui va peut-être nous fournir l’explication que nous cherchons.

Cette chronique a pour auteur le moine Grégoire de Tours. Rapportant tous les faits importants de son époque dans son Histoire des Francs, le digne homme écrit qu’en 584, « il parut dans le ciel des rayons brillants de lumière qui semblaient se choquer et se croiser les uns les autres; après quoi, ils se séparaient et s’évanouissaient. »

L’année suivante, il note : « Au mois de septembre, certains ont vu des signes, c’est-à-dire de ces rayons ou coupoles qu’on a coutume de voir et qui semblent courir avec rapidité dans le ciel. »

Deux ans plus tard, le moine écrit encore : « Nous vîmes pendant deux nuits de suite, au milieu du ciel, une espèce de nuage fort lumineux qui avait la forme d’un capuchon. »

Une coupole, un capuchon, voilà des objets qui ressemblent beaucoup à une cloche. Dès lors, ne peut-on penser que ces apparitions mystérieuses, observées par les contemporains de Grégoire de Tours, sont à l’origine de la fable populaire ?

Mais qu’étaient donc ces engins extraordinaires qui circulaient dans l’atmosphère? Leur description ressemble étrangement à celle de nos modernes OVNI dont certains ont, très exactement, la forme d’une coupole, d’un capuchon, en un mot, d’une cloche…

Ecoutons un témoin qui, le 2 octobre 1954, a vu un de ces objets au-dessus de Quinay-Voisin, près de Melun :

 — L’engin, dit-il, est passé dans le ciel à vive allure. Il venait du nord et avait la forme d’une coupole … Il ne faisait aucun bruit et brillait comme de l’aluminium… En quelques secondes, il s’immobilisa au-dessus d’un bois. Je le vis alors se balancer un long moment; puis il repartit à une vitesse stupéfiante et disparut.

Autre témoignage : le 24 juin 1962, vers 15 heures, un garagiste qui faisait une course aux environs de Nice voit soudain quelque chose de lumineux dans le ciel :

— J’ai d’abord cru qu’il s’agissait d’une boule, déclara le garagiste. Puis lorsque la chose s’est approchée, j’ai vu qu’elle avait la forme d’un bol renversé. Cette chose tourna au-dessus de la colline, comme si elle cherchait à atterrir. Puis elle lança des éclairs et s’éleva verticalement à une grande vitesse. Alors je la perdis de vue.

Troisième témoignage, plus précieux encore : le 19 juin 1971, un ancien officier américain roulait sur une route de Georgie lorsqu’il aperçut au-dessus d’un bois un énorme objet scintillant glissant sous les nuages.

—  Cet objet, dit-il, avait la forme d’un casque allemand ou d’une clocheIl était assez haut, mais je pense que son diamètre pouvait être égal à l’envergure d’un Boeing. Intrigué, je stoppai et arrêtai mon moteur. L’objet continuait d’avancer lentement sans faire de bruit. Puis il se mit à tourner autour d’un point qui me sembla être un petit lac situé non loin de l’endroit où je me trouvais. Pendant qu’il faisait sa ronde, des lueurs rouges apparurent sur ses parois, comme si des hublots s’allumaient. Puis tout s’éteignit et l’objet démarra brusquement et disparut dans les nuages.

Alors, que conclure ? Que les hommes du VIème siècle ont peut-être reçu la visite d’un engin comparable à ces OVNI qui se promènent dans notre ciel et dont les journaux nous rapportent périodiquement les étranges évolutions ? Dans ce cas, les « cloches de Pâques » seraient entrées dans nos traditions à cause d’un objet en forme de coupole qui venait peut-être d’un autre monde et qui avait émerveillé les hommes de l’an 584…

« Histoires fantastiques. »  Guy Breton, 1983.

Utilité du patois

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niceInvités par un parent, deux Foréziens étaient allés à Nice. S’étant aventurés dans un café-palace qui avoisine la promenade des Anglais, ils s’aperçurent qu’on ne les regardait pas avec une sympathie excessive. Les garçons surtout, du haut de leur plastron, laissaient tomber sur eux un dédain à congeler les carafes.

Vous devinez pourquoi ? Nos compatriotes parlaient français, alors qu’autour d’eux résonnaient toutes les langues à change élevé : langue de la livre, langue du dollar, langue du florin, langue de la peseta, et langue de la lire, c’est-à-dire anglais, flamand, espagnol, italien.

Quelle langue pourrions-nous parler ? dirent nos Foréziens. Si on essayait le patois ?

Et à peine avaient-ils commencé de parler patois qu’ils sentirent autour d’eux remonter la température. La considération leur revenait. On les prenait au moins pour des Espagnols.

Voilà qui démontre, une fois de plus, l’utilité du patois.

« La Revue limousine : revue régionale. » 
Limoges, 1926. Illustration : Angelo Garino.