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Sous le signe des bonbons

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Si nous en croyons les vieux astrologues, la fin de décembre et une partie de janvier sont placées sous le signe du Capricorne, mais personne ne doit plus songer beaucoup à l’influence maligne de Saturne qui préside à ces journées et si nous avions à donner notre avis, nous affirmerions que ces deux mois sont placés sous le signe des bonbons. Quelle époque charmante quand on la regarde superficiellement !

Partout les friandises triomphent. Les marrons glacés tournent des rondes dans des collerettes tuyautées, et les caramels plus discrets sont encadrés par la foule des chocolats. C’est une douce trêve ; tant de choses sucrées apaisent un peu. Il faut les regarder en souriant, cela fond vite et les mois sans bonbons sont, hélas ! les plus nombreux.

Il faut d’ailleurs avoir l’âme mal placée pour ne pas aimer les friandises et les confiseries. Les gastronomes les plus illustres les traitent avec assez de légèreté. Antoine Carême prétend que les desserts et les bonbons ont été inventés pour retenir les jeunes filles, les jeunes femmes et les enfants à table, dans les entretiens de famille. Il en faisait, pour son compte, peu de cas et il disait volontiers que seul, un bourgeois pouvait se distraire à casser des noisettes après son dîner.

Grimod de la Reynière n’a pas été plus tendre pour ces trésors. Il allait, celui-là, jusqu’à juger les femmes indignes de s’asseoir à une table servie pour les vrais gourmets et il ne tolérait plus rien après la poire. « Les vrais gourmets, écrivait-il, ont toujours achevé leur dîner avant le dessert. Ce qu’ils mangent par delà n’est que de la politesse. » Cette fine gueule, en disant cela, avait certainement l’intention de proférer quelque injure à l’adresse des gâteaux et des bonbons, mais il n’est pas de plus admirable éloge.

bonbons

Les choses inutiles ne sont-elles pas presque toujours les plus agréables et les plus belles ? Si une escalope est de la prose, un fruit confit est de la poésie pure. Une boîte de chocolats, un sac de marrons glacés valent, à cette époque de l’année, trente pot-au-feu, dix tranches de gigot, un panier de salade, et au moins vingt kilos de pommes de terre.

Je n’avance rien à la légère. La preuve de ce que je prétends se fait en ce moment-ci, entre le 25 décembre et le 8 janvier. C’est, en effet, pendant cette quinzaine qu’on voit, dans les villes, beaucoup de messieurs seuls portant un petit paquet dont ils ont passé le ruban ou la ficelle dorée à leur doigt. Le paquet tourne et la boucle qui se resserre leur scie le pouce. Ce sont des célibataires qui ont leur couvert mis chez quelque ami marié et auxquels on réserve la soupe et le bœuf dont ils ont honneur, sous prétexte qu’ils n’en mangent pas d’aussi honnêtes au restaurant.

Les vieux garçons se résignent, mais rien ne leur coûte aussi cher que le pot-au-feu hebdomadaire, et pour payer le bœuf trop cuit qui s’effiloche, le bouillon gras et la salade de saison, on les voit, ces derniers jours de l’an, sortir, leur paquet au doigt, des confiseries qui sont les temples où l’on célèbre une fête rituelle, un culte moderne, celui des Bonbons qui devraient bien remplacer dans notre Zodiaque la chèvre du Capricorne qui ne correspond plus à rien.

Léo Larguier. « La Revue limousine. »  Limoges, 1927.

Le Noël des oiseaux

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A cheval sur un âne, la Sainte Vierge  allait, sur le chemin de Bethléem, portant Jésus dans son sein. C’était le soir du 24 décembre, un de ces soirs lactés et lisses comme une praline. L’âne tanguait a pleines oreilles, rêveur et maigre, dans les sables violents. Et Saint Joseph, derrière lui, lui fouettait les cuisses avec un long roseau vert.

Le cortège traversait la campagne biblique, champs de courgettes, boqueteaux de cèdres et de térébinthes, landes, espaces inconnus. C’était quelque part là-bas, du côté des pays du Sud, aux environs des Rois Mages. Il faisait chaud, et Saint Joseph, à grands pas, avait la barbe éclatante de sueur.

Tout à coup, la nuit chut comme un aigle. La Sainte Vierge se sentit plus lasse sous le poids des étoiles. Elle laissait pendre ses mains sur les côtes de l’âne dans un mouvement d’abandon au grand ciel. Toute sa poitrine se perdait dans le mystère. Ses yeux se fondaient dans les mondes. Elle soupirait : 

Je crois que je n’arriverai jamais à Bethléem !

Saint Joseph se mit à rosser l’âne en lui criant : »Hill hill » dans la langue des prophètes. Mais on n’y voyait plus. On marquait le pas, sous bois, dans un maquis de lentisques, de sauges et d’argelets. L’âne,poltron, tournait sur place, s’affolait. Il se mit à braire, bruyamment. Puis, s’arrêta net.

On était dans petite clairière, sous un ciel de branches. La Sainte Vierge descendit. Elle se sentait lourde jusqu’à la mort. Elle glissa, s’abandonna les yeux mi-clos sur ses talons. L’air était tiède, épais, poisseux, chargé des arômes du buis et du genévrier. On entendait les oliviers jouer du piano sur le vent.

Saint Joseph regarda l’heure à sa montre : minuit moins cinq. Il se pencha sur Marie, lui parlant bas à l’oreille, lui tapotant les tempes. Elle haletait par saccades, avec de vastes plaintes nocturnes. On entendait un long battement de cœur dans l’espace.

Ce fut là, sur un lit de mousse, entre deux bouquets de bruyère, que la Sainte Vierge mit au monde l’Enfant Jésus.

Jésus pleura. Et aussitôt toute la terre l’entendit. Il se fit dans la forêt un instant de silence comme un fil. Puis, un étrange remue-ménage commença, dans les airs, le long des pierrailles, sous les arbousiers. Mille pattes se mettaient en marche, mille ailes en mouvement. On sentait autour de la clairière une chaude palpitation de créatures, tout un éveil du règne animal.

Ce fut le hibou qui arriva  le premier. Il débarqua dans les futaies à cloche-pied, se percha sur un sycomore, comme de juste. Là, il s’ébroua, s’ébouriffa, faisant choir sur l’Enfant Jésus une merveille de plumes. Un peu plus tard, un grand lièvre roux montra le bout de son nez, et de ses  oreilles. Il s’approcha, par sauts, se coula à côté de Dieu. C’était maintenant la fin de la nuit, cette heure aiguë où l’ombre pique comme un poignard. Un beau renard apparut, s’assit sur pieds de l’Enfant.

Les premières traces de l’aube ont l’air d’ailes d’anges. Le Paradis, certainement, avait la couleur de l’aube. Au premier coup rose, l’alouette se montra. Elles étaient deux, et elles faisaient  la courte échelle entre Jésus et le ciel, en chantant tire-larigot. Saint Joseph ronflait sous un chêne vert.

Au second rose, ce fut le tour du roitelet. « Laissez venir à moi les petits oiseaux ! » Le roitelet se percha sur un brin de, mousse, et de là il saluait le Seigneur.

Le Seigneur pleurait encore. Vint à passer un vol de passereaux comme des pioupious : il y avait là des mésanges, des fauvettes, des rossignols, des chardonnerets. Ils sautillaient de branche en branche, dansant à la corde avec l’aurore. Du bec, ils suspendaient leurs chansons dans l’azur. Ils mettaient leurs cœurs au clair en l’honneur de l’Enfant de Cœur.

Mais l’Enfant pleurait toujours.

Saint Joseph s’éveilla, sifflant dans l’horizon. Mais en voyant pleurer le gosse, il tressaillit. Il se leva, coupa des pousses de bruyère, en fit un lit pour Jésus. La Sainte Vierge berçait son fils, pâle, alanguie, en murmurant : 

Qu’as-tu mon Jésus ?

Une bande de petits lapins passait par là. Ils risquèrent un coup d’œil. Les pleurs divins leur firent mal à l’âme. Ils se mirent tous ensemble à faire des tours de lapins sur l’herbe. Ils sautaient, dansaient, cabriolaient, sens dessus dessous. Un instant, Jésus leur sourit. Puis, il sanglota de plus belle.

Un écureuil vint lui offrir des amandes. Posté sur un alisier, il les épluchait, malicieusement, avec sa queue, et jetait l’amande au Bon Dieu. Une belette lui apporta des glands, et une colombe des roucoulements. De toutes parts, des grillons inventaient des musiques. Le ciel se mit de la partie. Le soleil vint faire joujou avec Dieu.

Dieu pleurait à perdre haleine.

Alors, on ne sait d’où, passa en ces lieux le Père Noël. Il s’arrêta devant Jésus, lui tendit un beau cheval mécanique. Et Jésus se mit à sourire pour toujours.

Telle est la légende du Père Noël; voilà du moins comment le soir, au clair de lune, dans les clairières, les vieux lapins et les vieux merles la content à leurs enfants.

Joseph Delteil. « Comoedia. » Paris, 1926.

La chemise de Noël

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Adrien-SchulzLa fête de Noël était autrefois célébrée en grande pompe à Rome. Sainte-Marie-Majeure passe pour posséder les reliques de la Sainte-Crèche. Pie IX avait institué des fêtes imposantes que l’on dut abandonner à cause des ivrognes qui transformaient en bacchanales et en orgies les prières et les cérémonies. Depuis 1853, on a fermé les portes de Sainte-Marie-Majeure, et l’office se fait à huis-clos dans la chapelle Sixtine.

Il est extrait d’une correspondance du Soleil ces bien curieux détails sur une croyance des paysans de la campagne romaine :

Que dans un village il y ait quelque paysan, dévoré par les fièvres, agonisant déjà, un miracle peut le sauver, la veille de Noël, et ce miracle a pour principe la charité. Dès le matin, tous les membres de sa famille se répandent dans la campagne, et, venant frapper à la porte des riches du voisinage, ils se font donner de ci de là, quelques poignées de chanvre, pour « l’amour de Dieu ». Si, quand l’ Angélus sonne, la récolte est assez abondante, on se réunit autour du foyer du mourant et les femmes se mettent à battre le chanvre, à le filer, à le tresser, et lorsque le fil est fait à tisser la toile.

Enfin la trame est faite, il reste à la tailler, à la coudre, et ce chanvre tout à l’heure à peine préparé se sera transformé, avant minuit, en une chemise que le malade devra mettre. Alors le salut est certain et les assistants heureux et confiants dans l’avenir unissent dans un alleluia leurs prières à la Divinité céleste.

Mais quelle fièvre, quelles angoisses avant d’atteindre le résultat désiré. Et du fond de son lit, le malade voit se dérouler devant ses yeux cette fantasmagorie de femmes qui vont, viennent et s’agitent, silencieuses, éclairées par les reflets rougeâtres de la flamme crépitant dans le foyer.

Malheur au pauvre moribond, si les embûches de l’esprit malin font avorter la tentative : car Satan, se mêlant à la tempête, qui gronde au dehors, entreprend parfois de lutter contre l’oeuvre bienfaisante ; il souffle à travers les fentes de la cabane disjointe, éteint le feu et la lumière, cache les ciseaux, brise les aiguilles, grossit le fil et mêle les écheveaux.

Alors minuit sonne et la chemise est inachevée ; et, dans le silence de la nuit noire, les assistants éplorés entonnent le De Profundis et les prières des agonisants. Car le mal a triomphé dans la lutte et tout à l’heure le moribond exhalera le dernier soupir.

Quelle poésie et quelle saveur particulière dans cette coutume qui sent bien son terroir. Mais le progrès est un grand démolisseur de légendes. Qui donc, dans cinquante ans, peut-être, se souviendra encore de la « Chemise de Noël » ?

« La Tradition : revue générale des contes, légendes, chants, usages, traditions et arts populaires. » Paris, 1887.
Illustration : Adrien Schulz.

La vagabonde

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Georges-AVRIL.

Autrefois, les bons loufoques adoraient un pauvret, couché tout nu dans sa crèche de paille ! Ils l’adoraient sur la foi d’une histoire ancienne, dont le sens s’est perdu en route :

Une nuit, il y a longtemps, et c’était loin d’ici, la neige tombait et l’on gueuletonnait en famille dans les turnes bien rembourrées de la ville.

Une pauvre bougresse de vagabonde, prise des douleurs de l’enfantement, se traînaillait de porte en porte, chassée par les larbins qui à grands coups de balai l’envoyaient paître, blaguant son gros ventre.

Rebutée par les hommes, elle entra chez les bêtes.

Dans une écurie, où le vent faisait ses galipettes, où la pluie et la neige arrosaient le sol, elle fut accueillie par un bœuf et un âne. Là, sur la paille, toute trempée autant par ses larmes que par la lance, elle mit au monde un petit bougre.

Celui-là même qui, ayant atteint l’âge d’homme, devait crampser, torturé par la potence, insulté par les richards et les puissants ; et tout ça parce qu’il avait eu l’aplomb de proclamer le triomphe des pauvres.

L’histoire est toute simplette et bougrement instructive nom de dieu ! N’empêche que les cléricochons l’ont si bien fardée qu’ils en ont fait une leçon de lâcheté, au lieu d’un galbeux exemple de révolte et d’amour désintéressé.

Émile Pouget. « Almanach du Père Peinard. » Paris, 1896.
Illustration : Georges Avril, 1994.

 

Le phonovague

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huitres

Le phonovague pour huîtres sera adopté cet hiver par tous les grands restaurants. Il sera utilisé pour la première fois à l’occasion de la fête de Noël.

C’est un petit appareil très simple, très ingénieux, analogue au phonographe, et qui imite à la perfection le bruit de la mer. En l’entendant, les huîtres s’ouvrent d’elles-mêmes, croyant se trouver dans l’eau.

Il suffit de les caler rapidement avec un petit morceau de bois pour qu’il leur soit impossible de se refermer et on peut les servir sans autre préparation. Cela permet au personnel du restaurant de ne point perdre son temps à ouvrir les huîtres et de satisfaire sans effort la clientèle.

« Inventions nouvelles et dernières nouveautés. » Gaston de Pawlowski, E. Fasquelle, Paris, 1916.

Montage-illustration : Gavroche.