noms de rues

Le « chez soi » inconnu

Publié le Mis à jour le

neuchatelIl n’est pas de jour où l’on n’entende, à Lausanne, par exemple, des personnes demander où se trouvent l’avenue F.-C. de la Harpe, l’avenue Dickens, l’avenue Gleyre, l’avenue Druey, l’avenue Eugène Rambert, ou telle et telle avenue nouvelle, où déjà, sans doute, elles auront passé cent fois sans en connaître le nom. Et il est non moins fréquent que la personne interrogée ne puisse répondre à la question.

Il est de fait que pour louable que soit l’usage, généralement admis, d’honorer la mémoire des grands citoyens en donnant leur nom aux rues ou avenues de nos cités, ce système laisse fort à désirer au point de vue pratique, qui en telle occurrence est bien un peu à considérer.

Cette question du baptême des rues a déjà donné lieu, partout, à de longues discussions. Elle n’est pas encore résolue et ne le sera probablement pas de sitôt.  A Paris, lors de la chute du premier empire, on discuta longuement la « débaptisation » de nombre de rues qui portaient des noms rappelant trop le régime déchu et ses cruelles conséquences. Au nombre des propositions présentées à ce sujet, il en est une assez originale.

Un savant, M. Bouillier, avait imaginé un ensemble de dénominations méthodiques auxquelles l’esprit de parti était absolument étranger. Ce système, emprunté à la géographie de la France, aurait été applicable non-seulement à Paris, mais à toutes les villes du pays. Voici, en résumé, le projet de M. Bouillier :

« Les départements du Sud devaient être mentionnés sur les plaques municipales au sud de la ville, ceux du Nord au nord, ceux de l’Ouest à l’ouest, etc. Les chefs-lieux de département donnaient leur noms aux rues principales, les chefs-lieux d’arrondissement aux voies moins importantes, les chefs-lieux de canton aux rues plus étroites, etc. Et toujours le nom du département devait accompagner celui de la ville qui en faisait partie, de sorte que chaque passant aurait pu apprendre à se remettre en mémoire la géographie de la France. »

Le système de M. Bouillier se complétait par l’innovation suivante : une boussole et une carte auraient tenu lieu d’indicateur, et, la nuit, il aurait suffi au passant en quête de son chemin de lever les yeux au ciel pour être renseigné sur la direction à prendre.

Mais voilà, M. Bouillier n’avait pas pensé aux nuits sans étoiles.

« Conteur Vaudois« . Lausanne, 15 août 1908.