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Les papiers de Racine

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racine

Un ancien diplomate qui s’est retiré de la carrière depuis quelques années, M. le vicomte de Grouchy, a découvert, la semaine dernière, dans les cartons d’un notaire parisien, plusieurs documents qui auront la plus grande importance aux yeux des lettrés.

Ces documents concernent Racine : ils se composent de l’acte de mariage du poète, l’inventaire de sa fortune, l’inventaire de sa bibliothèque, etc., etc. Ils serviront enfin à établir dans quelle maison est mort Jean Racine, car deux immeubles se disputent jusqu’à présent cet honneur, dans la même rue, le n° 13 et le n° 24.

L’inventaire de la fortune révèle un détail inattendu : c’est que l’auteur d’Athalie, que l’on a cru pauvre, était au contraire fort « à l’aise », car on trouve mentionné dans ces papiers un prêt de 20,000 livres à un prince !

Quant à l’inventaire notarié de la bibliothèque, il est encore plus intéressant puisqu’il prouve que Racine n’avait pas un seul de ses ouvrages au moment où il est mort.

« Gazette littéraire, artistique et bibliographique. » Paris, 1892.
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Propos désabusés

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vieillesse

La  vieillesse, quoiqu’on en dise, est un heureux moment de l’existence. On n’a plus mal aux dents, puisqu’elles sont en or, à moins que le technicien chargé de les mettre en place n’ait été un damné propre-à-rien. On n’a plus mal aux cheveux, puisque le crâne est devenu un brillant skating pour les mouches. On a réalisé la plupart de ses ambitions et l’on n’a plus de passions effrénées. On est vacciné contre toutes les émotions.

La vieillesse serait le meilleur moment de l’existence, s’il n’était celui où l’on est peut-être le moins aimé pour soi-même. Les neveux, les cousins éloignés et ingrats, qui vous ont laissé dans le plus fâcheux oubli pendant tout le cours de votre existence, se réveillent et paraissent tout à coup bourrelés de remords pour leur indifférence. Plus vous êtes décrépits, plus ils se montrent empressés, aimables et souriants. Ils vous comblent de prévenances, vous accablent d’assiduités. Ah s’ils avaient toujours été ainsi,comme on les eût aimés ! Ils craignent qu’on les oublie au dernier moment et cherchent à mériter le petit souvenir qu’ils espèrent bien qu’on leur laissera. Bien des vieillards se contentent de cette monnaie de singe qu’on leur prodigue. Il en est qui sont sceptiques.

L’un d’eux, un Anglais, fit semblant de croire sincères toutes les protestations affectueuses que lui firent ses neveux, en ses derniers moments. Mais il leur réservait une surprise peu banale.

Quand ils se présentèrent, immédiatement après sa mort, chez le notaire du défunt, celui-ci les envoya dans un cinéma où l’on projeta sur l’écran l’image du de cujus et où ils entendirent un haut-parleur leur répéter, avec une énergie foudroyante, ce que le cher disparu pensait de chacun d’eux.

Non ! qu’est-ce qu’il leur cassa et leur passa ! Tout ce que l’oncle, longtemps dédaigné, avait sur le coeur, leur fut servi par lui, et aux petits oignons. Ils en faisaient une bouillotte, les neveux déconfits et consternés ! Ils entendirent leurs quatre vérités, je vous prie de le croire, et ne jugèrent pas à propos, après la séance, d’aller demander au notaire si, par hasard, il n’aurait pas un pli fermé à leur remettre.

Prosper. « Le conteur vaudois : journal de la Suisse romande. »  1932.
Illustration : Henry Monnier.

Tabellion et locomotion

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Saviez-vous qu’à Paris on ne voit jamais un notaire en omnibus ? Les avoués et les avocats prennent fréquemment ce véhicule démocratique, mais jamais, au grand jamais, un notaire n’en franchit le seuil.

Ce n’est pas, croyez-le bien, que pris individuellement nos tabellions soient gens à dédaigner l’économie résultant de l’emploi de ce moyen de locomotion populaire mais cette abstention leur est imposée par un article du règlement édicté par la Chambre de discipline et qui comporte la défense expresse à tous les notaires de Paris monter dans les voitures publiques.

Cela ressemble à une facétie et cependant rien n’est plus vrai. C’est là un des mille petits ridicules généralement ignorés auxquels entraîne, pour tout ce qui touche de près ou de loin au monde de la magistrature, le culte de la fôôôrme.

« La Joie de la maison : journal hebdomadaire. »  Paris, 1892.
Illustration :  « A travers Paris. »texte et dessins de Crafty. Paris, 1894. 

Un testament phonographique

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Les journaux américains signalent une nouvelle application originale du phonographe.

Sentant sa fin prochaine, le richissime Stephen Anderson, qui possède à New-York quarante maisons et une fortune de 100 millions de dollars, soit un demi-milliard, paralysé depuis six mois et dans l’impossibilité d’écrire ses dernières volontés, fit apporter sur son lit de douleur le phonographe, dans lequel il parla son testament d’une voix mourante. Puis il fit fermer l’instrument, sur lequel on appliqua les scellés, et il rendit l’âme le 13 mars.

Le 20 mars, le phonographe fut solennellement ouvert chez Me Smithson, le notaire de Broadway, et tous les héritiers qui se trouvaient réunis prirent connaissance des dernières volontés de Stephen Anderson.

« Gazette littéraire, artistique et bibliographique. »  Paris, 1891.
Illustration : Thomas Edison, inventeur américain. Huile sur toile d’Abraham Anderson.

La cape et l’épée

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Un jour Mme de Beauharnais fait appeler son notaire, M. de la F…

Devinez un peu le motif qui m’a fait vous prier de venir , s’écria-t-elle en l’apercevant.

Après l’avoir quelque temps observée en silence, avoir quelque temps cherché à lire dans ses yeux :

— Mme la marquise penserait-elle à se remarier ?
Précisément… Mais avec qui ? voyez…., cherchez… 
— J’avoue qu’il m’est impossible de pénétrer votre secret. 
— Eh bien ! pour vous tirer de peine, mon cher M. de la F…, apprenez que j’épouse Bonaparte. 
— Impossible. 
— Très possible, je vous jure. 
— Vous vous moquez, madame, il n’a que la cape et l’épée. Oh ! je vous en supplie, croyez-moi, réfléchissez, ne faites pas une semblable folie. 
— Très bien, M. de la F…, très bien, j’aime que l’on prenne les intérêts de ses clients , dit le général Bonaparte, soulevant le rideau derrière lequel il s’était caché à l’arrivée du notaire. Aussi, à partir de ce jour, je vous donne ma clientèle; elle est mince encore, je n’ai que la cape et l’épée, d’accord, mais j’ai la confiance que tôt ou tard elle en vaudra bien une autre.

Le général a tenu parole; sa cape est devenue le manteau semé d’abeilles d’or; son épée a dominé le monde, et la clientèle du notaire s’est nécessairement ressentie de cette grande et inconcevable métamorphose.

« Le Spectateur : revue des moeurs, des arts et de la littérature. »  Poitiers, 1840.

Le « de cujus »

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Un de mes amis vient d’hériter d’une façon assez bizarre : un inconnu lui a légué cinq mille francs. Ce n’est pas le Pérou, ce n’est même pas la Banque de France, mais ça lui est venu d’un si drôle d’accident qu’il peut s’estimer particulièrement « verni ».

Un jour qu’il pleuvait à seaux et qu’il avait affaire rue de la Roquette, ne trouvant pas de voiture et loin de tout taxi, il avisa un convoi funèbre en queue de quoi venait un omnibus funéraire. Il y monte, s’assied aux côtés de quatre autres personnes qui se mettent à lui parler du défunt.

D’une rue par l’autre, le voilà au Père-Lachaise. Là, arrêt. Le commissaire des morts vient demander le nom des personnes véhiculées. Il donne son nom, son adresse.

Trois mois après, un notaire lui écrivait de passer le voir. Il y va.

Et l’officier ministériel lui remet cinq mille francs : le de cujus laissait, par testament, pareille somme à toute personne ayant suivi son convoi jusqu’au cimetière.

Jean Bastia. « Le Quotidien de Montmartre. »  Paris, 1930.