noyade

Une leçon de géographie

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noyadeM. G…, officier retraité, traversait le pont des Saints-Pères lorsqu’il fut abordé par deux jeunes drôles, dont l’un lui demanda l’endroit où le Rhône prend sa source. M. G… se contenta de hausser les épaules, mais les précoces et peu spirituels farceurs ne cessèrent de le suivre en lui répétant : 

De grâce, monsieur, indiquez-nous les sources du Rhône. 

La patience humaine a des limites. M… G. finit par se fâcher, et saisissant son tenace questionneur, il le précipita dans la Seine en s’écriant : 

Voilà, mon ami, les sources du Rhône ! 

Grand rassemblement, grand tumulte. L’un des deux farceurs gesticulait, et traitait M. G… d’assassin. 

Assassin ! riposta M. G… nous allons voir ça. 

Et, se dépouillant de son pardessus, il se jeta dans le fleuve, d’où il ramena, quelques instants après, le jeune farceur qui tenait absolument à connaître les sources du Rhône. Au commissariat de police, M. G… raconta l’histoire, et le magistrat fut bien vite convaincu que l’ancien officier n’avait nullement voulu noyer le jeune homme. 

J’ai tenu, dit-il, à lui donner une leçon de géographie qu’il sollicitait avec une persistance peu commune.

« Almanach de France et du Musée des familles. » Paris, 1905.

Le pari

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berge-tamise.

Un marinier remontait la Tamise dans une frêle embarcation. Un coup de vent survient et la chavire. Le pauvre homme s’efforce de regagner la rive.

La foule s’amasse sur le quai (on est aussi curieux à Londres qu’aux bords de la Seine), et tout aussitôt des paris s’organisent.

Il sait nager !
Il ne sait pas nager !
Il se noiera !
Il ne se noiera pas !
Dix livres qu’il se noie !
Dix livres que non !

Deux bateliers, témoins de l’accident, sautent dans leurs barques, et viennent de l’autre rive au secours du malheureux. Encore quelques coups d’aviron, et ils vont l’arracher au danger.

Mais, à ce moment, un cri général part de la rive opposée :

— Il y a un pari !…

A ces mots sacramentels, les bateliers s’éloignent aussitôt, l’homme se noie, le pari est gagné, et la foule se dissipe en grognant de joie d’y avoir assisté.

« Dictionnaire encyclopédique. »  Victor Fournel. paris, 1872.

 

Sans rancune

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chien-noyade-gavroche

En 1833 un jeune homme de Paris eut le barbare caprice de noyer son chien. Il se transporta à cet effet, à l’aide d’une barque, au milieu de la Seine, et précipita dans l’eau le pauvre animal.

Celui-ci résistait au courant et s’approchait à tout moment de la barque pour s’y introduire ; mais à chaque tentative son maître lui assénait sur la tête des coups d’aviron, qui le renversait derechef et meurtri dans les flots.

Cependant, un des brusques mouvements de l’homme impitoyable lui fit perdre à son tour l’équilibre, et il tomba à l’eau. L’homme aurait infailliblement péri, car il ne savait point nager, si un libérateur ne s’était trouvé là pour le sauver.

Quel était ce libérateur ? On le devine sans peine.

Le chien avait tout oublié au moment où il avait vu son maître en danger, et la généreuse bête, après t’avoir saisi au collet, l’eut bientôt ramené au rivage.

« Dictionnaire des merveilles et curiosités de la nature et de l’art. »   Adolphe de Chesnel, 1853.

Photo-montage : Gavroche.

Le chapeau sauveteur

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Gustave-Caillebotte

Nous trouvons dans le Journal officiel la description d’un appareil de sauvetage très-curieux. Bien que découvert en 1806, il a été peu employé, croyons-nous, et il pourrait presque passer pour une nouveauté originale.

M. Lawson en recherchant les meilleurs moyens de venir en aide aux personnes en danger de se noyer, a examiné quels sont les objets pouvant servir d’appareil flotteur qu’en pareil cas on peut le plus facilement avoir sous la main; et il est arrivé à cette conclusion que la légèreté d’un chapeau ordinaire, renversé sur l’eau, répond dans une grande mesure à ces conditions. En effet, un chapeau ainsi renversé peut être chargé d’un poids de près de cinq kilogrammes avant de couler, ou, à coup sûr, d’un poids de quatre kilogrammes; or, comme le corps d’un homme est à peu près du même poids que l’eau un objet flottant pouvant supporter un poids de quatre kilogrammes l’empêchera d’aller au fond.

Pour rendre le chapeau, plus conforme au but qu’on lui assigne et l’empêcher de se remplir promptement d’eau par accident, M. Lawson recommande d’en couvrir l’orifice avec un mouchoir solidement attaché à la couronne, et il ajoute qu’un chapeau ainsi préparé peut permettre même à une personne ne sachant pas nager de venir en aide à quelqu’un qui se noie.

« Musée universel. »   A. Ballue, Paris, 1873.