noyée

Y’a pas de quoi !

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Une femme, jeune et bien mise, se jeta dernièrement dans l’étang des Prés Saint-George. Un passant qui la vit s’y précipita presque en même temps et la ramena sur le bord.

Le peuple s’y attroupa, et les prompts secours, qui lui furent donnés, la rappelèrent à ses sens. En vain on lui demanda quel motif avait pu la porter à une action pareille, et si elle en avait du repentir. Point de réponse. Celui qui l’avait retirée de l’eau, et qui paraissait un homme honnête, se mit à lui faire des reproches sur son silence opiniâtre.

Voyez , lui dit-il, ce que j’ai fait pour vous, en quel état je me fuis mis. Je suis tout trempé de la tête aux pieds. J’ai l’air d’en rat noyé. Je ne peux pas savoir si vous m’en avez quelque obligation.

A ce mot d’obligation, quelle fut la surprise de tous les assistants d’entendre cette femme s’écrier :

Retire-toi de mes yeux, assassin, meurtrier !
— Moi, reprit avec indignation  le passant ! moi, meurtrier et assassin ! Est-ce qu’au contraire je n’ai pas risqué de périr pour vous ? Quel est l’excès de votre ingratitude d’appeler meurtrier un homme qui vous a rendu à la vie.

Cette singulière altercation intéressait vivement tous les spectateurs qui attendaient un dénouement tout aussi étrange. Leur curiosité ne tarda pas à être satisfaite : la dame noyée prenant un ton plus rassis et plus grave :

Allez, Monsieur, vous pouvez être un galant homme, mais vous n’avez pas tiré grand fruit de vos études. Il faut vous renvoyer à l’école pour y apprendre,

« Que qui veut sauver femme à mourir résolue,
« Aux yeux de la raison est celui qui la tue. »

C’est le sens d’un adage latin qu’elle fit ronfler dans les oreilles de la foule qui l’environnait.

« Invitam qui servat idem facit occidenti. »

A ce trait, qui ne laissait point de doute sur l’état de son esprit, chacun se retira. Le particulier qu’elle avait ainsi apostrophé, touché de compassion, se chargea de la faire conduire chez ses parents.

« Gazette et avant-coureur de littérature, des sciences et des arts. » Paris, 1774.
Peinture : Alexandre Cabanel.

 

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Ponts hantés

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Certains ponts  passent pour être hantés, et les voyageurs peureux ne se hasardent pas trop à y passer à une heure avancée de la nuit. Dans la commune de Saint-Gérand (Morbihan), se trouvent deux de ces ponts situés sur le canal de Nantes à Brest.

Les gens de l’endroit racontent que l’un d’eux, le pont de Kergoet, est hanté la nuit par une femme qui vient laver du linge auprès. On dit que c’est une femme épileptique qui s’est noyée près de ce pont en lavant du linge et qu’elle y revient pour faire sa pénitence. Si elle pouvait toucher un passant elle l’entraînerait dans le canal, où elle a, dit-on, son trou, mais les gens qui passent en cet endroit ont bien soin de s’écarter le plus possible du lieu où elle vient laver.

L’autre pont hanté est celui de Saint-Caradec sur lequel passe le chemin de fer (ligne de Saint-Brieuc à Vannes). Il y vient la nuit un esprit qui crie comme s’il demandait du secours. Plusieurs personnes affirment l’avoir entendu crier, et croyant que c’était quelqu’un qui appelait au secours elles se hâtaient de courir à son aide. Mais avant d’être arrivées au pont, elles voyaient comme la silhouette d’un homme se précipiter dans l’eau qui bouillonnait comme si elle recevait un corps quelconque. Arrivées sous le pont, elles n’entendaient, elles ne voyaient plus rien.

« Société des traditions populaires. »Musée de l’homme; Paris, 1892.