Nuremberg

Woferl

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mozartNous avons célébré Don Juan, chef-d’oeuvre de Mozart, le grand Mozart !… Les Allemands ne diront plus que nous sommes les ennemis systématiques de leurs hommes de génie.Si quelques braillards n’ont pas voulu entendre Lohengrin il y a quelques mois, c’est que, en France, on avait des sujets de rancune contre Wagner. Pour Mozart, c’est autre chose. Unanimement on a acclamé sa mémoire et tressé les couronnes de son apothéose.

Mozart, tout petit, était un enfant prodige, il était célèbre et jouait du violon en virtuose à l’âge où les autres enfants savent à peine travailler. Toute son enfance abonde en détails charmants et en adorables gentillesses. M’aimez-vous ? telle était la principale question qu’il posait instinctivement à tous ceux qui l’approchaient. Sa grande préoccupation, indépendamment de son art, était d’être aimé, aimé de tous.

Quand par hasard on le trouvait recueilli, le front penché sur sa petite main et qu’on lui demandait : 

 Que fais-tu là, Woferl ? (abréviatif de Wolfgang).
Je compose, répondait-il.

Le fait est qu’à six ans il avait déjà écrit un concerto. C’est alors que son père Léopold Mozart entreprit avec lui et sa soeur, Marie-Anne (Nannerl), plus âgée de trois ou quatre ans, et déjà artiste elle-même, une tournée qui les conduisit d’abord à Munich, puis à Vienne. C’est là que Woferl, mandé à la cour, « mangea l’impératrice de caresses, » et réciproquement. Il paraît même que l’accueil de l’impératrice fit tant d’impression sur Woferl, qu’il proposa d’épouser la souveraine, séance tenante. 

 Mais pourquoi veux-tu m’épouser, demanda l’impératrice, prévenue de ce désir.
— Par reconnaissance, répondit l’enfant prodige.

A Paris, la famille Mozart s’acquit, dès son arrivée, la protection de Grimm. Là aussi Woferl reçut maintes caresses.

Mmes Adélaïde et Victoire, soeurs de Louis XV, en raffolaient. Dans la nuit du nouvel an, la famille Mozart fut admise au grand couvert et prit place à la table royale. Woferl était à côté de la reine, et, entre deux friandises, il lui mangeait les mains.

Il paraît que Mme de Pompadour à laquelle la famille Mozart fut présentée, dans le même temps, n’en usa pas avec autant de familiarité. Woferl avait fait mine d’embrasser la favorite. Elle s’y refusa. 

 Qui donc est-elle ? demanda l’enfant à son père. Elle a refusé de m’embrasser, moi qui ai embrassé l’impératrice.

Léopold Mozart père notait fidèlement ses impressions de voyage. « Les femmes sont-elles belles à Paris ? écrivait-il. Impossible de vous le dire, car elles sont peintes comme des poupées de Nuremberg, et tellement défigurées par leurs dégoûtants artifices qu’une femme naturellement belle serait méconnaissable aux yeux d’un honnête Allemand.»

Gazette parisienne, 1887.

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Albrecht Dürer

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albrecht-durer

En 1471, venait au monde Albrecht Dürer à Nuremberg. Bien que pouvant prétendre aux titres de peintre, graveur, sculpteur et architecte, c’est surtout comme graveur qu’il est illustre. 

Dans ce dernier art, il est un des plus grands maîtres qui aient existé. Il avait d’abord appris l’orfèvrerie, qui était la profession de son père et dans laquelle il avait montré un réel talent, puis, attiré vers la peinture, il entra dans l’école de Wohlgemuth où il resta trois ans. Il avait vingt-trois ans quand il exécuta le dessin d’Orphée qui est réputé son chef-d’œuvre. Tout jeune encore, il fit le tour de l’Allemagne. Plus tard il alla à Bologne en Italie et visita les Pays-Bas.

Cependant sa réputation s’était répandue : Maximilien le nomma peintre de la cour. C’est à ce prince qu’on rapporte l’anecdote suivante : passant un jour avec sa suite dans une galerie du palais où travaillait Dürer, monté sur une échelle, il remarqua que l’échelle était mal assujettie et fit signe à un de ses gentilshommes de la tenir, mais celui-ci jugeant une telle action indigne de lui, l’Empereur s’écria avec colère :

« Vous avez la noblesse de naissance, mais mon peintre a la noblesse du génie qui vaut la vôtre ! »

Et il anoblit Dürer sur-le-champ, lui donnant pour armoiries « trois écussons sur champ d’azur, deux en chef et un en pointe ». Ces armoiries sont restées celles de la peinture. 

Mais le peintre, comblé d’honneurs, n’était pas heureux : le bonheur domestique lui manqua toujours. Il avait épousé une femme d’un caractère avare et acariâtre. Pressé par elle, il quitta l’Italie pour vendre ses gravures dans les Pays-Bas. Ce voyage lui fut fatal : d’abord bien accueilli par la régente Marguerite d’Autriche, il tomba bientôt en disgrâce et n’obtint même pas le salaire de ses travaux. Rentré en Allemagne, ses forces s’épuisèrent dans le labeur incessant auquel le condamnait sa femme. Les tourments qu’elle lui prodiguait finirent par causer sa mort, si l’on s’en rapporte aux paroles, trop vraisemblables, de son ami Hartmann : 

« Elle l’avait tellement fait souffrir qu’il semblait avoir perdu la raison. Elle ne lui permettait pas d’interrompre son travail, l’éloignait de toutes sociétés et le harcelait de plaintes continuelles pour qu’il amassât de l’argent. Elle avait sans cesse la crainte de mourir dans la misère, elle était insatiable : elle a donc été la cause de sa mort. » 

Dürer mourut à cinquante-sept ans, laissant 6000 florins à celle qu’il appelait sa maîtresse en calcul. De viles questions de chiffres avaient eu raison de son génie et de sa vie. 

Son talent symbolise son époque : d’une imagination inépuisable et qui souvent s’envolait dans le fantastique, il a admirablement exprimé la grâce naïve de son temps et ses estampes lui avaient acquis de bonne heure une réputation universelle. Bien que les chagrins intimes ne soient pas de ceux que l’histoire plaint toujours, ils eurent une influence trop considérable sur son existence pour ne pas être déplorés publiquement. Le caractère d’Albrecht Dürer était en effet tout l’opposé de celui qui le fit souffrir. Généreux, libéral, il a fait bien des portraits qu’on ne lui payait pas, et il donnait ses dessins ou ses estampes plus souvent qu’il ne les vendait.

Changeur/Spont. « Les grandes infortunes. » Hatier, Paris, 1897.

Le chanceux

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Il y a quelque temps, un cultivateur du village de Sandersdof, en Bavière, achetait un billet de la loterie de Nuremberg.

Récemment, notre homme s’avisa de mourir sans attendre le tirage. Or, il se trouva que le mort gagna un lot de 30,000 marks.

Ses héritiers trouvèrent bien le numéro gagnant enregistré, mais le billet lui-même demeura introuvable. On s’avisa alors que le billet était resté dans l’habit de dimanche qui servit à la toilette funèbre du défunt.

La famille du gagnant sollicite maintenant la permission de procéder à une exhumation, de façon à rentrer en possession du billet gagnant.

Excellent sujet de pièce macabre pour le Grand-Guignol.

« Le Radical. » Paris, 1907.

Les géants de la montagnes et les nains de la plaine

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bois

Ce qui charme le plus les yeux, quand on parcourt les magnifiques montagnes boisées de l’Alsace, c’est la contemplation des ruines de ces anciens châteaux, dont quelques-uns perchés comme des nids d’aigles sur les plus hauts sommets, sont placés au bord de précipices d’une hauteur vertigineuse. La plupart de ces châteaux datent de la féodalité ; mais plusieurs avaient été édifiés à l’époque romaine et, comme ces constructions, d’une hardiesse prodigieuse, ne pouvaient moins faire que de faciliter la création des légendes les plus fantastiques, il en est qui ont passé pour avoir été l’oeuvre de géants.

Un jour, que je venais de faire l’ascension du château du Nydeck, après avoir visité la cascade dont les flots écumeux grondent sans cesse au pied de la montagne, sous le poids d’une chute de plus de cent pieds de haut, je rencontrai, sur la route de Wangenbourg, un vieil Alsacien qui me raconta la légende suivante :

II était une fois un géant qui habitait avec sa famille, un château de nos montagnes. Ce géant avait une fille qui, bien qu’elle ne fut âgée que de six ans, était plus grande qu’un peuplier et curieuse comme une femme. Malgré la défense de son père, elle avait grande envie de descendre dans la plaine, pour voir ce qu’y faisaient les hommes d’en bas qui d’en haut lui semblaient des nains.

Un beau jour, que son père géant était allé à la chasse et que sa maman faisait un somme, sur le coup de midi, la grande petite fille prit ses jambes à son cou et, en un temps de galop, dévala de la montagne dans un champ que les paysans labouraient.
Alors, elle s’arrêta toute surprise à regarder la charrue et les laboureurs car elle n’avait jamais rien vu de pareil. « Oh ! les jolis joujoux ! » s’écria-t-elle. Puis, s’étant baissée, elle étendit son tablier qui se trouva couvrir le champ presque tout entier. La jeune géante y mit les hommes, les chevaux, la charrue; puis, en deux enjambées, elle regrimpa sur la montagne et regagna le château paternel.

Le père géant était à table.

— Qu’apportes-tu là, ma fille ? lui demanda-t-il.

Regarde ! dit-elle, en ouvrant son tablier, les jolis jouets; je n’en ai jamais vu de si beaux. » Et en disant cela, elle posa sur la table, l’un après l’autre, la charrue, les chevaux et les laboureurs. Ceux-ci n’étaient pas à la fête ; les pauvres paysans tout tremblants et tout effarés ressemblaient à des fourmis qu’on aurait tirées de leur fourmilière et portées dans un salon.

Cela fait,, la petite géante se mit à battre des mains et à rire de toutes ses forces. Mais son père fronça le sourcil.

— Tu as fait une sottise dit-il. Ce ne sont pas là des jouets, mais gens et choses utiles. Remets tout cela doucement dans ton tablier et reporte-le bien vite à l’endroit où tu l’as trouvé : car les géants de la montagne mourraient de faim si les nains de la plaine cessaient, de labourer et de semer le blé.

Le lendemain, j’arrivais à, Ste-Odile, par les sentiers sous-bois du Hohwald et j’avais déjà oublié la légende des géants, quand, près du monastère bâti sur l’emplacement du château-fort romain, détruit en 407, par les Vandales, je restai stupéfait en présence de l’immense panorama qui se déroulait sous mes yeux :

— De cet endroit on découvre la magnifique plaine d’Alsace tout entière, et, quand le temps est clair on distingue jusqu’aux glaciers de l’Oberland ; au loin et en deçà des montagnes de la Forêt Noire, le Rhin apparaît comme un ruban d’argent, enfin les regards étonnés embrassent à la fois plus de 300 villes ou villages qui semblent être des jouets de Nuremberg. Instinctivement, je me tâtai pour voir si je n’étais pas devenu géant. Et quand plus tard dans la soirée, assis sur une pierre du mur païen (1) je cherchais à retrouver sous le ciel étoile, le tableau si saisissant de la riche plaine d’Alsace, je compris mieux que jamais, la poésie, la moralité et la profondeur des contes et des légendes qui, avec les proverbes, constituaient tout le bagage littéraire de nos pères et leur tenaient lieu de bibliothèque, de ces contes que les nourrices narraient encore quand nous étions jeunes et que nos enfants sont tentés de mépriser comme des niaiseries, de ces contes qui, sous la forme amusante qui convient au jeune âge, renferment à un si haut degré les meilleurs principes de morale et d’enseignement.

Alphonse Certeux

*

HORIZONS
Les vastes horizons font les larges pensées :
Celui qui vient s’asseoir au bord de l’Océan,
Promenant son regard sur le gouffre béant,
Ecoutant le bruit sourd des vagues cadencées ;
Celui qui vient rêver au front du mont géant.
Voyant se dérouler les plaines nuancées
Où les villages, blancs comme des fiancées,
Semblent des astres clairs émergés du néant;
Ah ! celui-là n’a pas de mesquines envies,
De basses passions toujours inassouvies,
De sentiments étroits ni de fébrile ardeur.
Le spectacle imposant de ce lointain espace
Est une source pure oh l’esprit se délasse ;
Il y boit la vertu, la paix et la grandeur.
Ed. Guinand.
 *
(1) Le mur païen, qui commence à 25 mètres du monastère de Ste-Odile, est une enceinte aux proportions formidables qui contourne la montagne tout entière et renferme un espace de cent hectares environ. Cette enceinte, qui date de plus de deux mille ans, fut d’abord, la retraite des druides,^ces premiers dominateurs et exploiteurs des nains de lu plaine; puis elle devint la barrière protectrice opposée par les Celto-Gaulois aux attaques et invasions des Romains. Ce mur, dont il reste de très beaux vestiges, était construit avec des pierres énormes superposées deux à deux, donnant en hauteur cinq mètres sur deux mètres de largeur, et qui devaient être jointes, à chaque extrémité, en queue d’aronde. On voit que cette construction pouvait être qualifiée, elle aussi, de travail de géants.
« La Tradition. » 1887: revue générale des contes, légendes, chants, usages, traditions et arts populaires / dir. Emile Blémont et Henry Carnoy.
Source: gallica.bnf.fr / MuCEM, 8-Z-11065