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Rebuffade

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Combien avons-nous perdu d’oeuvres charmantes ou admirables parce que les rebuffades du début ont lassé des artistes trop nerveux ! 

Berlioz, un jour, recevait la visite d’un musicien inconnu qui lui apportait une partition. La chose lui ayant paru déplorable, il congédia le visiteur.  Puis, tout à coup, comme celui-ci descendait l’escalier, pris d’un remords soudain, il s’élance sur le carré et, se penchant sur la rampe :

Monsieur !… monsieur !…

L’autre s’arrête dans la descente et lève le nez en l’air.

Monsieur… vous savez… c’est peut-être moi qui suis dans mon tort. D’autres ont été assez bêtes pour ne pas me comprendre. Je suis peut-être aussi bête qu’eux en ne vous comprenant pas.

Et il referma sa porte avec la satisfaction de l’homme qui vient de soulager sa conscience d’un grand poids.

« Courrier de l’art. » Paris, 1884.
Illustration : détail d’une photo de Norman Kyr

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Aux concerts populaires

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Jules Pasdeloup faisait exécuter les oeuvres de Berlioz avec un soin tout particulier, et ces compositions, accueillies froidement ailleurs, étaient là l’objet d’ovations enthousiastes.

Pendant quelques mois, une contrefaçon des Concerts populaires s’était établie dans le théâtre du Prince-Impérial. On y jouait aussi quelques pages de Berlioz, mais sans trop de succès.

Hector Berlioz revenait tristement, un dimanche, de l’un de ces concerts. Sur le boulevard, il rencontre un ami :

Eh bien, lui dit celui-ci, vous venez du concert de là-bas ?…
Oui, de là-bas, du côté de la Roquette…
Et comment avez-vous été exécuté ?
Comme un criminel ! répond Berlioz.

« Dictionnaire encyclopédique. » Victor Fournel. Paris, 1872.

La maman du sculpteur Puech

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Le délicieux sculpteur Denys Puech, qui vient d’être élu membre de l’Institut, Commença par être berger, et c’est tout juste s’il savait lire à quinze ans. Mais il travaillait déjà, et, en gardant ses moutons, sculptait de petites figurines en bois.

Dès qu’il fut parvenu à travailler pour de bon, il fit de tels, progrès qu’il ne craignit pas, au moment ou il accomplissait son service militaire à Albi, de participer à un concours, qu’avait ouvert la ville de Rodez pour l’exécution d’une Naïade. Il fut vainqueur.

La brave paysanne qu’était sa mère vint fut voir son oeuvre, mais, au lieu de le complimenter, fit aussitôt la grimace, puis, s’exclama carrément : 

— Comment ! mon fils, tu n’as pas honte, de montrer une dévergondée de cette espèce ?… Est-ce que tu n’aurais pas pu, au moins, lui mettre un petit caraco !

« Le Journal du dimanche : gazette hebdomadaire de la famille. »  Paris, 1905.

Les artifices de la beauté

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Il n’y a que l’oncle Sam pour avoir de ces idées. Les législateurs de l’Etat américain de Géorgie, Etat prohibitionniste s’il en fut, viennent, sur la proposition d’un membre du Sénat, de discuter et voter un bill tendant à réprimer les supercheries de la femme :

Le divorce sera accordé de plein droit au mari qui pourra prouver que sa moitié lui a dissimulé ses faux cheveux, ses fausses dents et les artifices de sa toilette.

Inutile de dire que les femmes de Géorgie sont furieuses, et mettent  en oeuvre toute leur influence pour faire abolir une loi si draconienne. Mais l’oncle Sam est tenace et les législateurs de Géorgie font valoir un précédent. Une loi semblable existait jadis en Angleterre.

Il est douteux qu’elle soit jamais adoptée en France. Les députés qui la voteraient se feraient certainement arracher les yeux par leur légitime !

« Touche à tout : magazine des magazines. »  Paris, 1909.
Illustration : Charles Dana Gibson.