oeuvres

Pour les historiens de Pissarro

Publié le

pissarro

M. Jean Grave nous adresse la lettre suivante au Bulletin de la Vie artistique, dont les historiens de l’impressionnisme lui sauront gré :

Puisque vous publiez des anecdotes sur Pissarro, en voici une qui peut intéresser vos lecteurs, car elle explique la rareté des oeuvres de début de cet artiste. Elle me fut racontée par lui-même.

Pissarro habitait les environs de Paris (Ville-d’Avray, je crois, mais mon souvenir est confus là-dessus) lorsqu’éclata la guerre de 1870-1871. A l’approche des Allemands, Pissarro ferma sa maison et se réfugia à Paris. Le siège levé, il retourna chez lui, mais pour constater qu’il avait été « nettoyé » de la plupart des objets que renfermait la maison, y compris toutes les toiles qu’il avait laissées.

« Les Allemands avaient passé par là » , lui expliquèrent les voisins apitoyés.

Mais Pissarro ne tarda pas à remarquer que pas mal de femmes du village se rendaient au lavoir munies de superbes tabliers de toile, faits d’un assemblage de morceaux de différentes grandeurs.

J’ai oublié comment il lui fut permis d’éclaircir le mystère en soulevant un coin… du tablier, mais le fait est que les dits tabliers portaient encore, à l’envers, la peinture de Pissarro.

« Le Bulletin de la vie artistique. » Paris, avril, 1921.

Publicités

Pudibonderie

Publié le Mis à jour le

Adolphe Bouguereau

Nos voisins les Anglais ont parfois des accès de pudibonderie bien étonnants. Ne voilà-t-il pas que, sur la demande d’une Société anglaise de protection de la morale, une saisie a été faite, chez tous les photographes et éditeurs de gravures de Londres, de reproductions d’oeuvres d’artistes français entachées, d’après cette Société, d’un caractère inconvenant, et même pornographique.

Dans le nombre figurent des œuvres très connues et admirées en France, telles que  Tanagra, de Gérôme; Diane surprise, de Jules Lefebvre; la Nuit, de Chaplin; le Matin, de Toulmouche, etc. Bouguereau lui-même est poursuivi pour outrage aux mœurs avec sa Chanson de printemps. En somme, les œuvres d’une cinquantaine de nos peintres sont ainsi mises à l’index par l’extra-pudibonde Société. C’est cette même Société qui avait déjà fait poursuivre l’an dernier les œuvres de Zola et de Maupassant.

Tout cela serait fort drôle à coup sûr, et tout le monde en rirait aux dépens de nos voisins, s’il ne devait pas résulter de l’arrêt à intervenir un certain dommage pour les intérêts de nos artistes. Dans tous les cas, ses considérants ne manqueront pas d’être curieux.

« Gazette littéraire, artistique et bibliographique. » Paris, 1891.
Illustration : « Chansons de printemps. » Adolphe Bouguereau.