opéra-comique

Fausse nouvelle… ou fosse nouvelle

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jan kiepuraOn nous a annoncé l’autre tantôt que le fameux chanteur Jan Kiepura avait attrapé une encéphalite léthargique carabinée. Il se trouvait mourant quelque part en Pologne. 

On nous a annoncé le lendemain que Jan Kiepura énergiquement médicamenté allait vraiment beaucoup mieux, mais que son état demeurait néanmoins très grave. 

Et puis crac, le troisième jour, un petit entrefilet a paru dans Paris-Midi, ainsi rédigé :

« Le ténor Kiepura, dont la santé est excellente, viendra chanter La ToscaLa Vie de Bohême et Manon, vers le 15 mars à l’Opéra-Comique. »

Si l’annonce de cette maladie était une manifestation de cette plaie des temps modernes : la publicité, avouons qu’elle fut de fort mauvais goût. Mais, si l’annonce de cet « état de santé excellent » est une précaution contre l’effet déplorable qu’aurait pu produire la nouvelle des infortunes du chanteur (pour la location de l’Opéra-Comique) c’est de plus mauvais goût encore. 

Paris, 1935.

L’opéra des Sabots

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jacques-cazotte

Quelques vieux habitués de l’Opéra-Comique se souvenaient encore du petit opéra des Sabots, qui se jouait naguère sous ce titre, concurremment avec les chefs-d’oeuvre de Grétry, de Méhul et de Piccini. Voici de quelle manière on explique l’origine de cet ouvrage : 

Jacques Cazotte, ayant hérité de la fortune d’un de ses oncles, acheta une maison de campagne à Pierry, près d’Epernay, et s’y retira avec toute sa famille. La littérature occupait les soirées de Pierry. De temps en temps le châtelain Cazotte recevait un visiteur. C’était un homme jeune encore, aux traits heurtés, au regard égaré, aux allures étranges. Sa conversation était rapide, confuse même quelquefois, mais d’une hardiesse qui commandait l’attention. 

Comme Cazotte, cet homme n’aimait pas son époque : on voyait qu’il s’y sentait mal à l’aise, et qu’il cherchait par tous les moyens possibles à échapper à son contact. L’ivresse était un des moyens qu’il employait le plus volontiers pour arriver à ce résultat. Rien n’égalait alors l’originalité de son langage, l’imprévu de ses idées, la force de ses raisonnements. Il pleurait lorsque Jacques Cazotte lui  chantait sa chanson favorite sur un clavecin délabré : 

Toujours nous aimer, landerirette, 
Jamais ne changer, landerira ! 

Ce personnage bizarre, que tout le monde aimait dans la maison, était connu sous le nom de neveu de Rameau

Un soir, pendant une visite de ce fou de génie, toute la famille était réunie autour du foyer. Le neveu de Rameau, assis dans un grand fauteuil, faisait jouer sur ses genoux le plus jeune des fils de son hôte. Cazotte causait avec plusieurs de ses voisins qu’il avait l’habitude de recevoir une fois la semaine. La conversation roulait sur les opéras bouffons, autrement dits : Comédies à ariettes, qui étaient alors dans leur nouveauté. Un des interlocuteurs vantait l’excellence de ce genre et s’extasiait sur les difficultés qu’on trouve à les traiter. Jacques Cazotte n’était pas de cet avis : 

— Donnez-moi un mot, dit-il à son antagoniste, et si d’ici à demain je n’ai pas fait une pièce dans ce système , vos éloges seront mérités. 

Au même instant, un paysan entre avec des sabots… 

— Eh bien , sabots ! s’écria le partisan des opéras bouffons. Voyons comment vous vous en tirerez ! 

Cazotte fait sortir tout le monde, excepté le neveu de Rameau. Ils s’enferment, et le lendemain est composé, paroles et airs originaux, l’opéra-comique des Sabots

Ainsi, chose curieuse, le seul monument laissé par cette intelligence immortalisée par Diderot , était un opéra-comique joué sous le nom de Duni et de Sedaine…

« Le Ménestrel. » Paris, 1854.

Critiques et dés pipés

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L’impartialité complète de la pensée est une chimère, a dit un philosophe plus grand que M. Streliski. Trop d’influences tendent à modifier le jugement des plus invulnérables. Les Américains viennent précisément de remédier à cela. Ils ont inventé le moyen de rendre leurs critiques absolument impartiaux. 

Au premier abord cela semble un canard, comme nos voisins d’outre-mer ont coutume d’en bombarder notre crédulité. Mais au second, on est forcé de reconnaître que c’est possible, et de plus, simple comme bonjour. 

C’est M. Bourmann, organiste de Minneapolis qui en est l’inventeur. Le moyen consiste, avant un concert par exemple, à ne distribuer que des programmes où ne figure aucun nom d’auteur. On ne peut plus se pâmer sur la signature du produit. Il faut ainsi s’en rapporter à son propre jugement. 

Nous devons dire que le fait a déjà causé un grand émoi de l’autre côté de l’Atlantique. Dans  un dernier concert, une composition de Dudley Bruck (?) l’a emporté sur la sonate en ut mineur de Mendelssohn. 

L’invention est plaisante, comme vous voyez, et elle a du bon. Nous proposons de l’appliquer en France, mais seulement, pour ne gêner personne, quand tous les critiques musicaux sauront la musique. 

la-boheme

Parmi les influences qui arrêtent la plume du critique, il y a celle de la beauté chez la femme. Ainsi au dernier Concert populaire on aurait évidemment hésité à refuser du talent à Mmes Bilbaut-Vauchelet et Conneau. Les applaudissements ont éclaté très vifs à l’adresse des sympathiques chanteuses. Et à propos d’applaudissements, Juliette Bilbaut-Vauchelet nous contait gaiement une anecdote qui date de ses premiers débuts à l’Opéra-Comique, en 1877. 

La veille du grand jour elle rentrait chez elle après la répétition du Pré-aux-Clercs où elle devait paraître pour la première fois, dans le rôle d’Isabelle. Un monsieur insista pour lui être présenté : 

— Vous débutez demain, mademoiselle, dit-il. 
— Oui, monsieur. 
— Et vous désirez être applaudie ? 
— Mais, le plus possible. Qui ne le désirerait à ma place ? 
— Très bien. Alors, je vois que nous nous entendrons. 
— Je ne vous comprends pas, monsieur. 
— Comment ! vos camarades ne vous ont donc pas dit ?… 
— Quoi ? 
— Allons, allons, je vois que c’est un véritable début, dit-il, en appuyant sur chaque mot. Puis, avec un sourire narquois et une courbette grotesque, il ajouta :
— Je suis le chef de claque, mademoiselle… pour vous servir.  Mlle Bilbaut-Vauchelet comprit ce que voulait le parasite. Elle s’exécuta de bonne grâce. 

Donc tout succès se paie à Paris, et souvent fort cher quand on n’a pas de talent.

Maintenant, Mme Bilbaut-Vauchelet nous a assuré qu’elle ne payait plus le chef de claque. Parbleu ! nous le croyons sans peine. mais tout le monde ne pourrait pas en dire autant. 

« Gazette artistique de Nantes. » Nantes, 1887.

La bouillabaisse de Tino

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Inutile de le présenter, n’est-ce pas ? II n’existe, en effet, pas de coin de France, où le disque et la radio n’aient transmis sa voix incomparable d’harmonie et de douceur. Tino Rossi n’a pas seulement des admiratrices ferventes, il a aussi d’enthousiastes admirateurs dont les manifestations ne sont pas sans danger, comme le prouve l’aventure qu’il nous a contée.

« Je me trouvais de passage, à Toulon avec mon ami et compatriote le célèbre baryton de l’Opéra-Comique, César Vezzani. Depuis longtemps je me proposais lorsque je serais en cette ville de déguster une excellente bouillabaisse dans un petit restaurant situé près du port, et réputé pour cette spécialité.

« Mon ami et moi nous nous y rendîmes et nous étions attablés depuis déjà un moment à la terrasse, lorsque plusieurs passants me reconnurent, et, comme c’est l’usage dans le Midi, m’interpellèrent familièrement. Désirant déjeuner en paix, je fis signe qu’ils se trompaient et que je n’étais pas Tino Rossi. Mais, ils arrêtèrent d’autres passants, les prirent à témoin et bientôt ce fut une véritable foule qui bruyamment clamait son admiration.

« Sur ces entrefaites l’on apporta ma bouillabaisse, alors ce fut le signal d’un assaut en règle vers ma place. Le plus sage étant de prendre la fuite, je me réfugiai à l’intérieur de l’établissement, poursuivi par mes bouillants admirateurs.  Je réussis cependant à me cacher, mais dans la bousculade les glaces furent assez endommagées, et, comme je ne me décidais pas à me montrer mes assiégeants se vengèrent en mangeant à ma place mon excellente bouillabaisse, ce qui était bien en effet la meilleure façon de me punir !… »

« Midinette. Hebdomadaire. »   Paris, 1937.

L’espoir d’un brigand

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Giuseppe-Musolino

Le procès de Giuseppe Musolino, de ce chevaleresque bandit d’opéra-comique, pour qui le sexe charmant montre un enthousiasme presque égal à celui dont jouit chez nous le beau Jean de Reszké, est très instructif pour les auteurs de romans-feuilletons, qui trouveront en ce brigand prisonnier des carabiniers, pour une fois arrivés à temps, le type d’un héros fort réussi.

De lui cette réponse, charmante de naïveté présomptueuse, à son  avocat qui l’avertissait qu’il pourrait bien être condamné à trente ans de réclusion :

« En tel cas, je conseille aux jeunes filles italiennes d’adresser un recours en grâce en ma faveur à la reine, et de le renouveler jusqu’à ce qu’elles obtiennent satisfaction. »

« La Revue mondaine : hebdomadaire, littéraire et artistique. »  Paris, 1902.