opéra

Charles Gounod

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gounodCharles Gounod est né, à Paris, dans le mois de juin de l’année 1818. Dès son jeune âge, il montra de sérieuses dispositions pour la musique, mais longtemps il dut lutter contre les efforts de ses parents, qui combattaient énergiquement la vocation du futur auteur de Faust.

Il était alors élève du collège St Louis et le proviseur, M. Poirson, luttait de son côté contre les tendances musicales de son élève. Mais rien ne pouvait détourner Gounod de ses études de prédilection et, pendant les récréations, lorsque ses camarades criaient et jouaient dans la cour, le petit maestro se cachait dans un coin de sa classe et noircissait du papier à musique : cela faisait la désolation de ses parents et de son proviseur.

Ce dernier pourtant voulut faire un essai et l’épreuve qu’il tenta décida de l’avenir de Gounod. Il fit venir l’entêté collégien. Il lui dit :

« Puisque tu veux à toute force être musicien, donne-moi une preuve de ton talent. Voici des paroles que tu vas mettre en musique. Si tu réussis, je parlerai pour toi à tes parents. »

Gounod s’enfuit sans écouter la fin et le voilà dans sa classe, réfléchissant, méditant, traçant des notes. Lorsqu’il eut terminé son oeuvre, il la porta au proviseur qui la lui fit chanter séance tenante et qui, après l’avoir entendue, ne put trouver d’autre réponse, d’autres bravos que des larmes de joie.

A dix huit ans, Gounod entra dans la classe d’Halévy, au Conservatoire. A vingt ans, il était premier prix de Rome. Il  voyagea en Allemagne, en Italie, étudia la musique religieuse à Rome et fut nommé, à son retour, maître de chapelle à l’église des Missions étrangères.

Tout-à-coup, il se retire du monde, prend l’habit ecclésiastique et reste pendant deux ans au Séminaire de St Sulpice. Heureusement pour l’art, Gounod ne persista pas dans sa retraite et, le 16 avril! 851, il faisait jouer au Grand-Opéra, grâce aux encouragements et à l’appui de Mme Viardot, Sapho, un opéra qui n’eut pas grand succès. Puis il composa les choeurs d’Ulysse de Ponsard, la Nonne Sanglante, le Médecin malgré lui et enfin Faust. C’est de Faust que date l’universelle renommée de Gounod. Il écrivit encore Philémon et Baucis, la Colombe (pour le théâtre de Bade), la Reine de Saba, Mireille et, Roméo et Juliette, son dernier triomphe (je précise que l’article est de 1867).

Aucun compositeur contemporain n’a atteint Gounod dans son originalité merveilleuse, dans sa poétique facture, nul n’a égalé la divine figure de Marguerite ou le délicieux pastel de Juliette. Gounod est décoré, membre de l’Institut. Il est riche, honoré, célèbre et sera l’une des étoiles et des gloires de l’école musicale française du dix-neuvième siècle.

Gustave Fischbach. « L’Écho du théâtre. » Strasbourg,  1867.

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Rossini au boulevard 

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Georges Cain a conté l’anecdote.Elle prouve que si Rossini ne fut pas prophète en son pays à la première du Barbier de Séville, il le fut à Paris au lendemain de Guillaume Tell

Ce samedi d’août, à minuit, le boulevard Montmartre fut envahi par la foule, qui se  massa devant le numéro 10, surnommé « la boîte aux artistes », à raison de la qualité  d’un grand nombre de locataires. 

C’étaient les spectateurs sortant de l’Opéra, en grande toilette, bientôt suivis d’un groupe d’apparence bizarre, de gens porteurs de paquets. Les paquets étaient les instruments. Les porteurs étaient les musiciens de l’orchestre ! Leur chef Habeneck parut : tous venaient fêter Rossini par une sérénade à l’italienne ! On joua l’ouverture de Guillaume Tell, puis les trois créateurs, Dabadie, Nourrit et Levasseur chantèrent le trio du serment. Ensuite ils entonnèrent, à l’occasion de son départ, la cantate : 

Le ciel natal, hélas,  ♪
T’envie à nos climats;
♫ Tu nous quittes, mais ton génie
Ne nous quittera pas. ♫

Le plus amusant, c’est que Rossini n’était pas chez lui. Il arriva, voulut forcer les barrages. 

Je suis Rossini. 
— Allons donc! Tenez-vous tranquille ! On ne nous la fait pas ! 

« Comoedia. » Paris, 1920. 

Le voyageur ne se détaille pas 

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C’est une vieille histoire. Elle date de l’époque heureuse où l’on ne se déplaçait qu’en diligence. 

Un grand baryton de l’Opéra, le nommé  Luigi Lablache, allait fort souvent donner des représentations en province. Comme il possédait un ventre énorme et une assiette imposante, il prenait toujours deux places pour lui seul. Un jour, il prit une nouvelle bonne à son service, une petite paysanne d’une naïveté désespérante si elle était pleine  de bonnes intentions. 

Un matin, il la dépêcha, pour aller lui retenir les deux places habituelles dans la diligence se dirigeant sur Lyon. A l’heure du départ, Lablache s’installe, mais voici qu’un autre gros homme vient s’asseoir à côté de lui. 

Oh ! pardon, monsieur, fait le baryton, cette autre place m’appartient. 

Contestation, dispute. Enfin, le postillon de la diligence approche et examine le plan de sa voiture. 

Monsieur Lablache, dit-il, vous êtes dans l’erreur. Votre domestique a en effet retenu deux places pour vous, mais si l’une est dans le coupé, l’autre se trouve dans la rotonde ! 

Rien à dire

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Richard Strauss avait été invité à la première d’un opéra dont l’auteur était un musicien qu ‘il connaissait vaguement.

Après la représentation, tout le monde se répandait en éloges et en félicitations, et seul Richard Strauss demeurait immobile et silencieux. 

Vous ne me dites rien, maître ? demanda craintivement le compositeur. 

Richard Strauss secoua la tête d’un air grave et répondit : 

Pourquoi vous dirais je quelque chose ? Je viens de vous écouter pendant deux heures et vous ne m’avez rien dit non plus. 

L’architecte

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rameau

Le célèbre musicien Jean-Philippe Rameau faisait répéter, par l’orchestre de l’Académie royale de musique, son premier opéra, Hippolyte et Aricie.

Soudain, à un passage enharmonique qui se trouvait dans le trio des Parques, les exécutants s’arrêtèrent net, reculant devant une difficulté toute nouvelle pour eux. 

— Ayez la bonté de faire recommencer, dit Rameau au chef d’orchestre. 
— Monsieur, cela est inexécutable, répondit celui-ci. 
— Peut-être à première vue, dit le compositeur, mais essayons. 

La seconde épreuve n’ayant guère été plus heureuse que la première, les musiciens murmurèrent quand on les pria de recommencer. Finalement, le chef d’orchestre, jetant de dépit son bâton de mesure sur le théâtre, entre les jambes de Rameau, déclara qu’il ne se chargeait pas de faire exécuter une pareille musique. Rameau, qui avait conservé un grand calme, faisant rouler du bout du pied le bâton jusqu’à la portée du musicien, lui dit avec dignité : 

— Apprenez, monsieur, que vous n’êtes ici que le maçon, et que moi je suis l’architecte. Je vous ordonne de recommencer. 

Cette fermeté en imposa aux récalcitrants, qui se remirent à l’oeuvre, et triomphèrent cette fois des difficultés que présentait le passage que chacun avait déclaré inexécutable. 

Photo d’illustration extraite de « Jean-Philippe Rameau, l’incompris magnifique. » Olivier Simonnet, 2014.

Comment composait Mozart

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mozart

Dès l’âge de six ans, Mozart montre des dons exceptionnels pour le piano-forte (ancêtre du piano) et pour le violon. Il étonnait par sa capacité à improviser et à déchiffrer les partitions.

Il laisse une œuvre phénoménale, qui embrasse tous les genres musicaux de son époque. Mozart avait appris le clavecin dès l’age de cinq ans, puis ensuite le violon, et, aux dires de ses contemporains, il était un virtuose sur ces instruments. Mozart a amené à un point de perfection le concerto, la symphonie, et la sonate, qui devinrent après lui les formes majeures de la musique classique. Il devint l’un des plus grands maîtres de l’opéra, et son talent ne s’est jamais démenti. Son nom est devenu synonyme de génie, de virtuosité et de maîtrise totale.

Mais comment composait-il ? C’est lui-même qui répond à la question :

« Que je voyage en voiture ou que je marche, ou bien la nuit si je ne peux dormir, c’est alors que mes idées viennent le mieux et en plus grande abondance. D’où et comment elles viennent, je l’ignore et je ne peux les forcer à venir. Je conserve dans ma mémoire celles qui me plaisent et j’ai l’habitude de me les fredonner… Tout ceci met le feu à mon âme et, pourvu que je ne sois pas dérangé, mon sujet s’élargit de lui-même, devient bien défini et disposé avec méthode, comme en un rêve charmant et vivant.

Quand je veux ensuite coucher par écrit mes idées, je retire du sac de ma mémoire tout ce qui s’y est déposé, et l’écriture diffère rarement de la pensée qui l’a précédée… Maintenant, pourquoi mes productions ont-elles cette forme et ce style particuliers qui les fait appeler mozartish* ? Cela tient probablement à la même cause qui fait que mon nez est le nez de Mozart et différent du nez des autres, car réellement je ne m’efforce pas de viser à l’originalité. »

Il était donc bien original sans le vouloir, et il n’y a pas de compositeur dont on reconnaisse mieux la manière dès qu’on a entendu quelques phrases d’une de ses oeuvres.

*Mozartish : ressemblant ou suggérant la musique ou le style musical de Mozart.

Illusion d’acoustique

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mario-lanza

Un jour, à Chicago, on donnait Paillasse de Ruggero Leoncavallo avec le célèbre ténor Enrico Caruso.

Le premier acte fut pour Caruso un triomphe avec ovations délirantes et quelques centaines de rappels. Alors l’artiste voulut mettre à l’épreuve la compétence musicale de ses auditeurs. Au deuxième tableau, le second ténor (Beppo) chante une sérénade derrière la coulisse. Caruso pria son collègue Albert Reiss de lui laisser chanter la sérénade et il la détailla de cette même voix douce et colorée qui venait de lui valoir tant d’applaudissements, mais le public écouta de cette même oreille indifférente qu’il prêtait habituellement au chant de Reiss.

Un critique influent affecta de sommeiller. On causait dans les loges, et du haut des galeries une voix cria :

« Assez de Reiss !… Caruso ! Caruso ! »

Le ténor Reiss eut du moins la consolation de s’apercevoir que son glorieux rival pouvait parfois n’être pas mieux traité que lui. 

« Revue musicale de Lyon. » Lyon, 1905.
Illustration : Mario Lanza / capture écran YouTube.