opéra

Rien à dire

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richard-strauss

Richard Strauss avait été invité à la première d’un opéra dont l’auteur était un musicien qu ‘il connaissait vaguement.

Après la représentation, tout le monde se répandait en éloges et en félicitations, et seul Richard Strauss demeurait immobile et silencieux. 

Vous ne me dites rien, maître ? demanda craintivement le compositeur. 

Richard Strauss secoua la tête d’un air grave et répondit : 

Pourquoi vous dirais je quelque chose ? Je viens de vous écouter pendant deux heures et vous ne m’avez rien dit non plus. 

L’architecte

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rameau

Le célèbre musicien Jean-Philippe Rameau faisait répéter, par l’orchestre de l’Académie royale de musique, son premier opéra, Hippolyte et Aricie.

Soudain, à un passage enharmonique qui se trouvait dans le trio des Parques, les exécutants s’arrêtèrent net, reculant devant une difficulté toute nouvelle pour eux. 

— Ayez la bonté de faire recommencer, dit Rameau au chef d’orchestre. 
— Monsieur, cela est inexécutable, répondit celui-ci. 
— Peut-être à première vue, dit le compositeur, mais essayons. 

La seconde épreuve n’ayant guère été plus heureuse que la première, les musiciens murmurèrent quand on les pria de recommencer. Finalement, le chef d’orchestre, jetant de dépit son bâton de mesure sur le théâtre, entre les jambes de Rameau, déclara qu’il ne se chargeait pas de faire exécuter une pareille musique. Rameau, qui avait conservé un grand calme, faisant rouler du bout du pied le bâton jusqu’à la portée du musicien, lui dit avec dignité : 

— Apprenez, monsieur, que vous n’êtes ici que le maçon, et que moi je suis l’architecte. Je vous ordonne de recommencer. 

Cette fermeté en imposa aux récalcitrants, qui se remirent à l’oeuvre, et triomphèrent cette fois des difficultés que présentait le passage que chacun avait déclaré inexécutable. 

Photo d’illustration extraite de « Jean-Philippe Rameau, l’incompris magnifique. » Olivier Simonnet, 2014.

Comment composait Mozart

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mozart

Dès l’âge de six ans, Mozart montre des dons exceptionnels pour le piano-forte (ancêtre du piano) et pour le violon. Il étonnait par sa capacité à improviser et à déchiffrer les partitions.

Il laisse une œuvre phénoménale, qui embrasse tous les genres musicaux de son époque. Mozart avait appris le clavecin dès l’age de cinq ans, puis ensuite le violon, et, aux dires de ses contemporains, il était un virtuose sur ces instruments. Mozart a amené à un point de perfection le concerto, la symphonie, et la sonate, qui devinrent après lui les formes majeures de la musique classique. Il devint l’un des plus grands maîtres de l’opéra, et son talent ne s’est jamais démenti. Son nom est devenu synonyme de génie, de virtuosité et de maîtrise totale.

Mais comment composait-il ? C’est lui-même qui répond à la question :

« Que je voyage en voiture ou que je marche, ou bien la nuit si je ne peux dormir, c’est alors que mes idées viennent le mieux et en plus grande abondance. D’où et comment elles viennent, je l’ignore et je ne peux les forcer à venir. Je conserve dans ma mémoire celles qui me plaisent et j’ai l’habitude de me les fredonner… Tout ceci met le feu à mon âme et, pourvu que je ne sois pas dérangé, mon sujet s’élargit de lui-même, devient bien défini et disposé avec méthode, comme en un rêve charmant et vivant.

Quand je veux ensuite coucher par écrit mes idées, je retire du sac de ma mémoire tout ce qui s’y est déposé, et l’écriture diffère rarement de la pensée qui l’a précédée… Maintenant, pourquoi mes productions ont-elles cette forme et ce style particuliers qui les fait appeler mozartish* ? Cela tient probablement à la même cause qui fait que mon nez est le nez de Mozart et différent du nez des autres, car réellement je ne m’efforce pas de viser à l’originalité. »

Il était donc bien original sans le vouloir, et il n’y a pas de compositeur dont on reconnaisse mieux la manière dès qu’on a entendu quelques phrases d’une de ses oeuvres.

*Mozartish : ressemblant ou suggérant la musique ou le style musical de Mozart.

Illusion d’acoustique

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mario-lanza

Un jour, à Chicago, on donnait Paillasse de Ruggero Leoncavallo avec le célèbre ténor Enrico Caruso.

Le premier acte fut pour Caruso un triomphe avec ovations délirantes et quelques centaines de rappels. Alors l’artiste voulut mettre à l’épreuve la compétence musicale de ses auditeurs. Au deuxième tableau, le second ténor (Beppo) chante une sérénade derrière la coulisse. Caruso pria son collègue Albert Reiss de lui laisser chanter la sérénade et il la détailla de cette même voix douce et colorée qui venait de lui valoir tant d’applaudissements, mais le public écouta de cette même oreille indifférente qu’il prêtait habituellement au chant de Reiss.

Un critique influent affecta de sommeiller. On causait dans les loges, et du haut des galeries une voix cria :

« Assez de Reiss !… Caruso ! Caruso ! »

Le ténor Reiss eut du moins la consolation de s’apercevoir que son glorieux rival pouvait parfois n’être pas mieux traité que lui. 

« Revue musicale de Lyon. » Lyon, 1905.
Illustration : Mario Lanza / capture écran YouTube.

Tout flatteur…

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abbé-l'attaignant

Un pâtissier de la porte Saint-Marceau, qui faisait des opéras comiques, comme le perruquier André faisait des tragédies, lut à l’abbé de L’Attaignant une petite pièce intitulée la Galette.

L’Attaignant lui dit, en souriant, qu’il lui conseillait de la remettre au four.

Je vous entends, dit le pâtissier métromane, mais cependant M. …, professeur au Cardinal-Lemoine, que je fournis depuis vingt ans, m’a dit quelle était pleine de sel.
— Oui da, reprit L’Attaignant, mais ne faites-vous point crédit à ce professeur ?
— Vraiment sans doute, et, à l’heure où je vous parle, il me doit pour six cents francs de petits pâtés.
— Nous y voilà, poursuit L’Attaignant: trouvez mauvais qu’il vous doive six cents francs, et il trouvera mauvais que vous vous mêliez de faire des pièces. 

« La Diligence : journal des voyageurs. » Compagnie générale des annonces, Société Bigot et Cie, administration de la Diligence, du Chemin de fer, de la Malle-poste. Paris, 1845.

Aviation lyrique

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danseuses

L’Opéra a repris La Damnation de Faust : il manquait quelque chose au ballet. Jadis, on voyait des sylphes voltiger dans l’atmosphère, figures lumineuses et fugitives…

Ces esprits de l’air étaient incarnés par les fillettes des classes de l’Opéra, mais le rôle n’avait rien de bien tentant, malgré l’empressement des gamines pour paraître dans ce ballet aérien. On les emprisonnait dans un corselet de fer muni d’un anneau auquel s’attachait un fil d’acier. Suspendues dans l’espace, les sylphes tenaient en main une vaste coquille Saint-Jacques contenant une lampe électrique qu’elles allumaient et éteignaient tour a tour, apparaissant ainsi et disparaissant brusquement au milieu des airs.

Mais, hélas ! le « fil » ne restait pas immobile et les sylphes voltigeaient de droite et de gauche, plongeaient brusquement pour remonter soudain vers les frises. Et il advenait régulièrement que la coquille Saint-Jacques, à la fin du ballet, contenait autre chose que la lampe électrique…

On a donc supprimé ces exercices indigestes. Il est vrai qu’on pourrait faire appel à des aviateurs entraînés à ce genre de sport. 

« Les Spectacles. »Lille, 1923.

Point trop n’en faut !

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etienne-nicolas-méhul

Les critiques musicaux ne sont guère habitués à voir les compositeurs leur reprocher l’excès de leurs louanges, pourtant on cite des cas.

Ainsi Etienne-Nicolas Méhul écrivit au lendemain d’une de ses premières à un censeur dont l’article avait été fort élogieux :

Pour ne point égarer, la louange doit se dispenser avec retenue. C’est ce que vous n’avez pas fait, citoyen. Car dans votre article, le bien que vous dites de ma partition est exagéré,  et il me semble que vous n’appuyez, pas assez sur les défauts qui s’y trouvent. J’aime la gloire avec fureur, je suis désireux des louanges, mais j’aime encore mieux la vérité !  

Gageons que certains successeurs de Méhul  préfèrent la gloire à la vérité.

« Les Spectacles. »  Lille, 1923.