Étiquette : opéra

Illusion d’acoustique

mario-lanza

Un jour, à Chicago, on donnait Paillasse de Ruggero Leoncavallo avec le célèbre ténor Enrico Caruso.

Le premier acte fut pour Caruso un triomphe avec ovations délirantes et quelques centaines de rappels. Alors l’artiste voulut mettre à l’épreuve la compétence musicale de ses auditeurs. Au deuxième tableau, le second ténor (Beppo) chante une sérénade derrière la coulisse. Caruso pria son collègue Albert Reiss de lui laisser chanter la sérénade et il la détailla de cette même voix douce et colorée qui venait de lui valoir tant d’applaudissements, mais le public écouta de cette même oreille indifférente qu’il prêtait habituellement au chant de Reiss.

Un critique influent affecta de sommeiller. On causait dans les loges, et du haut des galeries une voix cria :

« Assez de Reiss !… Caruso ! Caruso ! »

Le ténor Reiss eut du moins la consolation de s’apercevoir que son glorieux rival pouvait parfois n’être pas mieux traité que lui. 

« Revue musicale de Lyon. » Lyon, 1905.
Illustration : Mario Lanza / capture écran YouTube.

Tout flatteur…

 

abbé-l'attaignant

Un pâtissier de la porte Saint-Marceau, qui faisait des opéras comiques, comme le perruquier André faisait des tragédies, lut à l’abbé de L’Attaignant une petite pièce intitulée la Galette.

L’Attaignant lui dit, en souriant, qu’il lui conseillait de la remettre au four.

Je vous entends, dit le pâtissier métromane, mais cependant M. …, professeur au Cardinal-Lemoine, que je fournis depuis vingt ans, m’a dit quelle était pleine de sel.
— Oui da, reprit L’Attaignant, mais ne faites-vous point crédit à ce professeur ?
— Vraiment sans doute, et, à l’heure où je vous parle, il me doit pour six cents francs de petits pâtés.
— Nous y voilà, poursuit L’Attaignant: trouvez mauvais qu’il vous doive six cents francs, et il trouvera mauvais que vous vous mêliez de faire des pièces. 

« La Diligence : journal des voyageurs. » Compagnie générale des annonces, Société Bigot et Cie, administration de la Diligence, du Chemin de fer, de la Malle-poste. Paris, 1845.

Aviation lyrique

danseuses

L’Opéra a repris La Damnation de Faust : il manquait quelque chose au ballet. Jadis, on voyait des sylphes voltiger dans l’atmosphère, figures lumineuses et fugitives…

Ces esprits de l’air étaient incarnés par les fillettes des classes de l’Opéra, mais le rôle n’avait rien de bien tentant, malgré l’empressement des gamines pour paraître dans ce ballet aérien. On les emprisonnait dans un corselet de fer muni d’un anneau auquel s’attachait un fil d’acier. Suspendues dans l’espace, les sylphes tenaient en main une vaste coquille Saint-Jacques contenant une lampe électrique qu’elles allumaient et éteignaient tour a tour, apparaissant ainsi et disparaissant brusquement au milieu des airs.

Mais, hélas ! le « fil » ne restait pas immobile et les sylphes voltigeaient de droite et de gauche, plongeaient brusquement pour remonter soudain vers les frises. Et il advenait régulièrement que la coquille Saint-Jacques, à la fin du ballet, contenait autre chose que la lampe électrique…

On a donc supprimé ces exercices indigestes. Il est vrai qu’on pourrait faire appel à des aviateurs entraînés à ce genre de sport. 

« Les Spectacles. »Lille, 1923.

Point trop n’en faut !

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Les critiques musicaux ne sont guère habitués à voir les compositeurs leur reprocher l’excès de leurs louanges, pourtant on cite des cas.

Ainsi Etienne-Nicolas Méhul écrivit au lendemain d’une de ses premières à un censeur dont l’article avait été fort élogieux :

Pour ne point égarer, la louange doit se dispenser avec retenue. C’est ce que vous n’avez pas fait, citoyen. Car dans votre article, le bien que vous dites de ma partition est exagéré,  et il me semble que vous n’appuyez, pas assez sur les défauts qui s’y trouvent. J’aime la gloire avec fureur, je suis désireux des louanges, mais j’aime encore mieux la vérité !  

Gageons que certains successeurs de Méhul  préfèrent la gloire à la vérité.

« Les Spectacles. »  Lille, 1923.

De l’influence de la musique

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On a constaté, à l’Opéra de Londres, que les consommations variaient, au buffet, selon le spectacle de la salle.

Ainsi les opéras de Meyeeber sont très propices aux glaces. Donizetti pousse à la consommation des fruits et du sirop. Gounod, surtout avec Faust, entraîne le spectateur à une débauche de Champagne.

Le journal anglais à qui j’emprunte ces détails prétend que le soir où on joue du Wagner, on ne consomme rien du tout.

« Touche-à-tout. »Paris, 1904.
Peinture : Ernest Rouart.

Honneur et charcuterie

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L…, un des premiers chanteurs de l’opéra et fils d’un charcutier, avait la vanité de se poser comme descendant d’une grande famille.

Un jour qu’il allait en habit à la française, l’épée au côté, chanter à la chapelle aux Tuileries, il s’adressa ainsi à Plantade qui ne laissait jamais passer l’occasion de lui lancer une plaisanterie :

Mon cher, je ne puis me voir ainsi une épée au côté, sans me rappeler la grâce avec laquelle mon père la portait et l’adresse avec laquelle il s’en servait. Un jour, quelqu’un l’ayant insulté, mon père en un instant l’étendit à ses pieds ! 

Mais, mon cher ami, lui répondit son interlocuteur avec le plus grand sang-froid, c’était donc un cochon qui avait insulté ton père ?

« La Gastronomie : revue de l’art culinaire ancien et moderne. »  Paris, 1840.79225339
Image d’illustration : « Guillaume tell ».