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Suicide doré

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Les Chinois avaient une manière somptueuse de se tuer : ils avalaient de l’or !

Ce n’est pas, comme on pourrait le croire, de la poudre d’or ou de l’or en feuille auxquels ont recours les riches Célestes las de la vie, mais bien à un morceau d’or d’une certaine dimension. 

Quand l’or arrive dans le ventre, son poids spécifique l’empêche de remonter les circonvolutions de l’intestin et, au bout de quelques jours, il amène la mort.

Une mort très douce, assure-t-on, au pays du Céleste Empire. 

L’Eldorado

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Vous avez souvent entendu dire d’un joli endroit : « C’est un Eldorado ». Peut- être, dans les environs du lieu où vous habitez, existe-t-il un théâtre, un concert, un restaurant portant cette enseigne. Vous êtes-vous jamais douté que ce nom avait une origine historique remontant à l’époque de la découverte de l’Amérique ? 

Lorsque les Espagnols, sous la conduite de Pizarro, eurent conquis le Pérou, les Incas, emportant de leurs richesses ce que les vainqueurs ne leur avaient pas ravi, s’enfuirent vers l’est et se réfugièrent dans les forêts situées sur le versant oriental des Andes. Les Espagnols, persuadés que les trésors qui les avaient éblouis à leur arrivée au Pérou provenaient de ces régions inconnues, résolurent de s’en emparer. 

Leur croyance fut corroborée par l’arrivée d’une ambassade indienne qui prétendit être envoyée par un souverain dont l’empire était placé dans les montagnes situées au nord-est, et dont les richesses étaient si grandes que chaque matin, à son lever, ses serviteurs lui enduisaient le corps d’une résine odorante, sur laquelle on lui insufflait, à l’aide de longs chalumeaux, de la poudre d’or. Celle-ci, retenue par la résine, adhérait à la peau et le dorait des pieds à la tête. Le soir, au coucher du soleil, afin de se débarrasser de ce revêtement qui ne devait pas être agréable à porter, le roi se baignait dans un lac où ses sujets offraient en sacrifice à leurs dieux des vases d’or et des objets précieux qu’ils jetaient dans l’eau. 

Cette fable, qui cachait sans doute un piège pour attirer les Espagnols dans des contrées difficiles, trouva créance auprès de ces conquérants crédules et avides de butin. Ce récit fut amplifié en passant de bouche en bouche et on appela ce roi El rey dorado, ce qui, en espagnol, signifie « le roi doré», d’où vint par corruption le mot Eldorado, qui fut attribué à ce pays merveilleux où l’or ruisselait de toutes parts et où les pierres précieuses couvraient le sol. 

Des expéditions nombreuses furent organisées successivement pour trouver cet Eldorado. On le chercha sur le haut Amazone, dans le sud du Venezuela et sur les territoires des Guyanes, mais toutes eurent naturellement pour résultat des désastres, et le plus grand nombre de ces aventuriers qui s’étaient lancés à la recherche de cette contrée fantastique, périrent de maladies, de misère ou de faim.

Gazette de France : 1894.

Le chercheur du quai des Lunettes

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Voici un fait curieux et facile à vérifier. Qu’on aille au pont Neuf, qu’on prenne le quai de l’Horloge, et sur la partie de la Seine qui se trouve au bout de la rue de Harlay, on verra un vieux bac monté par un vieux homme.

L’homme est couvert d’une vareuse bleuâtre, il est coiffé d’un ex-chapeau, forme tromblon. Voici ce qu’il fait là : muni d’une grande pelle, il excave le lit de la rivière et amoncelle le sable dans son grand bac. Lorsqu’il en a ainsi embarqué une certaine quantité, il change d’opération. Il prend des tamis aux mailles plus ou moins serrées, et les fait traverser par le sable qu’il sépare ainsi des cailloux, tessons ou autres gros objets. Après quoi il prend une écuelle, l’emplit de sable, et, penché sur le plat-bord, il fait subir à ce sable un lavage très soigneux, très long, et qu’il pratique avec une tendresse amusante à voir.

Mais, demanderez-vous, que cherche là cet homme,qui semble si bien exercé dans cette profession ? de vieux clous ? ah bien oui, des clous ! Attendez-vous à toute autre chose, à tout même ! Ce que cherche, et, qui plus est, ce que trouve là cet homme, en lavant si soigneusement le sable de la Seine, c’est (nous parlons très sérieusement), c’est… de l’or !

Oui, de l’or, là, dans cette fange, sous cette eau, à l’ombre du pont véritablement neuf, de l’or péché en plein Paris !… Et il y a vingt ans que ce bonhomme fait ce métier-là, et, de son aveu (nous avons causé avec lui, notez-le bien), il gagne à cela 6 à 7 francs par jour ! C’est un fait, et chacun peut l’aller vérifier au « quai des Lunettes ». D’où vient cet or ? Sont-ce des parcelles du soleil entraînées des coteaux où il dore les vignobles bourguignons ? Nous ne cherchons pas à expliquer, nous constatons C’est à la géologie de se tirer d’affaire ! Nous ajouterons seulement, pour qu’on sache bien que l’or, par nos latitudes, n’est pas une chimère, que, l’année dernière, le lavage de l’or dans le lit du Rhin a produit 7 à 8,000 francs à quelques petits industriels, et que c’est depuis 1814 le résultat le plus faible. L’année 1851, qui fut la plus fructueuse, rapporta près de 40,000 francs.

Vous voyez bien que l’homme au bac de la Seine n’y pêche point de canards !

« Le Monde illustré. » Paris, 9 mai 1857.

Une voix d’or

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Enrico-Caruso

Je vais vous conter une histoire qui ne semble pas très vraie, qui est pour le moins très exagérée. Mais quand je vous aurai dit qu’elle vient d’Amérique, vous mettrez vous-même les choses au point.

Le ténor Caruso assistait en simple spectateur à une représentation du New-Fields Théâtre à New-York. A la fin du premier acte, un commissionnaire vint lui remettre une lettre : le chanteur italien quitte aussitôt le théâtre, monte dans une automobile qui l’attendait devant le perron et moins d’une heure après il revenait prendre sa place dans la loge.

Il était allé chanter pendant trois quarts d’heure chez le milliardaire James Smith et avait reçu comme cachet 3.000 dollars, soit 15.000 fr. !

Comment les jeunes élèves du Conservatoire n’auraient-ils pas la tête un peu bouleversée par de tels racontars !

« Le Journal du dimanche : gazette hebdomadaire de la famille. »  Paris, 1905. 

Un aventurier précoce

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Grant-Wood

L’Amérique endigue sévèrement l’immigration. Les enfants n’en savent rien. Hantés par les lectures de ces vieux romans d’aventure où l’on voyait les pépites surgir sous les pas des explorateurs, et pervertis par les conversations des aînés qui leur représentent le nouveau monde comme le réceptacle de tout l’or monnayé du vieux continent, ils rêvent de plus en plus de s’expatrier vers le pays fabuleux où, théoriquement, la vie devrait être dorée sur tranche comme un livre de Noël.

Et c’est ainsi que le petit apprenti tisseur de 13 ans Charles Marc quitta la maison paternelle du 52, rue de Turenne, à Calais, et vint tout d’abord à Paris se familiariser avec l’atmosphère des grandes villes avant de s’embarquer au Havre à destination de New York. Ne doutant point de son étoile, comme tous les aventuriers de race, il ne s’était muni, pour tout viatique, que de la somme de 8 francs et d’une boite de sardines. Mais il s’était armé d’importance. Pensez donc !… un vieux pistolet, une fronde et un piège à moineaux, tout ce qu’il faut pour affronter les pirates de la savane et les grands fauves.

Errant, la nuit dernière, rue de Chabrol, le conquistador en herbe fut abordé par un agent de ronde qui souffla fort paternellement sur son rêve et le confia à M. Garnier, commissaire de police de la Porte Saint-Denis. Et Charles Marc, déjà revenu de l’aventure, attend au Dépôt que ses parents viennent le reprendre et le rendre à son métier.

Restez en France, petits gars aventureux, car c’est l’élan de vos forces neuves qui lui restituera, tôt ou tard, tout son bel or exilé !

« Le Matin : derniers télégrammes de la nuit. »  Paris, 1925.
Illustration (extrait) : Grant Wood.