orthographe

L’orthographe

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alexandre-dumasA propos du continuel débat sur la  réforme de l’orthographe, rappelons un un mot d’Alexandre Dumas (père). 

 J’ai, dit-il un jour, une cuisinière, qui a réalisé ce miracle d’écrire son prénom Sophie, sans employer une seule des lettres qui le composent.
Pas possible ! se récrièrent les auditeurs.
Mais rien n’est plus vrai. Elle l’écrit Çaufy.

C’était l’écriture phonétique. La bonne femme avait résolu le problème de la réforme orthographique.

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orthographe

Almanach des coopérateurs, Paris.

Admission

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forts-des-halles

Pour être admis dans l’athlétique corporation des forts de la Halle, à Paris, il faut subir victorieusement un examen d’orthographe.

Pourquoi n’imposerait-t-on pas des épreuves sportives aux candidats médecins, aux aspirants avocats, aux professeurs de belles-lettres ? Ainsi se réaliserait, peu à peu la conception de l’idéale démocratie, où tous les citoyens (quelle que soit leur fonction) doivent posséder un corps robuste et sain, avec un esprit agile et cultivé.

Le fort de la Halle devrait se reposer en lisant Renan, et le philosophe se divertir à porter
des sacs de farine.

Paris, 1907.

L’opinion d’un poète sur la réforme de l’orthographe

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Sully-Prudhomme

Voici l’opinion de M. Sully Prudhomme, au sujet de la réforme de l’orthographe :

La question s’explique par les besoins nouveaux de notre pays. Pour faciliter les relations d’intelligences vouées au commerce et à l’industrie, on propose la simplification de l’orthographe. Il va de soi qu’une pareille tentative ne vise qu’un but pratique.

Mais il y a l’esthétique qu’on oublie. Depuis l’invention de l’imprimerie, l’habitude des yeux a fait de chaque mot une image, aujourd’hui, chaque mot est un visage, un visage familier. Et si, par économie, on décrète la suppression des doubles lettres, le mot, de cette sorte mutilé, devient borgne. Le dictionnaire ne tardera pas ainsi à se transformer en une véritable cour des miracles. Le regard des lettrés sera déconcerté et ne reconnaîtra plus ses anciens amis dans ces éclopés.

Mais l’intérêt général peut imposer le sacrifice d’une habitude aristocratique; au surplus, les nouvelles générations n’auront pas à souffrir de ces mutilations. Et si, décidément, le monde doit se transformer moralement et devenir un vaste foyer consacré à l’échange, il est naturel qu’une infime portion de l’espèce humaine soit sacrifiée à la prospérité financière et au progrès matériel d’une immense majorité.

« Gazette Française. »  Paris, 1905.

Question de français

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epicier.

Un commerçant du Quartier Latin avait placardé, sur son magasin, cet avis :

« La maison réouvrira en septembre. »

Un de ses clients, professeur de lycée, lui ayant fait observer qu’on dit rouvrir, notre homme substitua à son avis celui-ci :

« Rouverture en septembre. »

Nouvelle observation du professeur qui expliqua qu’on doit dire rouvrir et réouverture.

Que c’est donc difficile d’écrire le français ! s’écria le commerçant.

Réforme de l’orthographe

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bonnet-ane

La question de la réforme de l’orthographe a pris une certaine importance depuis quelque temps. L’un des promoteurs les plus actifs de cette réforme est certainement M. Barès qui y consacre depuis nombre d’années son temps et son argent. Voulant donner une forme pratique aux principes qu’il défend, M. Barès a fait une grammaire résumant les règles qui lui paraissent devoir constituer la structure de notre idiome écrit et parlé.

On le voit, c’est une révolution ayant pour conséquence la transformation de notre langue, révolution qui ferait que nos enfants liraient difficilement Racine, Bossuet, Victor Hugo et Lamartine. Tout en reconnaissant qu’avec les siècles une langue se modifie et que la nôtre peut être simplifiée, et tout en admirant la persévérance avec laquelle M. Barès poursuit la campagne qu’il a commencée, nous pensons que les lettrés conserveront longtemps encore une forme de langage qui a produit tant de chefs-d’œuvre.

La simplification de l’orthographe sera l’œuvre du temps et nous ne pensons même pas que le décret de M. Leygues puisse en hâter l’accomplissement.

« La Revue scientifique du Limousin. »  Musée national Adrien Dubouché, Limoges, 1899. 
Illustration : Benjamin Rabier. 

Orthographe commerciale

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Tout n’est pas rose dans le métier de mystificateur. Protot, le jovial commis voyageur qui passe son temps à fumister ses contemporains, en a fait l’autre jour la triste expérience. Après un excellent déjeuner dans le meilleur restaurant de Pontoise, il demande l’addition. A peine le garçon la lui a-t-il remise que Protot se récrie :

  Il y a une erreur … une grave erreur, clame-t-il.

Le patron lui-même vient s’enquérir :

  Une erreur, monsieur… Vous m’étonnez.
— Oui, monsieur, une erreur considérable même… Vous avez oublié quelque chose … 
— Cette caissière est d’une négligence … Voulez-vous avoir l’amabilité de me signaler cet oubli ?…

Et Protot, jubilant de sa bonne farce, souligne du doigt, sur le carton: « Veau aux carotes. »

Tenez, ici, monsieur, on a oublié un « t » !

Mais le patron n’a pas bronché. Il reprend l’addition des mains de Protot :

  Donnez, monsieur; je vais rectifier.

Et, deux minutes après, il rapporte au mauvais plaisant la note au bas de laquelle Protot, stupéfait, constate cette inattendue adjonction :

« Un thé, 75 centimes. »

Léon Valbert.  » Ma Revue « , Paris, 1907.