Oscar Wilde

Drames nuptiaux

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mante religieuse testclodOn sait bien que, chez les animaux, le mâle, à certains moment, est capable de tuer la femelle qui lui résiste. En automne le cerf est dominé par des désirs génésiques tellement impétueux qu’il peut abattre la biche qui n’accepte pas l’union.

Mais ce qui surprend le plus dans ce domaine de la physiologie comparée, c’est que la fête nuptiale elle-même peut aboutir, chez divers êtres, à la mort d’un des conjoints. Tous les curieux des choses de la nature connaissent les noces des abeilles, l’envolée de la reine par un temps calme et ensoleillé, sa poursuite par une troupe de mâles et l’accouplement qui, du fait de son mécanisme, est fatal pour l’élu. « Foudroyé par l’éclair nuptial, son corps vidé tournoie et tombe dans l’abîme. » (Maurice  Maeterlink.)

Mais, combien plus surprenantes encore ces unions se compliquant d’assassinat qu’il est possible de relever dans le monde des poissons et dans le monde des insectes !

La lamproie marine (Petromyzon marinus) est un poisson allongé qui, après avoir grandi dans la mer, pénètre dans les fleuves, comme le saumon, où il va s’apparier au début de la belle saison. Louis Roule nous a montré le mâle fixé par une ventouse à la tête de la femelle, fécondant les œufs quelle rejette. Or pareille union se termine par un meurtre. Le baiser du mâle « se complique de morsures et de déchirements. Ses dents trouent et déchiquettent » et, lorsqu’il se retire, l’époux laisse une victime agonisante, blessée, véritable loque sans résistance qu’emporte le courant.

Ailleurs c’est la femelle qui va devenir meurtrière. Chez certaines araignées, chez le grillon, on sait que le mâle peut être dévoré par la femelle, au dernier acte de la fête nuptiale. La mante mérite une mention particulière à ce point de vue; J.-L.-M. Poiret, J.-H.Fabre, P. Portier, R. Dubois. E. Patijaud observant Mantis religiosa, L. O. Howard, Philippe et Nelly Nan étudiant Mantis carolina ont fait de très intéressantes remarques que nous avons rapportées dans notre petit livre sur La vie de la Mante religieuse (1).

Ayant enfermé une mante femelle, on voulut lui donner un époux : mais, dès que le mâle jeté dans la prison se fut approché de la captive, celle-ci le saisit brusquement et lui trancha la tête. Décapité, mais non découragé, le galant n’en poursuit pas moins ses instances auprès de la cruelle. Le « mariage » eut lieu mais le lendemain la femelle acheva de dévorer l’époux.

Dans une cage où s’unissent une femelle et un mâle, on introduit une autre femelle. La nouvelle venue se précipite sur le couple, sépare brutalement les conjoints et engage avec sa rivale une lutte dont elle sort victorieuse. Le mâle, terrifié, s’est réfugié dans un angle de la cage, il voit la mante qui traîne sa victime au-dessous de lui et lui donne le spectacle d’un festin royal. Son repas terminé, l’ogresse s’occupe du mâle, elle le fait descendre de son refuge, lui coupe la tête, l' »épouse » et le dévore ensuite.

Pareil manège peut se répéter. Fabre n’a-t-il pas vu la même mante user jusqu’à sept mâles ? « A tous elle a fait payer de la vie l’ivresse nuptiale. »

Pareils drames nuptiaux, relevés dans le domaine de la physiologie comparée, font penser à la réflexion que répète sans cesse Oscar Wilde dans la Ballade de la Geôle de Reading : « Chacun tue ce qu’il aime ».

Léon Binet. Professeur de physiologie à la Faculté de Médecine

(1) LÉON BINET : La Vie de la mante religieuse. Paris 1931. Vigot, éditeur.

« Marianne. » Paris, 1933.
Photo d’illustration testclod

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Oscar Wilde s’en allait

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oscar wildeIl avait quitté la geôle de Reading au printemps 1899, après deux ans de cellule. Et bien vite on s’était aperçu que la prison avait brisé en lui toute volonté réelle. Il avait quitté l’Angleterre et résidait en France, à Paris.

Sur les boulevards, quelques mois avant sa mort, attablé avec Gide, il s’avoua Infiniment las. Cependant, comme Gide s’était assis en face de lui, c’est-à-dire de manière à tourner le dos aux passants, il s’affecta de ce geste qu’il devina (et il ne se trompait point), causé par un sentiment de respect humain et, dans un ultime sursaut de fierté, il protesta :

Oh ! Gide, mettez-vous donc là, près de moi… Quand jadis je rencontrais Verlaine, je ne rougissais pas de lui. mais je sentais que d’être vu prés de lui m’honorait, même quand Verlaine était ivre… 

Quelques instants après, Gide, s’efforçant de loi donner du courage et lui rappelant une ancienne promesse (Wilde devait écrire un drame) il s’excusa douloureusement : 

Je ne peux pas… mais, croyez-moi, il ne faut pas en vouloir à quelqu’un qui a été frappé. 

Gide ne devait plus le revoir vivant. 

Le 2 novembre 1900, comme, en ce jour des morts, un de ses amis, Robert Ross, avait passé une partie de sa soirée au Père-Lachaise, Wilde lui demanda s’il avait songé à choisir une place pour sa tombe. Ross plaisanta, mais, Wilde insistant lui cita quelques-unes des épitaphes qu’il aimerait voir graver sur sa pierre tombale. Il se sentait, en vérité, perdu. Le 27 seulement, les médecins qui le soignaient  (il vivait sous le nom de Sébastien Melmoth, qu’il portait depuis sa sortie de prison, dans un petit hôtel de la rue des Beaux-Arts) déclarèrent que tout espoir devait désormais être abandonné. Le 30 au matin, vers 5 heures demie, le râle commença. « On eut dit, déclara Ross, le grincement d’un cabestan ». Cette agonie dura plus de huit heures. De l’écume et du sang aux lèvres, Wilde se défendit désespérément contre la mort. A 1h50 cependant, il expirait.

« Sept personnes, écrit Gide dans ses « Prétextes », suivirent son enterrement; encore n’accompagnèrent-elles pas toutes jusqu’au bout le misérable convoi. Sur la bière, quelques fleurs, deux ou trois couronnes, dont une seule portait une Inscription, celle du propriétaire de l’hôtel, sur laquelle on lisait : « A mon locataire. » 

L’anecdote est trop belle pour être entièrement vraie. Suivaient l’enterrement de Wilde une soixantaine de personnes, parmi lesquelles MM. Stuart Merill, Paul Fort, Armand Point, Jean de Mitty, Charles Lucas, Marcel Batilliat, Darius Boisson, Ernest La Jeunesse, Michel Tavera, Henry-D. Davray, Frédéric Boutet, Sarluis et quelques autres; Raymond de la Tailhède et Jehan Rictus étaient venus la veille et avaient pu voir Wilde sur son lit de mort. Et il y eut en tout vingt-quatre couronnes, dont une portait l’Inscription : « A tribute to his litterary achievement and distinction. »  

L’inhumation eut lieu à Bagneux. Un don anonyme d’une admiratrice allemande permit, en 1909, de transférer au Père-Lachaise les cendres de Wilde, qui repose aujourd’hui sous le monument élevé à sa gloire (non sans quelques incidents) par le sculpteur Epstein.

Article de Léon Treich. « Le Petit journal. » Paris, 1935.
Image credit: ‘Oscar Wilde en Merrion’, taken by Carlos Luna, CC BY 2.0 (Flickr)

Citation du day

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Oscar_Wilde

L’éducation est une chose admirable, mais il est bon de se souvenir de temps en temps que rien de ce qui est digne d’être connu ne peut s’enseigner.

Oscar Wilde.