ouvriers

Toujours kif-kif

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trotskyVoici une anecdote racontée par Jean Béraud dans son livre Ce que j’ai vu à Moscou qui a fait tant de bruit.

A Kiev, M.Trotsky prononça un discours. On donna ensuite la parole aux contradicteurs. Chose surprenante, il s’en trouva un seul, l’ouvrier Efimoff… Ce travailleur parut à la tribune, une canne à la main. 

— Camarades, dit-il vous voyez cette canne. Elle va raconter l’histoire de la Révolution russe. Avant la Révolution, le pays était gouverné par les aristocrates, que vous représente la poignée de cette canne. Le fer que voici, c’étaient les forçats. Le milieu, c’étaient les ouvriers et les paysans. 

Il se tut, retourna la canne : 

La Révolution est faite, camarades. Les aristos sont en bas, les forçats en haut… et vous n’avez pas changé de place. 

J’allais oublier ce détail, consigné par le narrateur : L’ouvrier Efimoff, de Kiew, fut passé par les armes dans la semaine qui suivit.  

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Je n’oublie pas

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ambroise-croizat

M. Croizat le nouveau ministre du Travail nous fait part de ses projets

Ce matin, à 11 heures, s’est déroulée au ministère du Travail, rue de Grenelle, la cérémonie de passation des pouvoirs au nouveau ministre, M. Ambroise Croizat.

A l’issue de cette cérémonie, M. Croizat s’est prêté complaisamment aux questions des journalistes. Il a déclaré qu’il se proposait :

1° D’assurer la mise en application du plan de sécurité sociale voté il y a quelques mois par l’Assemblée consultative.

2° De remettre en vigueur les conventions collectives, l’institution des délégués du personnel, et les majorations afférentes aux heures supplémentaires.

Le nouveau ministre a indiqué qu’il envisageait, afin d’améliorer l’efficacité des comités d’entreprises de les orienter dans le sens des comités mixtes de production. De toute façon, a ajouté M. Croizat, une telle modification ne pourrait se faire qu’après consultation et accord des syndicats intéressés.

La retraite des vieux et les allocations familiales

Puis le ministre insiste sur son désir d’améliorer la retraite des vieux travailleurs dont il fut, à l’Assemblée consultative, on s’en souvient, le plus ardent promoteur. Mais M. Croizat ne se cache pas les difficultés que soulèveront les incidences financières de son projet.

Enfin, interrogé sur ses intentions à l’égard des allocations familiales, M. Croizat signale qu’il envisage un rajustement plus conforme au coût de la vie.

« Ce soir. » Paris, 1945.

Célérité marseillaise

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galere_construction

On vante beaucoup la célérité de nos constructeurs modernes qui livrent des vaisseaux en dix mois. Que diraient-ils des constructeurs du XVIIe siècle qui bâtissaient des galères en dix heures et demie. La chose advint, paraît-il, à Marseille en octobre 1679, et nous trouvons le fait consigné dans la Gazette de France du 11 novembre de la même année.

Le marquis de Seignelay, secrétaire d’État, était arrivé à l’arsenal de Marseille à six heures du matin. Aussitôt Brodart, intendant général des galères, donna un coup de sifflet, et huit cents ouvriers commencèrent à bâtir une galère. Chaque corps de métier portait un costume différent pour qu’on pût distinguer les diverses catégories d’ouvriers. A six heures et demie, la besogne était entreprise, et à cinq heures du soir la galère était achevée et équipée. Le maréchal duc de Vivonne, le marquis de Seignelay et le chevalier de Noailles montèrent dessus et allèrent jusqu’au château d’If. Voilà de la rapidité qui dépasse nos constructeurs modernes.

N’oublions pas que si le fait s’est passé à Marseille, la Gazette de France qui le relate était le journal officiel du temps.

« Gazette littéraire, artistique et bibliographique. »  Paris, 1892.
Illustration : peinture attribuée à Jean-Baptiste de La Rose l’Ancien.

La grève des chemins de fer

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greve-cheminotsNous avons failli ne plus avoir de voyages en chemin de fer. A l’exemple des employés de la Compagnie des omnibus et des garçons boulangers, les employés de chemins de fer ont tenté, eux aussi, de se mettre en grève.

Mais le sentiment public s’était trop vite et trop vivement prononcé contre eux pour que cette nouvelle grève aboutît : en quelques jours, en effet, elle a avorté. Elle avait donné lieu à beaucoup de réunions de grévistes, dont l’une, la principale, dans la salle du Tivoli Vaux-Hall, le 21 juillet. Elle a été marquée par un événement bien singulier.

Il s’agissait, dans cette réunion qui devait être décisive, d’emporter de haute lutte un vote qui décidât la grève générale, et pour l’obtenir il était nécessaire de prouver que le syndicat avait des fonds suffisants pour soutenir les grévistes. Le bureau venait d’être constitué, lorsqu’un « petit bleu » est remis solennellement au président. Celui-ci l’ouvre avec précipitation, et en donne aussitôt lecture avec une satisfaction non dissimulée. En voici le texte :

Chambre syndicale des ouvriers et employés de chemins de fer français.

Citoyens,

Votre cause me parait tellement juste que, pour en hâter le triomphe, je m’empresse de mettre à votre disposition la somme de 100,000 francs, jusqu’à concurrence d’un demi-million ou au résultat définitif et victorieux de la grève.

Chaque homme gréviste, à partir de demain, touchera 5 francs par jour (Paris et la province).

La Commission syndicale régulière peut venir percevoir chez moi, demain dix heures, 7, avenue Velasquez, parc Monceau.

Henri Cernuschi.

Des applaudissements unanimes accueillent l’annonce de ce subside non moins considérable qu’inattendu. Cependant quelques incrédules paraissent douter de l’authenticité du télégramme, et demandent qu’une délégation soit envoyée à M. Cernuschi pour s’assurer de la vérité.

Hélas… le télégramme était faux. M. Cernuschi était en voyage, et ne pensait guère à ce moment-là ni à la grève ni aux grévistes.

Ce télégramme n’était cependant pas l’œuvre d’un fumiste : il avait été rédigé par quelques-uns des principaux meneurs, dans l’espérance qu’il enlèverait le vote nécessaire à la grève.

« Gazette littéraire, artistique et bibliographique. »  Paris, 1891.

Illustration : Grève à Villeneuve : le cheminot Chevreau haranguant ses camarades à Vincennes. Agence Meurisse. 1920.

La grève des maçons

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ouvrier-patron

Lundi dernier, on remarquait à Lausanne un mouvement inaccoutumé. Un cortège composé de quelques centaines de maçons et autres ouvriers en bâtiment, parcourait la ville avec tambours et drapeaux. Une mouche avait piqué ce peuple travailleur.

Quelques patrons, chez qui la lecture de la Case de l’Oncle Tom n’avait sans doute pas causé grande émotion, venaient de prendre la résolution de supprimer l’heure de répit accordée aux ouvriers, dans l’après-midi, pour prendre quelque nourriture.

La carrière du maçon serait-elle trop lucrative, son travail offrirait-il trop de charmes, aurait-on peut-être semé, jusqu’ici, trop de roses sur le chemin de ce fidèle et assidu compagnon du granit, du mortier et de la truelle ?… Nous ne le pensons pas.

Messieurs les entrepreneurs, avez-vous bien examiné comment vit l’ouvrier qui exécute en prose les plans que vous tracez poétiquement sur le papier ; l’avez-vous remarqué, assis au bord d’un tas de pierre, mangeant à la hâte un morceau de pain sec; l’avez-vous vu quitter la ville pour se rendre dans un chantier plus éloigné, portant au bout d’un échalas l’éternelle miche de pain, et se contenter de cette simple nourriture variée par une soupe que les poissons pourraient revendiquer comme leur élément ?…

Vous me direz peut-être que le maçon a de nombreuses et bonnes aubaines, qu’il s’accorde assez souvent, dans les grands hôtels du Petit Saint-Jean, la bouillie aux haricots précédée et suivie d’un morceau de pain ; qu’il a pour dessert son brûle-gueule ; qu’il joue, le soir, à la maura ; que l’harmonica lui procure des jouissances artistiques ; qu’enfin, s’il ne se casse pas le cou en tombant d’un échafaudage, il a la chance, lorsqu’une maison est achevée, de boire quelques verres de petit blanc. Eh bien messieurs, si ces agréments peuvent vous sourire, allez les partager quelques jours et venez nous dire ensuite si la grève de lundi n’avait pas sa raison d’être.

« Le conteur vaudois : journal de la Suisse romande. » 1865.