palais Bourbon

Le salaire à la tâche 

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palais bourbonLe Parlement de la Nouvelle-Galles du Sud vient de présenter un projet qui ne manque peut-être pas de logique et, d’après lequel, les députés seraient rémunérés selon leur travail.

Il y aurait d’abord des jetons de présence, de telle sorte que l’on ne verrait plus, comme dans certains parlements d’Europe, des députés toucher leurs émoluments pour ne même pas se donner la peine, bien souvent, de se rendre à leur poste. En second lieu, on recevrait tant pour un rapport, tant pour un projet de loi. Et, en revanche, il y aurait des amendes pour les manquements au règlement, pour les injures qui seraient tarifées, les coups qui coûteraient particulièrement cher.

N’y a-t-il pas là une excellente idée pour équilibrer le budget ? 

Maurice Gérard. Paris, 1904.

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Ramonette au Palais-Bourbon

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guerardRamonette est un gros chat noir qui joue le rôle de pythonisse au Palais-Bourbon. Un jour de pluie, venant on ne sait d’où, Ramonette pénétra dans le salon de la Paix.

Au lieu de le chasser,le premier huissier qui le vit le caressa. Le félin mystérieux se faufila vers la buvette où l’excellent M. Coûtant, qui était, selon son habitude, en dispositions cordiales, lui jeta un sandwich. Ramonette croqua délicatement le sandwich et vint ensuite de frotter aux jambes du représentant d’Ivry. Depuis lors, toléré, caressé, nourri de jambon et de gâteaux, le chat devint gros et gras. 

Et on remarque chez lui une curieuse qualité prophétique : Ramonette sait quand va se produire la chute d’un ministère. On l’a vu pour M. Monis, pour M. Briand, pour M. Caillaux. Les jours de désastre gouvernemental, le poil de Ramonette se hérisse, ses griffes menacent et son œil gris flamboie. 

Dans le vote de la loi de trois ans, les ennemis du ministère eurent, un moment, l’espoir de triompher. M. Augagneur avait présenté un petit amendement qui, sans bruit, devait mettre le gouvernement par terre… 

Pendant qu’on dépouillait le scrutin, M. Jaurès, qui est superstitieux, se hâta discrètement vers la buvette pour consulter Ramonette. Or, jamais l’animal prophétique n’avait été de si belle humeur. 

Le leader socialiste soupira, puis retourna dans la salle des séances, pour entendre le président annoncer que l’amendement-Augagneur était repoussé…

« L’Écho du merveilleux. » Paris, 1913.
Illustration : Henri Guérard.

Adversaires politiques

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Ces jours derniers M. Neyrel, député des Pyrénées Orientales, recevait au Palais Bourbon une dépêche de Perpignan ainsi libellée :

« Toute votre maison saccagée. Tous vos papiers enlevés. Toutes vos archives disparues. »

Hélas ! s’écria-t-il, on m’apprend que des cambrioleurs ont mis ma maison au pillage. Ils ne m’ont rien laissé. Sûrement ce sont mes ennemis politiques qui les ont envoyés. Ah ! les bandits !

Quelques minutes après lui parvenait un second télégramme :

« Votre maison inondée. » 

Bon Dieu ! fit-il. Ces infâmes cambrioleurs, non contents de me dévaliser, auront crevé toutes les prises d’eau pour dissimuler leur méfait sous les apparences d’un accident !

A ce moment survient M. Brousse qui lui aussi est de Perpignan. On le met au courant de l’affaire.

Mais mon pauvre collègue, dit-il à M. Neyrel, vous ne savez donc pas que la Basse, la rivière qui traverse Perpignan, a tout-à-coup débordé. Vous n’avez pas été cambriolé. Mais de vos deux télégrammes, le premier est arrivé le second, et il faut en intervertir l’ordre pour, les comprendre. Votre maison a été inondée et l’eau a emporté toutes vos archives. Voilà quelle est la vérité et vous n’avez pas d’autre adversaire politique que cette maudite rivière.

On plaignit M. Neyrel et on s’amusa de sa plaisante erreur.

« Le Cri de Paris. » Paris,  1915.

Cythère au Palais-Bourbon

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giovanni-boldini

Depuis quelques semaines, les membres du Parlement sont accablés de libellés multicolores, de prospectus alléchants (c’est le terme exact) dans lesquels des matrones habiles leur proposent sans la moindre pudeur, des cours de langue anglaise ou de massage très spécial.

Que font nos députés ?

Les uns se fâchent et jettent au panier les réclames de ces Vénus tarifées. D’autres profitent discrètement des jours où il n’y a pas séance… D’aucuns encore, plus naïfs ou moins au courant des mille petits métiers de Cythère, se sont laissés prendre au piège. Certaines dames très peu habillées, de la rue Henri Monnier, se souviennent encore de la récente visite que leur fit un honorable député du midi de la France, lequel, en compagnie de son épouse, était venu leur demander le prix d’un cours complet de la langue de Lloyd George.

Mais les plus malicieux d’entre nos députés ont trouvé le bon moyen de se défaire de ces prospectus déshonnêtes en jouant un tour amusant à un de leurs collègues : Chaque fois qu’il vient à la Chambre pour prendre son courrier, l’abbé Lemire, à sa grande stupéfaction, constate la présence inattendue de circulaires de miss B… ou de lettres de Madame Georgette qui n’ont qu’un très vague rapport avec les affaires du pays.

Ajoutons que le sympathique représentant de Béthune est le premier à rire de cette plaisanterie.

« La Grimace. » Paris, 1916.
Peinture de Giovanni Boldini.

La fête à Léon

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C’était au temps où Gambetta demeurait au palais Bourbon. Il y donna, si l’on s’en souvient, une fête magnifique.

Ce jour-là, les ouvriers arrangeaient les salles en vue de la fête qui devait avoir lieu le soir. Un inspecteur entre, et, aspirant bruyamment l’air, donne les marques de la plus vive irritation.

— Quel est l’animal qui s’est permis de fumer ?
— L’animal, c’est moi,  répond une voix qui, tout comme la voix du père d’Hamlet, semble sortir des entrailles de la terre.

Plus effrayé qu’Horatio, l’inspecteur se confond en excuses.

— A quoi auriez-vous condamné l’ouvrier coupable ? reprend la voix sur un ton bonhomme.
— Dame, monsieur le président, à une amende quelconque.
— C’est à moi de la payer. Voici cinq louis que je vous prie de distribuer à ces braves gens.

« La Revue hebdomadaire. » Paris, 1905.