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L’éléphant blanc

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elephant-blancLe palais royal de Pnom-Penh est entouré d’une enceinte. En dehors de cette enceinte se trouvent d’autres palais où résident les ministres.

En face de la grande entrée de l’enceinte, on peut remarquer un grand hangar. On croirait un hangar d’aéroplanes. On pourrait penser que soudain va surgir un rapide monoplan. Point ! C’est là l’écurie de l’éléphant blanc qui figure dans certaines cérémonies.

L’éléphant blanc est vénéré par tous les Cambodgiens. Du reste, quand les cérémonies sont achevées, l’éléphant blanc est conduit à la campagne.

L’air de la ville ne lui vaut rien.

« Le Magasin pittoresque. » Paris, 1913.
Illustration : éléphant blanc au Amarapura Palace, 1855.

La fin d’un règne

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Pendant la bataille où se jouait son destin, Charles X était avec toute sa cour au palais de Saint-Cloud, transformé en radeau de la Méduse.

Le manque de provisions se faisait sentir, et les cuisines royales avaient bien du mal à nourrir convenablement tant de monde. Ce fut le comble de la disette, lorsque arrivèrent, le 29 juillet, les régiments de la garde royale chassés de Paris par l’émeute victorieuse. Les hommes étaient exténués et affamés, et le Dauphin qui était allé à leur rencontre n’entendit qu’un cri : « Du pain, du pain, Monseigneur ! voilà trois jours que nous nous battons sans manger ! » Le roi, informé de leur détresse, fit appeler son chambellan, le comte Hocquart et lui dit :

— Ma garde meurt de faim depuis trois jours. Faites-lui vite distribuer vingt mille rations de pain et de viande.
— Vingt mille rations, Sire ! se récria le chambellan effaré : je n’ai que deux cents  petits pains pour le service de votre majesté.

On ne savait comment ravitailler ces malheureux. On n’avait même pas l’argent nécessaire pour leur acheter du pain chez les boulangers du pays : on n’avait trouvé dans la caisse du roi que 4.000 francs qui furent vite épuisés. Et les troupes criaient toujours famine.

Alors M. de la Bouillerie, intendant de la liste civile, demanda une avance de fonds à
M. de Saulty, receveur général de Seine-et-Oise. Celui-ci refusa invoquant qu’il n’avait pas d’ordre du ministre des Finances, ni de crédit ouvert à ce sujet. Il ne pouvait donc payer régulièrement aucun mandat. Mais, ne voulant pas laisser périr d’inanition la garde royale, il proposa lui- même un expédient fort inattendu :

 C’est bien simple, envoyez piller ma caisse, dit- il en souriant : je céderai à la violence et je serai couvert.

Un peloton de grenadiers à cheval s’en fut donc pour le bon motif, cambrioler ses bureaux de Versailles, et en rapporta 16.000 francs. 

Voilà comment les régiments de Saint-Cloud purent dîner le soir du 29 juillet 1830.

« Ric et Rac : grand hebdomadaire pour tous. » Clermont-Ferrand / Paris, 1930.

L’empereur de Chine en balade

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On n’est pas Fils du Ciel pour cheminer sur la terre comme un simple mortel. Voici comment l’empereur de Chine se promène, notamment quand il va visiter, comme, il l’a fait dernièrement, les tombeaux de son impériale famille.

Le Fils du Ciel a fait le voyage dans un palanquin à seize porteurs. (Qu’est-ce que le vulgaire attelage à six ou à huit… chevaux des monarques européens auprès de cela !) Parmi les nombreux personnages de la suite, on remarquait les présidents des treize ministères, qui seuls étaient autorisés à se servir de chaises à porteurs. L’escorte particulière de l’empereur se composait de cinquante cavaliers. En sortant du palais, le cortège s’engagea sur une route nivelée pour la circonstance avec un soin admirable.

Selon le cérémonial en usage en Chine, défense avait été faite à la population de paraître dans les rues au moment du passage de l’empereur. Mais les humbles sujets avaient percé des petits trous dans les murs de leurs maisons, afin de pouvoir contempler les traits du Fils du Ciel et de l’impératrice régente.

Lorsque l’immense procession arriva dans la campagne, la consigne devint moins sévère : on permit aux paysans d’assister au passage du cortège, mais tous devaient s’agenouiller a une vingtaine de mètres de l’empereur.

« La Revue des journaux et des livres. »  Paris, 1885. 

Un comble

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Grande réception chez Me Campinchi. Au fumoir, repris par la déformation professionnelle, nos bons Maîtres parlent Palais. Les anecdotes succèdent aux anecdotes, émouvantes, égrillardes, bouffonnes.

Le regretté bâtonnier Chenu conte qu’il lui arriva, en sa jeunesse, de plaider, dans la même semaine, deux procès contradictoires intentés contre un peintre qui devait, depuis, faire une brillante carrière.

Un de ces procès demandait l’annulation du mariage contracté par l’artiste trois ans plus tôt. Motif allégué : impuissance physique du mari à donner des enfants à sa femme. L’autre procès était, au contraire, un procès en reconnaissance de paternité intentée par une servante du jeune peintre.

Lequel avez-vous gagné ? questionna Me Campinchi.

Le bâtonnier Chenu eut un petit rire :  

Je les ai gagnés tous les deux.

« Marianne : grand hebdomadaire littéraire. »  Paris, 1933. 

Charlemagne et le bon écuyer

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Voici une anecdote qui caractérise bien Charlemagne. Il révérait dans les ecclésiastiques, la dignité de leur caractère. Mais il voulait qu’ils s’y conformassent.

Un jeune homme auquel ce monarque venait de donner un évêché s’en retournait très satisfait. Le futur prélat s’étant fait amener son cheval, y monta si légèrement, que peu s’en fallut qu’il ne sautât par dessus. Charlemagne, qui le vit d’une fenêtre de son palais, l’envoya chercher.

Vous savez, lui dit-il, l’embarras où je suis pour avoir de bonnes troupes de cavalerie. Etant aussi bon écuyer que vous l’êtes, vous seriez fort en état de me servir : j’ai envie de vous retenir à ma suite : vous m’avez tout l’air de réussir, et d’être encore meilleur cavalier que bon évêque.

« Almanach littéraire ou Etrennes d’Apollon. »  Paris, 1792. 

Fantaisies de Crésus

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chateau-papier.....Si nous en croyons la Joven Espana (]a Jeune Espagne), une vaillante petite feuille qui vient de commencer tout dernièrement sa publication à Madrid, un Anglais archimillionnaire, Mr. Fay, établi à Guanajato (Mexique), serait en train de se payer le luxe d’une fantaisie aussi rare que phénoménale. 

Il a fait commencer la construction d’un magnifique palais qui n’aura pas moins de cent mètres de hauteur (à peine deux hectomètres de moins que la tour Eiffel !), tout entouré de jardins immenses, qui rappelleront les légendaires jardins suspendus de Babylone et auxquels donnera accès un ascenseur géant.

Mr. Fay  croit qu’il faut vivre à cette altitude pour être à l’abri des microbes qui infestent l’atmosphère des grandes villes.

Le palais aérien, qui portera le nom bien mérité de Palais Sémiramis, sera en communication téléphonique, avec la ville de Guanajato, et l’eau y sera amenée d’une source située à une certaine distance et dont Mr. Fay s’est également rendu propriétaire.

Le plus curieux de l’histoire, c’est que ce palais babylonien, que supporteront d’énormes pilastres de fer massif, sera entièrement construit en papier mâché…

Voilà, vraiment, qui n’est pas banal ! 

« La Revue des journaux et des livres. »  Paris, 1887.
Illustration : montage perso.