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Un sinistre bon mot

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Le roi Henri VIII d’Angleterre, ce tyran qui fit couler tant de sang, ayant appris que l’évêque John Fisher venait d’être élevé au cardinalat en récompense de sa fidélité au Saint-Siège, s’écria :

Le pape peut lui envoyer le chapeau de cardinal, mais je ferai en sorte qu’il n’ait pas de tête pour le porter !

Le cruel souverain tint parole : l’évêque fut décapité. 

« Le Petit Français illustré. » Paris, 1891.

Le Vatican à la page

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http://www.benedicte-illustration.net/

Les gens qui seraient portés à croire que l’Eglise retarde n’ont qu’à lire ce qui suit. On verra que le chef de la chrétienté est « dans le mouvement » et qu’il ne dédaigne aucune des conquêtes de la science, pas même celles qui jadis eussent fait rôtir leur auteur pour magie, sorcellerie et pacte avec Satan. 

Il est question d’éclairer le Vatican à la lumière électrique ! Il y a déjà au Vatican un très bel ascenseur. On y a installé également le téléphone. Un appareil fonctionne dans la chambre du Pape, ou plutôt dans un petit cabinet attenant, qui est tendu de rouge. Il est vrai que Léon XIII téléphone bien rarement. Il l’a fait, pourtant, dans les cas urgents, comme, par exemple, le jour où le P. Cornoldi, qui lui rendait visite, se trouva mal subitement. Le Pape courut à son appareil téléphonique pour avertir lui-même les jésuites. Et la Compagnie put ainsi envoyer chercher sans retard le malade. Mais, généralement, c’est le fidèle Centra qui téléphone pour le Pape. Parfois, aussi, ce sont ses neveux. 

Il y a au Vatican un bureau central, dans le poste des pompiers, on peut ainsi être mis en communication avec une vingtaine de personnes di primo cartello : le Pape, le secrétaire d’Etat, etc. Quand, de la ville, on veut téléphoner, par exemple, au cardinal Rampolla, on s’adresse au bureau de Rome, qui vous met en. communication avec le bureau du Vatican, et c’est celui-ci qui vous permet de correspondre avec le secrétaire d’Etat. Ce n’est qu’après la mort du cardinal Jacobini que l’on a pu établir au Vatican le téléphone, dont il était l’adversaire résolu, craignant que le Pape, qui l’appelait déjà assez fréquemment, ne s’en servît pour le déranger trop souvent… et l’empêcher de faire sa petite promenade.

« La Joie de la maison. »  Paris, 1892.
Dessin de Bénédicte.

De quelques usages de la paille

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Autrefois, quand un chanoine du chapitre de Notre-Dame venait à quitter sa prébende, soit par mort ou par démission, ses draps, son oreiller et son lit de plume appartenaient de droit aux pauvres de l’Hôtel-Dieu. A les planchers des appartements étaient jonchés de paille et de nattes.

On voit, en 1208, Philippe-Auguste faire don à l’Hôtel-Dieu de toute la paille de sa chambre et de son palais, lorsqu’il venait à quitter Paris Les églises étaient également jonchées de paille, mais pendant l’hiver seulement. En été on couvrait le sol de feuilles 

d’arbre et d’herbes odoriférantes. Comme il n’y avait pas de bancs, ceux des fidèles qui ne prenaient pas la précaution d’apporter leurs sièges avec eux s’asseyaient ou s’agenouillaient à terre. Il en était de même dans les écoles de Paris, où les jeunes élèves étaient couchés çà et là, pèle-mêle aux pieds des professeurs. Par une singulière et bizarre explication de cet usage, la bulle donnée à cet effet par le pape Urbain V, porte que c’était afin d’inspirer aux écoliers des sentiments d’humilité et de subordination.

On sait que la rue du Fouarre, occupée alors par les écoles, ne reçut son nom qu’à cause de la paille ou feurre dont elle était couverte. 

A propos de tabac à priser

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Le père Labat raconte dans son voyage aux îles de l’Amérique (1722) que « le tabac fut une pomme de discorde qui alluma la guerre entre les sçavants ».

« En seize cent quatre vingt dix neuf, dit ensuite le bon père dominicain, M. Fagon, premier médecin du Roi, n’ayant pu se trouver à une thèse de médecine sur le tabac à laquelle il devait présider en chargea un autre médecin. Le nez de ce médecin ne fut pas d’accord avec la langue, car on remarqua que pendant tout le temps que dura l’acte il eut la tabatière à la main et ne cessa de prendre du tabac. La conclusion de la thèse était que le tabac abrégeait la vie. »

On sait que Napoléon prisait outrageusement. Avant lui, le jeune Arouet avait de très bonne heure contracté semblable habitude. Il arriva qu’un jour où il faisait sauter sa tabatière pendant la classe, on la lui confisqua, et il fit, paraît-il, une supplique en vers pour la ravoir.

On sait aussi que Voltaire détestait les jeux de mots. Cependant le tabac lui en fit commettre un… bien mauvais.

« Je préfère, aurait-il dit un jour, une once de tabac à un nonce du pape. »

« Hier, aujourd’hui, demain. Gazette historique. »  Paris, 1923.

L’ancêtre

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Le Dr Babinski (le frère du Babinski gastronome, Ali-Bab, celui qui vient d’avoir le prix des Vignes de France)  a soigné le roi d’Espagne. Il est resté une fois huit jours près de lui. Et Alphonse XIII lui a raconté cette belle histoire :

Dans un de mes séjours à Paris, avant la guerre, j’ai voulu connaître un de vos grands artistes, Toulouse-Lautrec. J’ai été le voir à son atelier. Je savais qu’il appartenait à une des plus vieilles familles de France. Je lui ai parlé de ceux de ses ancêtres qui s’étaient illustrés aux Croisades et sur tant de champs de bataille… Il me regarda d’une drôle de façon, comme un homme qui trouvait fastidieux qu’on lui rappelât ces choses… Et il me dit :

Vous savez, Sire, il n’y a qu’un seul de mes ancêtres pour qui j’aie de la sympathie, c’est Romuald de Toulouse-Lautrec, parce que le pape l’excommunia… J’en demande pardon à Votre Majesté très catholique, mais il me botte, cet ancêtre-là ! Pour donner plus de force à son excommunication, le pape lui fit porter la bulle par le nonce… Et savez-vous ce qu’il fit, Sire, mon ancêtre ? Il poignarda le nonce, et, ensuite, il le… tout chaud !

Les trois points remplacent un mot impossible à répéter, mais qui est très expressif et qui montre que ce fameux ancêtre avait des moeurs singulières…

« Le Quotidien de Montmartre : journal hebdomadaire. »  Paris, 1930.
Illustration : Maurice Guibert.

Gratitude

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Sancho-IV-de-CastillaDon Sanche, second fils d’Alphonse, roi de Castille, étant à Rome, fut proclamé roi d’Egypte par le pape.

Tout le monde applaudit dans le consistoire à cette élection. Entendant le bruit des applaudissements sans en savoir le sujet, le prince demanda à son interprète qui se trouvait à ses pieds de quoi il était question :

Sire, lui dit l’interprète, le pape vient de vous créer roi d’Egypte. 
Il ne faut pas être ingrat, répondit le prince ; lève-toi et proclame le saint-père calife de Bagdad.

« Hier, aujourd’hui, demain. »  Paris, 1923.

Acqua alle corde !

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En se plaçant sur l’escalier de Saint-Pierre au Vatican, on a devant soi l’obélisque égyptien, tiré du cirque de Néron. Il a cent vingt-quatre pieds de hauteur, à partir du pavé jusqu’à l’extrémité de la croix dont il est surmonté. On sait que Sixte-Quint fit placer ici cet obélisque en 1586, presqu’un siècle avant la construction de la colonnade. Mais peu de personnes connaissent une anecdote intéressante à laquelle cette opération donna lieu.

Le transport de l’obélisque de l’emplacement où est maintenant la sacristie de Saint-Pierre, et son élévation sur le piédestal eurent lieu sous la direction de Fontana, à l’aide de huit cents hommes, de cent soixante chevaux et de nombreuses mécaniques, et occasionnèrent une dépense de 300.000 francs.

Sixte-Quint s’était fait détailler, par Fontana, les moyens qu’il comptait employer pour élever sans accident, une masse aussi considérable. L’architecte exigeait le plus grand silence, de manière à ce que l’on pût entendre distinctement ses ordres. Sixte-Quint prononça la peine de mort contre le premier spectateur, de quelque rang, de quelque condition qu’il fût qui proférerait un cri.

Le 1o septembre 1586, la place se remplit de bonne heure d’une foule considérable qui connaissait l’édit et avait la ferme résolution d’y obéir. Ce peuple, si sensible aux arts, prenait un vif intérêt à l’opération, et gardait le plus religieux silence. Le travail commence. Un mécanisme admirable, des cordes habilement distribuées et mises en mouvement, soulèvent l’obélisque, le portent comme par enchantement vers la base disposée pour le recevoir. Le pape, qui était présent, encourageait les ouvriers par des signes de tête. On allait atteindre le but. Fontana parlait seul il commandait une dernière manoeuvre tout-à-coup un homme s’écrie du milieu de la foule et d’une voix retentissante

« Acqua alle corde ! (de l’eau aux cordes). »

II s’avance aussitôt et va se livrer aux gardes placés près de l’instrument du supplice dressé sur la place même. Fontana regarde avec attention les cordes, voit qu’effectivement elles sont tendues, qu’elles vont se rompre. Il ordonne qu’on les mouille; à l’instant elles se desserrent, et l’opération s’achève au milieu des applaudissements universels.

Fontana court à l’homme qui avait crié Acqua alle corde, l’embrasse, le conduit au pape, à qui il demande sa grâce. Elle lui est accordée avec une pension considérable, et le lendemain le Saint-Père lui conféra de plus le privilége dont jouit encore sa famille, de fournir les palmes qu’on distribue dans les églises le jour des Rameaux. Une fresque des chambres de la bibliothèque du Vatican représente cette scène extraordinaire.

« Journal d’un voyage en Italie et en Suisse pendant l’année 1828. »  Romain Colomb, Paris, 1833.