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La prise du Pape

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Ce qui est le plus pénible à Léon XIII, en ce moment, c’est que, par ordre de ses médecins, il doit s’abstenir de priser. Il ne ressemble pas à ses prédécesseurs, à Urbain VIII et à Innocent X, qui poussaient la haine contre le tabac à un point extraordinaire.

Urbain VIII défendait aux prêtres de priser dans l’église sous peine de péché et même d’excommunication s’ils prisaient a l’autel, comme le font certains prêtres espagnols. Innocent X était encore plus sévère : le 1er février 1650, il signa un bref défendant à qui que ce soit, sous peine d’excommunication, de priser dans la basilique du Vatican, sous prétexte que la prise faisait éternuer, et que la majesté du lieu en était offensée.

Cette prohibition ne fut abrogée que le 16 janvier 1725 par Benoît XIII, grand priseur devant l’Eternel, comme l’est actuellement Léon XIII.

« Arcachon-journal. »  1899.

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Il ne s’est rien passé dans la nuit du 4 août

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Alors que la nuit du 4 août 1789 vit l’abolition des privilèges, celle du 4 août 1936 ne vit rien se produire de sensationnel. Bien que les comètes aient « mauvais œil », du moins selon les croyances populaires, celle du 4 août 1936 est passée impunément tout près de la Terre, à peine à 26 millions de kilomètres. A la vérité, personne, cette fois, n’eut peur, et l’époque n’est plus où les comètes étaient considérées comme de sinistres présages de cataclysmes, de morts subites de personnages illustres, d’épidémies, de guerre, et même de la fin du monde !

Donc, cette comète Peltier, ainsi nommée du nom de l’astronome amateur américain qui l’a retrouvée et signalée au début de cette année, ne nous a apporté aucune des catastrophes redoutées. A moins qu’on ne lui attribue la guerre civile d’Espagne, ou le triste été que nous subissons. Le 8 juillet, elle est passée à son périhélie, c’est-à-dire au point de son parcours le plus rapproché du soleil, et l’autre nuit, celle du 4 août, elle était donc à sa plus courte distance de notre monde, c’est-à-dire qu’à part la lune elle était l’astre le plus rapproché de nous. On ne l’avait pas vue depuis Clovis, ce qui n’est rien d’ailleurs à côté de sa révolution autour du soleil qui dure quarante-cinq siècles !

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En tous cas, sa queue n’a pas balayé la Terre ! Les humains ont eu moins peur qu’en 1910, où l’idée de la fin du monde s’était terriblement ancrée dans l’esprit de beaucoup de gens. Une inquiétude singulière s’était manifestée, surtout en Hongrie, où plusieurs personnes mirent fin à leurs jours pour ne plus vivre dans l’angoisse.

« Je me suicide avant d’être tué, écrivait un Hongrois, je crains la mort apportée par un astre !« 

La panique fut d’ailleurs telle en Hongrie, que les instituteurs et les prêtres durent multiplier les conférences pour rassurer le peuple. Beaucoup pour faire bombance jusqu’à leur dernière heure, avaient vendu tout ce qu’ils possédaient, tant ils étaient certains de mourir le 18 mai, jour où le phénomène se manifesta. D’autres se jetèrent dans des puits, non sans avoir la précaution d’enfouir dans leurs poches, tout leur argent. Près de Trèves, en Allemagne, une mère devenue folle de terreur, noya son bébé, tandis qu’à Moscou les trois quarts des gens semblaient avoir été gagnés par la folie. Une grande dame jugea bon de s’adonner à l’alcoolisme pour ne rien « ressentir ». A Odessa des prières eurent lieu dans toutes les églises, pour supplier le ciel d’épargner le cataclysme à la Russie.

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C’était la fameuse comète de Halley, visible tous les 76 ans. qui avait provoqué une telle alarme, et qui, d’après certains, annonça la mort du roi d’Angleterre Edouard VII.

La première fois qu’on l’observa, ce fut en 837. Lorsqu’elle apparut dans le ciel. l’Empereur Louis le Débonnaire, affolé, appela son « astronome » qui lui annonça un changement de règne et la mort prochaine d’un prince. Le fils de Charlemagne, qui en avait conclu que sa propre vie était en jeu se livra à la prière et au jeûne. Il devait mourir trois ans plus tard.

Ce fut la même comète qui se manifesta en 1066, lors du débarquement des Normands en Angleterre. Les chroniqueurs prétendirent qu’elle servit de guide aux envahisseurs. A Bayeux, on voit une tapisserie attribuée à la femme de Guillaume le Conquérant où est représenté le roi Harold entouré de ses sujets tournant les yeux vers le ciel et levant les bras vers l’étoile fatale annonçant la bataille d’Hastings.

En 1264, la terreur provoquée par la comète ne contribua pas peu à la mort du pape Urbain IV et en 1456 le pape Calixte III lança l’anathème sur la comète et les Turcs ennemis de la Chrétienté qui assiégeaient Belgrade. Le pontife avait prescrit des prières spéciales, et c’est de cette époque que date l’Angélus de Midi.

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« Voilà mes destinées qui m’appellent ! » s’était écrié Charles Quint en 1531. lorsque la comète qu’Halley devait si bien observer plus tard se signala à nouveau. Celui qu’on put un moment considérer comme le maître du monde abdiqua, et ayant pris la bure monacale pour remplacer sa pourpre impériale, il se retira au monastère de Yuste.

Au printemps de 1773, le bruit s’était répandu qu’une comète devait bientôt se trouver sur le chemin de la Terre, la heurter, et infailliblement la broyer. L’alarme fut vive, notamment à Paris bien que l’astronome Lalande s’efforçât de rassurer la population et malgré les railleries de Voltaire dont on se rappelle la strophe :

Comète que l’on craint à l’égal du tonnerre,
Cessez d’épouvanter les peuples de la Terre
Dans un ellipse immense achevez votre cours.
Remontez, descendez près de l’astre des jours,
Lancez vos feux, volez, et revenant, sans cesse,
Des mondes épuisés ranimez la vieillesse.

Déjà Molière par la bouche de Trissotin n’avait-il pas évoqué la frayeur qui causaient les terribles nébuleuses :

Nous l’avons en dormant, Madame, échappé belle !
Un monde près de nous a passé tout au long
Et chu au travers de notre tourbillon,
Et s’il eut en chemin rencontré notre Terre
Elle eut été brisée en morceaux comme verre !

Presque toujours l’annonce de ces phénomènes célestes jetait les peureux dans les monastères ou les poussaient à léguer leurs fortunes aux moines.

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Comme une humble servante, Catherine de Médicis allait consulter l’astrologue Ruggieri sur l’influence que les astres voyageurs pouvaient exercer sur l’avenir de ses fils.

Cependant, « les Filles de l’espace » sont quelquefois bienveillantes : la comète de 1811 coïncida avec de merveilleuses récoltes et surtout des vendanges prodigieuses.

H. Cossira.« Le Monde illustré. » juin 1936.

Un sinistre bon mot

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Le roi Henri VIII d’Angleterre, ce tyran qui fit couler tant de sang, ayant appris que l’évêque John Fisher venait d’être élevé au cardinalat en récompense de sa fidélité au Saint-Siège, s’écria :

Le pape peut lui envoyer le chapeau de cardinal, mais je ferai en sorte qu’il n’ait pas de tête pour le porter !

Le cruel souverain tint parole : l’évêque fut décapité. 

« Le Petit Français illustré. » Paris, 1891.

Le Vatican à la page

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http://www.benedicte-illustration.net/

Les gens qui seraient portés à croire que l’Eglise retarde n’ont qu’à lire ce qui suit. On verra que le chef de la chrétienté est « dans le mouvement » et qu’il ne dédaigne aucune des conquêtes de la science, pas même celles qui jadis eussent fait rôtir leur auteur pour magie, sorcellerie et pacte avec Satan. 

Il est question d’éclairer le Vatican à la lumière électrique ! Il y a déjà au Vatican un très bel ascenseur. On y a installé également le téléphone. Un appareil fonctionne dans la chambre du Pape, ou plutôt dans un petit cabinet attenant, qui est tendu de rouge. Il est vrai que Léon XIII téléphone bien rarement. Il l’a fait, pourtant, dans les cas urgents, comme, par exemple, le jour où le P. Cornoldi, qui lui rendait visite, se trouva mal subitement. Le Pape courut à son appareil téléphonique pour avertir lui-même les jésuites. Et la Compagnie put ainsi envoyer chercher sans retard le malade. Mais, généralement, c’est le fidèle Centra qui téléphone pour le Pape. Parfois, aussi, ce sont ses neveux. 

Il y a au Vatican un bureau central, dans le poste des pompiers, on peut ainsi être mis en communication avec une vingtaine de personnes di primo cartello : le Pape, le secrétaire d’Etat, etc. Quand, de la ville, on veut téléphoner, par exemple, au cardinal Rampolla, on s’adresse au bureau de Rome, qui vous met en. communication avec le bureau du Vatican, et c’est celui-ci qui vous permet de correspondre avec le secrétaire d’Etat. Ce n’est qu’après la mort du cardinal Jacobini que l’on a pu établir au Vatican le téléphone, dont il était l’adversaire résolu, craignant que le Pape, qui l’appelait déjà assez fréquemment, ne s’en servît pour le déranger trop souvent… et l’empêcher de faire sa petite promenade.

« La Joie de la maison. »  Paris, 1892.
Dessin de Bénédicte.

De quelques usages de la paille

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Autrefois, quand un chanoine du chapitre de Notre-Dame venait à quitter sa prébende, soit par mort ou par démission, ses draps, son oreiller et son lit de plume appartenaient de droit aux pauvres de l’Hôtel-Dieu. A les planchers des appartements étaient jonchés de paille et de nattes.

On voit, en 1208, Philippe-Auguste faire don à l’Hôtel-Dieu de toute la paille de sa chambre et de son palais, lorsqu’il venait à quitter Paris Les églises étaient également jonchées de paille, mais pendant l’hiver seulement. En été on couvrait le sol de feuilles 

d’arbre et d’herbes odoriférantes. Comme il n’y avait pas de bancs, ceux des fidèles qui ne prenaient pas la précaution d’apporter leurs sièges avec eux s’asseyaient ou s’agenouillaient à terre. Il en était de même dans les écoles de Paris, où les jeunes élèves étaient couchés çà et là, pèle-mêle aux pieds des professeurs. Par une singulière et bizarre explication de cet usage, la bulle donnée à cet effet par le pape Urbain V, porte que c’était afin d’inspirer aux écoliers des sentiments d’humilité et de subordination.

On sait que la rue du Fouarre, occupée alors par les écoles, ne reçut son nom qu’à cause de la paille ou feurre dont elle était couverte. 

A propos de tabac à priser

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Le père Labat raconte dans son voyage aux îles de l’Amérique (1722) que « le tabac fut une pomme de discorde qui alluma la guerre entre les sçavants ».

« En seize cent quatre vingt dix neuf, dit ensuite le bon père dominicain, M. Fagon, premier médecin du Roi, n’ayant pu se trouver à une thèse de médecine sur le tabac à laquelle il devait présider en chargea un autre médecin. Le nez de ce médecin ne fut pas d’accord avec la langue, car on remarqua que pendant tout le temps que dura l’acte il eut la tabatière à la main et ne cessa de prendre du tabac. La conclusion de la thèse était que le tabac abrégeait la vie. »

On sait que Napoléon prisait outrageusement. Avant lui, le jeune Arouet avait de très bonne heure contracté semblable habitude. Il arriva qu’un jour où il faisait sauter sa tabatière pendant la classe, on la lui confisqua, et il fit, paraît-il, une supplique en vers pour la ravoir.

On sait aussi que Voltaire détestait les jeux de mots. Cependant le tabac lui en fit commettre un… bien mauvais.

« Je préfère, aurait-il dit un jour, une once de tabac à un nonce du pape. »

« Hier, aujourd’hui, demain. Gazette historique. »  Paris, 1923.

L’ancêtre

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Le Dr Babinski (le frère du Babinski gastronome, Ali-Bab, celui qui vient d’avoir le prix des Vignes de France)  a soigné le roi d’Espagne. Il est resté une fois huit jours près de lui. Et Alphonse XIII lui a raconté cette belle histoire :

Dans un de mes séjours à Paris, avant la guerre, j’ai voulu connaître un de vos grands artistes, Toulouse-Lautrec. J’ai été le voir à son atelier. Je savais qu’il appartenait à une des plus vieilles familles de France. Je lui ai parlé de ceux de ses ancêtres qui s’étaient illustrés aux Croisades et sur tant de champs de bataille… Il me regarda d’une drôle de façon, comme un homme qui trouvait fastidieux qu’on lui rappelât ces choses… Et il me dit :

Vous savez, Sire, il n’y a qu’un seul de mes ancêtres pour qui j’aie de la sympathie, c’est Romuald de Toulouse-Lautrec, parce que le pape l’excommunia… J’en demande pardon à Votre Majesté très catholique, mais il me botte, cet ancêtre-là ! Pour donner plus de force à son excommunication, le pape lui fit porter la bulle par le nonce… Et savez-vous ce qu’il fit, Sire, mon ancêtre ? Il poignarda le nonce, et, ensuite, il le… tout chaud !

Les trois points remplacent un mot impossible à répéter, mais qui est très expressif et qui montre que ce fameux ancêtre avait des moeurs singulières…

« Le Quotidien de Montmartre : journal hebdomadaire. »  Paris, 1930.
Illustration : Maurice Guibert.