pape

Gratitude

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Sancho-IV-de-CastillaDon Sanche, second fils d’Alphonse, roi de Castille, étant à Rome, fut proclamé roi d’Egypte par le pape.

Tout le monde applaudit dans le consistoire à cette élection. Entendant le bruit des applaudissements sans en savoir le sujet, le prince demanda à son interprète qui se trouvait à ses pieds de quoi il était question :

Sire, lui dit l’interprète, le pape vient de vous créer roi d’Egypte. 
Il ne faut pas être ingrat, répondit le prince ; lève-toi et proclame le saint-père calife de Bagdad.

« Hier, aujourd’hui, demain. »  Paris, 1923.

Acqua alle corde !

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obelisque

En se plaçant sur l’escalier de Saint-Pierre au Vatican, on a devant soi l’obélisque égyptien, tiré du cirque de Néron. Il a cent vingt-quatre pieds de hauteur, à partir du pavé jusqu’à l’extrémité de la croix dont il est surmonté. On sait que Sixte-Quint fit placer ici cet obélisque en 1586, presqu’un siècle avant la construction de la colonnade. Mais peu de personnes connaissent une anecdote intéressante à laquelle cette opération donna lieu.

Le transport de l’obélisque de l’emplacement où est maintenant la sacristie de Saint-Pierre, et son élévation sur le piédestal eurent lieu sous la direction de Fontana, à l’aide de huit cents hommes, de cent soixante chevaux et de nombreuses mécaniques, et occasionnèrent une dépense de 300.000 francs.

Sixte-Quint s’était fait détailler, par Fontana, les moyens qu’il comptait employer pour élever sans accident, une masse aussi considérable. L’architecte exigeait le plus grand silence, de manière à ce que l’on pût entendre distinctement ses ordres. Sixte-Quint prononça la peine de mort contre le premier spectateur, de quelque rang, de quelque condition qu’il fût qui proférerait un cri.

Le 1o septembre 1586, la place se remplit de bonne heure d’une foule considérable qui connaissait l’édit et avait la ferme résolution d’y obéir. Ce peuple, si sensible aux arts, prenait un vif intérêt à l’opération, et gardait le plus religieux silence. Le travail commence. Un mécanisme admirable, des cordes habilement distribuées et mises en mouvement, soulèvent l’obélisque, le portent comme par enchantement vers la base disposée pour le recevoir. Le pape, qui était présent, encourageait les ouvriers par des signes de tête. On allait atteindre le but. Fontana parlait seul il commandait une dernière manoeuvre tout-à-coup un homme s’écrie du milieu de la foule et d’une voix retentissante

« Acqua alle corde ! (de l’eau aux cordes). »

II s’avance aussitôt et va se livrer aux gardes placés près de l’instrument du supplice dressé sur la place même. Fontana regarde avec attention les cordes, voit qu’effectivement elles sont tendues, qu’elles vont se rompre. Il ordonne qu’on les mouille; à l’instant elles se desserrent, et l’opération s’achève au milieu des applaudissements universels.

Fontana court à l’homme qui avait crié Acqua alle corde, l’embrasse, le conduit au pape, à qui il demande sa grâce. Elle lui est accordée avec une pension considérable, et le lendemain le Saint-Père lui conféra de plus le privilége dont jouit encore sa famille, de fournir les palmes qu’on distribue dans les églises le jour des Rameaux. Une fresque des chambres de la bibliothèque du Vatican représente cette scène extraordinaire.

« Journal d’un voyage en Italie et en Suisse pendant l’année 1828. »  Romain Colomb, Paris, 1833.

Les miracles de Notre-Dame du Répit

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Dans le petit village d’Avioth (Meuse) s’élève une somptueuse basilique dont la construction au XIIIe siècle s’explique par la découverte, deux siècles plus tôt, d’une statue miraculeuse de la Vierge.

Avioth-procession.

Les pèlerins qui venaient implorer cette dernière déposaient leurs offrandes dans la Recevresse, une élégante chapelle de forme hexagonale. A une époque où le nombre d’enfants mort-nés et la mortalité infantile étaient très élevés, les nourrissons décédés avant d’avoir été baptisés ne pouvaient être enterrés, chrétiennement, ni aller au paradis. De nombreux parents transportaient donc le corps de leur enfant jusqu’à la statue miraculeuse d’un sanctuaire à répit. Ils attendaient le signe de vie (changement de couleur, mouvement du corps, saignement, sueur chaude) qui permettrait de le baptiser.

On estime à 135 le nombre de miracles qui y furent recensés, entre 1625 et 1673. A la fin du XVIIe siècle, l’évêque de Toul interdit la pratique des répits. Le pape la condamna en 1729. A Avioth, elle perdurera clandestinement jusqu’au milieu du XIXe siècle.

« A la découverte de la France mystérieuse. »  Sélection du Reader’s Digest. Mai 2001.

Titre bien conservé

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Henry-VIII

On sait que le roi Henri VIII d’Angleterre, lors des premiers mouvements de la réforme religieuse, écrivit de la façon la plus énergique contre Luther, ce qui fut cause que le pape lui décerna le titre de défenseur de la foi, titre dont ce prince était très glorieux.

Patels, son fou de cour, disait à ce monarque :

« Eh ! mon cher Henri, tâchons de nous défendre et laissons la foi se défendre toute seule ! »

Or le défenseur de la foi, mécontent de l’opposition que le Saint Père faisait à ses idées de divorce, rompit bientôt avec Rome, et déclara le schisme dit anglican, qui subsiste encore.

Mais, détail singulier, il ne renonça pas pour cela au titre que lui avait conféré le chef de l’Eglise romaine, et que ses successeurs ont tous continué à porter depuis. On peut, en effet, voir encore de nos jours, dans l’exergue des monnaies anglaises, le nom de la reine Victoria, suivi des deux lettres F. D, qui signifient Fidei defensor.

« Musée des familles. »  Ch. Delagrave, Paris, 1897.

La moutarde

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pub-moutarde

Ce condiment, sans être vieux comme le monde, remonte cependant à une antiquité très respectable.

Les Grecs l’appelaient sinapis (notre pharmacopée lui a conservé ce nom), et ils l’employaient réduite en poudre dans leurs ragoûts, comme nous employons le poivre. Les Hébreux et les Romains l’employaient comme les Grecs. Ce n’est qu’à dater de l’ère chrétienne qu’ils la préparèrent en pâte liquide en broyant le sinapis dans un mortier et en le délayant ensuite avec du vinaigre.

Sous saint Louis, les vinaigriers avaient seuls le droit de faire de la moutarde. A cette époque, les sauciers (une industrie perdue), à l’heure du dîner, portaient des sauces dans les maisons et couraient les rues de Paris en criant :

« Sauce à la moutarde ! — sauce à l’ail ! — sauce à la ciboule ! — sauce au verjus ! — sauce à la ravigote ! »

Qui en voulait appelait le marchand et choisissait selon son goût.

Louis XI, quand il allait dîner en ville, portait toujours son pot de moutarde avec lui.

Le pape avignonnais Jean XXII raffolait de la moutarde; ne sachant que faire d’un de ses neveux, qui n’était absolument bon à rien, il créa pour lui la charge de premier moutardier. De là le dicton appliqué aux sots vaniteux de premier moutardier du Pape.

La moutarde nous rappelle un incident scientifique qui remonte à une trentaine d’années et qui fit beaucoup rire :

Un savant avait trouvé dans des décombres un vase de faïence commun, dont la forme vulgaire se rapprochait beaucoup des vases domestiques nocturnes que nous employons, et sur lequel étaient peintes ces lettres : 

M. U. S. T.

A. R. D. A. D. I.

J. O. N. I. S.

L’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres fut convoquée d’urgence, et l’un des chambellans de la docte assemblée affirma que l’inscription signifiait :

« Vase contenant des parfums destinés à être brûlés en l’honneur de Jupiter. »

Et la trouvaille fut placée dans un musée.

Un jour, un épicier, qui visitait le musée, s’écria à la vue du fameux vase : « Ah ! un pot à moutarde ! »

Mustarda Dijonis : c’était écrit ! 

Le lendemain, le pot était extrait des vitrines et jeté avec mépris sur le pavé.

« La Revue des journaux et des livres. »  Paris, 1887.

Une distinction délicate

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Le pape Clément XIV, l’un des plus dignes successeurs du pieux et tolérant Benoît XIV, faisait un jour des observations tout apostoliques à l’archevêque-électeur de Cologne, sur le luxe effréné et l’appareil plus que mondain qu’il déployait dans son archevêché.

Ce prélat, en effet, ne sortait jamais de son palais sans être accompagné d’une suite nombreuse et bruyante de gentilshommes des plus élégants, et escorté d’une compagnie de soldats à cheval.

Très Saint-Père, répondit l’Archevêque, je supplie humblement Votre Sainteté de faire cette distinction : Je suis à la fois Prince de l’Empire et Dignitaire de l’Eglise. Quand je sors de ma résidence pour parcourir les rues de Cologne, c’est en ma qualité de prince que je développe la pompe militaire digne de mon rang. Mais, dans ma cathédrale, c’est le pontife qui officie, et là, je suis seulement entouré de mon chapitre et de mon seul clergé.

A merveille, reprit le pape, avec un doux et fin sourire, mais, dites-moi, mon bien aimé fils, quand le Prince ira au diable, que deviendra l’Archevêque ?

« L’Album photographique universel. »  Bordeaux, 1865.

Un pape excommunié

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Un curé de l’église de Saint-Germain-l’Auxerrois se distingua, en 1245. Pendant que les papes, et notamment Innocent IV, persécutaient à coups d’excommunication l’empereur Frédéric II, il monta en chaire, et dit:

Écoutez tous, mes frères. Je suis chargé de prononcer un terrible anathème contre l’empereur Frédéric, au son des cloches et avec les cierges allumés. J’ignore les raisons qui servent de base à cet arrêt: seulement je connais la discorde et la haine qui existent entre le pape et l’empereur; je sais aussi qu’ils se chargent mutuellement d’injures, c’est pourquoi, autant qu’il est en mon pouvoir, j’excommunie l’oppresseur, et j’absous celui qui souffre une persécution aussi pernicieuse à la religion chrétienne. 

Le bruit de cette excommunication originale se répandit bientôt dans toute l’Europe. Le curé fut récompensé par l’empereur et puni par le pape.

« Singularités historiques. »  Jacques-Antoine Dulaure, Baudouin frères, Paris, 1825.