papier-monnaie de la charité

Le papier-monnaie de Nantes

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jean-françois milletMonseigneur l’évêque de Nantes vient de créer dans son diocèse une nouvelle monnaie, le « papier-monnaie » de la charité. Voici un passage de la circulaire adressée à ce sujet aux curés de sa ville épiscopale

« J’ai souvent remarqué qu’on est assez peu disposé à donner de l’argent aux pauvres, surtout à ceux qu’on ne connaît pas. On craint, à tort ou à raison, que cet enfant, que cet homme même qui réclame notre charité, n’en abuse, que la famille n’en profite pas et que le cabaret ou le jeu n’absorbe notre aumône. Si nous avions toujours sous la main un moyen certain de soulager la misère, d’apaiser la faim, sans courir le danger d’encourager l’ivrognerie et le désordre, nous serions bien plus généreux, nous suivrions bien plus facilement l’attrait de notre cœur, le mouvement de notre charité. 

Or, il m’a paru que nous pourrions atteindre ce but en substituant à l’argent des bons imprimés qui représenteraient des objets nécessaires à la vie. 

Nous avons fait imprimer des bons au chiffre de la sainte Vierge, qui vaudront quinze centimes. Chaque bon donnera droit à une portion d’aliments préparés par nos hospitalières, et qui, avec un morceau de pain, suffira pour le repas d’une et presque de deux personnes. 

Nous prendrons l’habitude d’avoir toujours sur nous ce papier-monnaie de la charité; nous le donnerons avec confiance et sans crainte d’être trompés, à l’indigent qui nous est inconnu, au jeune enfant qui nous assure qu’il n’y a pas de pain chez sa mère. Nous le porterons ou nous l’enverrons dans le pauvre asile où nous avons appris qu’il y a souffrance, et nous aurons cette grande consolation de savoir qu’avec une offrande très modique, nous avons efficacement soulagé la misère. » 

Puisse ce nouveau papier de la charité circuler dans chaque diocèse partout où souffrent les pauvres : tel est le plus ardent de nos désirs. 

« Almanach de la Champagne et de la Brie. » Troyes, 1854.
Peinture de Jean-François Millet.