Pâques

Les œufs de Pâques

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oeufs-pâques.Le luxe s’est étendu et il en coûte cher aujourd’hui d’offrir une marque d’attention dans un œuf de Pâques. Décidément le bon vieux temps est loin de nous, et il est curieux de voir comme l’on détourne facilement les intentions de leur source et de leur but. 

Qu’étais-ce que les œufs de Pâques, dans l’origine ? Rien de plus simple à expliquer : au temps où l’on observait le carême avec plus de rigueur qu’aujourd’hui, alors que l’usage du beurre et surtout des œufs était rigoureusement proscrit pendant les quarante jours, on saluait avec plus d’enthousiasme la venue de Pâques.

Les vieilles chroniques nous renseignent sur ce qui se passait alors. Le Vendredi Saint arrivé, est-il dit, les écoliers et les clercs des églises s’assemblaient sur la place publique, au bruit des tambours, au son des trompettes, au tintement des clochettes. Les uns portaient des étendards sur lesquels étaient peints des œufs, les autres tenaient en mains des lances et des bâtons. Quand ils étaient réunis ils se rendaient en masse à la porte des églises, et, là, ils faisaient bénir, des œufs teints en couleurs diverses, puis ils se rendaient dans la ville pour faire don de ces œufs à leurs parents et à leurs amis. Le saint jour de  Pâques arrivé, on cassait les œufs et l’on en faisait une salade que l’on mangeait en famille avec grande liesse. 

Aujourd’hui, on distribue encore aux amis des œufs de Pâques, mais ces œufs ne sont plus ceux des poules. Tout augmente et tout change dans la vie. Les œufs ont subi le sort commun : ils sont devenus des objets de luxe, des boîtes à surprises, et quelles surprises !

Ce sont de puissants personnages qui ont établi l’usage funeste des œufs autres que les œufs de poules. A partir du XIIe siècle, la distribution des œufs de luxe devint à la cour de France une affaire de mode. 

Après la messe de Pâques, on présentait au roi une corbeille remplie d’œufs qu’il distribuait aux seigneurs de sa maison selon la richesse de l’œuf, on se trouvait en plus ou moins grande faveur.

Henri II offrit en cadeau de Pâques, à Diane de Poitiers, un collier magnifique dans deux coquilles de la nacre la plus pure. La chose parut si galante et si jolie que son succès fut immense. Les courtisans s’empressèrent d’imiter le maître et les œufs de Pâques de genre semblable, d’une valeur souvent excessive, s’offrirent tour à tour à la reine et aux dames de la cour. 

Quand Mlle de Vallière se fut retirée du monde, le grand roi lui fit parvenir, dans un œuf de Pâques, un morceau de la vraie croix !!!

Sous Louis XV, le luxe atteignit les dernières limites du raffinement. On en a la preuve  par les spécimens si jolis et si gracieux qui restent de cette époque. On fit ce que l’on n’avait pas encore tenté jusque là. Watteau et Lancret reçurent mission de peindre et dorer de délicieux motifs et de ravissantes scènes, sur de simples coquilles d’œufs de poule. C’est d’un de ces œufs que le chevalier de Boufflers disait : « Si on le mange à la coque, je retiens la coquille. » Mais ce luxe fut encore dépassé quelques années plus tard. Sous la Révolution on continua, entre amis, à s’offrir des œufs de Pâques, mais ces cadeaux représentaient, hélas ! les scènes lugubres que l’on avait journellement sous les yeux. 

Arrivons à une époque récente pour dire que dans certains œufs de Pâques se trouve la marque de ce luxe ruineux, qu’on ne saurait trop condamner : certains détails prouveraient  ce qu’on y découvre de scandaleux, ce que peuvent le désordre et la folie. 

Mais arrêtons-nous plutôt à ce que peut offrir d’agréable et de bon l’emploi que d’aucun savent faire de nos jours, des œufs de Pâques. Il y a réjouissance pour le cœur, à lire certaines anecdotes qui rappellent de quelle aimable et charitable façon ils ont été et sont encore  quelquefois présentés ou distribués. 

On raconte que Lamartine, contemplant un jour, aux approches de Pâques, avec un de ses amis, les étalages des confiseurs et des joailliers, ne pouvait s’empêcher de songer aux tristesses des pauvres enfants, qu’il voyait là, demandant un petit sou, et s’arrêtant devant ces étalages superbes, sans pouvoir se promettre le plus modeste de ces œufs exposés. Par un de ces élans qu’on explique, Lamartine entre dans le magasin et témoigne de sa prodigieuse libéralité : il jette quelques pièces d’or sur le comptoir, prend une corbeille d’œufs de Pâques et la distribue lui-même à tous les enfants que l’excès de joie rendait muets, et comme son ami semblait  lui reprocher cette prodigalité : 

Que Dieu me pardonne, dit-il, ainsi qu’à ma mère, qui m’a toujours appris que faire des heureux était la plus douce des jouissances !

Une autre anecdote, plus récente encore : c’était en 1865 : la supérieure d’un établissement d’orphelines, préoccupée de la situation pénible due à de tristes événements qu’elle n’avait pu conjurer, cherchait par tous les moyens possibles à remonter sa maison. Un jour elle reçut un œuf en sucre gros comme un œuf d’autruche, accompagné de ce simple billet : « Pour vos chères orphelines. » Aussitôt, la bonne mère de réunir ses petites filles pour casser l’œuf devant elles. O surprise de l’œuf en morceaux s’échappent quantité de minces billets dont la totalité forme une somme importante. 

L’auteur de cet inoubliable bienfait avait un nom : Georges de La Rochefoucauld, dont la mort a laissé d’unanimes regrets. 

On comprend de tels cadeaux, comme aussi on ne peut que tolérer ces petits souvenirs affectueux qu’on s’offre entre amis. Il y a mille manières de s’y prendre pour être agréable. Les œufs de Pâques sont les occasions pour une foule de surprises plus ou moins réjouissantes. Comme le 1er Avril, jour des attrapes, se présente presque à la même époque, il arrive que l’œuf contient seulement quelquefois un petit poisson ou un petit rien-du-tout

« Le Messager de l’Ouest. » Bel-Abbès, 1894.

Le gâteau des Rois et de la Reine

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jacob-jordaens

Le roi, voulant donner à son deuil quelque trêve 
Et divertir toute la cour,  
Dans Versailles, ce riche et superbe séjour, 
Avec grand apparat fit un roi de la fève. 

Le roi boit, le roi boit !… Et les rires de redoubler et les battements de mains de devenir plus forts. 

Quelle jolie fête que celle-ci qui rassemble autour d’une table bien servie les parents et les amis ! quelle bonne et patriarcale coutume que celle du gâteau des Rois ! 

Dans quelques-unes de nos provinces, raconte Ourry, une des parts de ce gâteau est tirée pour le membre de la famille qui est absent. On la renferme avec soin, et suivant qu’elle se conserve plus ou moins bien, on y trouve un augure favorable ou contraire à la santé du parent éloigné. Combien je préfère, à cet usage superstitieux, la touchante habitude où sont tant d’autres familles provinciales de réserver dans le gâteau des Rois la part du bon Dieu, qui devient toujours celle de l’indigence ! 

On sait que la personne la plus jeune de la société est toujours chargée de prendre au hasard et de distribuer les parts de ce gâteau : ce fut pour Barjac, valet de chambre du vieux cardinal de Fleury, l’occasion d’une spirituelle flatterie : il trouva moyen de réunir, le jour des Rois, à la table de son maître, douze convives d’un âge si avancé que le cardinal se trouvant être le plus jeune, dut remplir les fonctions ordinairement attribuées à l’enfance. 

La royauté est accordée à celui qui possède la fève dans le morceau de gâteau qui lui est échu. Chez les Romains on tirait au sort avec des dés le roi du festin. De là nous vient certainement le roi de la fève. 

Dans le langage catholique, la fête des Rois est appelée Epiphanie. Elle célèbre le voyage des rois et des mages venant adorer l’enfant Dieu dans une étable de Bethléem. Le jour de l’Epiphanie, le diacre annonce à la messe, après l’Evangile, le jour où doit tomber la fête de Pâques. La raison de cet usage, nous dit l’abbé Baudeville, est que Pâques étant la règle du calendrier, le pivot de toutes les fêtes mobiles, le temps le plus convenable pour l’annoncer c’est la fête la plus rapprochée qui précède toutes celles que Pâques dirige. 

Le jour des Rois est généralement consacré en province à des repas de Gargantua. Tirer les Rois est une nécessité qui se fait généralement sentir, et on se renvoie la balle à n’en plus finir. On tire les Rois aujourd’hui chez monsieur le maire, demain ce sera chez l’adjoint, après demain chez monsieur le curé. Il faut que chacun paye sa tournée, comme on dit vulgairement dans notre argot parisien, et arrivé au commencement du Carême, on doit jeûner même par ordonnance, car le gâteau des Rois a été fortement arrosé, et l’estomac des festoyeurs est échauffé. 

On a bu tant de fois à la santé du roi ! sans oublier celle de la reine, car le roi sépare d’ordinaire la fève avec une dame ou demoiselle de la compagnie. La personne choisie est appelée reine. 

Souvent la fève des Rois a fait bien des mariages, et où est le mal après tout ? Mieux vaut ce jour-là en famille, au nez et a la barbe des grands parents qui encouragent parfois en dodelinant de la tête, et en choquant du verre, la première déclaration d’amour présentée par le roi, sous forme de fève, à une jeune fille timide qui lui répond en devenant rouge comme une cerise d’Enghien ou de Montmorency. 

Le roi boit !… le roi boit !… 

Pol de Guy. « Revue historique. » Paris, 1866.
Peinture de Jacob Jordaens.

Etalages

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enfants-pâques

On raconte que Lamartine, contemplant un jour, aux approches de Pâques, avec un de ses amis, les étalages des confiseurs et des joailliers, ne pouvait s’empêcher de songer aux tristesses des pauvres enfants, qu’il voyait là, demandant un petit sou, et s’arrêtant devant ces étalages superbes, sans pouvoir se promettre le plus modeste de ces oeufs exposés.

Par un de ces élans qu’on explique, Lamartine entre dans le magasin et témoigne de sa prodigieuse libéralité : il jette quelques pièces d’or sur le comptoir, prend une corbeille d’oeufs de Pâques et la distribue lui-même à tous les enfants que l’excès de joie rendait muets, et comme son ami semblait  lui reprocher cette prodigalité : 

Que Dieu me pardonne, dit-il, ainsi qu’à ma mère, qui m’a toujours appris que faire des heureux était la plus douce des jouissances !

« Le Messager de l’Ouest. » Bel-Abbès, 1894.

Le mystère des cloches de Pâques

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Il existe, dans l’histoire du folklore, un mystère qui intrigue depuis toujours les spécialistes des traditions populaires. C’est celui qui s’attache à l’origine des « cloches de Pâques ».

Lorsque, au VIIIème siècle, l’Eglise, en signe de deuil, interdit de sonner les cloches pendant les trois jours qui précèdent la fête de la Résurrection, les braves gens inventèrent un conte fort étrange : « Du jeudi saint au samedi saint, dirent-ils, les cloches quittent leurs clochers, s’envolent et vont à Rome… »

Sachant que les légendes tirent presque toujours leur origine d’un fait réel, on peut se demander quel phénomène étrange a pu amener nos ancêtres à imaginer une pareille fable. Car on n’a jamais vu des cloches voler dans le ciel. Jamais ? Qui sait…

Ne souriez pas et penchez-vous avec moi sur une chronique du VIème siècle qui va peut-être nous fournir l’explication que nous cherchons.

Cette chronique a pour auteur le moine Grégoire de Tours. Rapportant tous les faits importants de son époque dans son Histoire des Francs, le digne homme écrit qu’en 584, « il parut dans le ciel des rayons brillants de lumière qui semblaient se choquer et se croiser les uns les autres; après quoi, ils se séparaient et s’évanouissaient. »

L’année suivante, il note : « Au mois de septembre, certains ont vu des signes, c’est-à-dire de ces rayons ou coupoles qu’on a coutume de voir et qui semblent courir avec rapidité dans le ciel. »

Deux ans plus tard, le moine écrit encore : « Nous vîmes pendant deux nuits de suite, au milieu du ciel, une espèce de nuage fort lumineux qui avait la forme d’un capuchon. »

Une coupole, un capuchon, voilà des objets qui ressemblent beaucoup à une cloche. Dès lors, ne peut-on penser que ces apparitions mystérieuses, observées par les contemporains de Grégoire de Tours, sont à l’origine de la fable populaire ?

Mais qu’étaient donc ces engins extraordinaires qui circulaient dans l’atmosphère? Leur description ressemble étrangement à celle de nos modernes OVNI dont certains ont, très exactement, la forme d’une coupole, d’un capuchon, en un mot, d’une cloche…

Ecoutons un témoin qui, le 2 octobre 1954, a vu un de ces objets au-dessus de Quinay-Voisin, près de Melun :

 — L’engin, dit-il, est passé dans le ciel à vive allure. Il venait du nord et avait la forme d’une coupole … Il ne faisait aucun bruit et brillait comme de l’aluminium… En quelques secondes, il s’immobilisa au-dessus d’un bois. Je le vis alors se balancer un long moment; puis il repartit à une vitesse stupéfiante et disparut.

Autre témoignage : le 24 juin 1962, vers 15 heures, un garagiste qui faisait une course aux environs de Nice voit soudain quelque chose de lumineux dans le ciel :

— J’ai d’abord cru qu’il s’agissait d’une boule, déclara le garagiste. Puis lorsque la chose s’est approchée, j’ai vu qu’elle avait la forme d’un bol renversé. Cette chose tourna au-dessus de la colline, comme si elle cherchait à atterrir. Puis elle lança des éclairs et s’éleva verticalement à une grande vitesse. Alors je la perdis de vue.

Troisième témoignage, plus précieux encore : le 19 juin 1971, un ancien officier américain roulait sur une route de Georgie lorsqu’il aperçut au-dessus d’un bois un énorme objet scintillant glissant sous les nuages.

—  Cet objet, dit-il, avait la forme d’un casque allemand ou d’une clocheIl était assez haut, mais je pense que son diamètre pouvait être égal à l’envergure d’un Boeing. Intrigué, je stoppai et arrêtai mon moteur. L’objet continuait d’avancer lentement sans faire de bruit. Puis il se mit à tourner autour d’un point qui me sembla être un petit lac situé non loin de l’endroit où je me trouvais. Pendant qu’il faisait sa ronde, des lueurs rouges apparurent sur ses parois, comme si des hublots s’allumaient. Puis tout s’éteignit et l’objet démarra brusquement et disparut dans les nuages.

Alors, que conclure ? Que les hommes du VIème siècle ont peut-être reçu la visite d’un engin comparable à ces OVNI qui se promènent dans notre ciel et dont les journaux nous rapportent périodiquement les étranges évolutions ? Dans ce cas, les « cloches de Pâques » seraient entrées dans nos traditions à cause d’un objet en forme de coupole qui venait peut-être d’un autre monde et qui avait émerveillé les hommes de l’an 584…

« Histoires fantastiques. »  Guy Breton, 1983.

La liberté de la saignée

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Entre beaucoup de libertés qui se trouvaient gênées au moyen âge, il faut compter assurément la liberté de la saignée, une de celles dont on a peut-être le plus abusé en France à d’autres époques.

Les ordonnances royales prescrivaient aux barbiers de ne saigner qu’en bonne lune. Trois mois étaient exclus : avril, mai et septembre. Défense à celui qui faisait métier de saigner de tenir devant sa maison ou aux environs, les jours de mauvaise lune, des écuelles ou autres ustensiles pour l’usage de sa profession, à peine de dix sols d’amende. La saignée était de plus proscrite les dimanches, aux cinq fêtes de Notre-Dame, les jours de l’An, de Noël, des Rois, de la Toussaint, de l’Ascension, du Saint-Sacrement et de Saint-Jean-Baptiste.

Le barbier ne pouvait non plus mettre bassins pendant les jours de Noël, Pâques, Pentecôte, de Saint-Jean-Baptiste, de Saint-Pierre et des Morts, ni mettre sang en écuelle hors de la salle de son hôtel, ni le garder au delà de l’heure de None. S’il avait opéré le matin, il devait jeter le sang à une heure après midi. S’il saignait après midi, il était tenu aussi de le jeter deux heures après, sous peine d’une amende de cinq sols par contravention.

A Reims il existait un puits destiné à recevoir le sang des saignées, où il devait toujours y avoir un vase avec de l’eau claire pour laver avec soin le bassin dont on s’était servi. Il y a même encore aujourd’hui dans cette ville une rue qui porte le nom de Puits au Sang, parce qu’elle conduisait à cette espèce de trou perdu.

« Almanach de France et du Musée des familles. »Paris, 1865.

La bouillie des chanoines

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Un fait assez singulier se passait, le mardi de Pâques de chaque année, dans la ville de Rennes. Madame Barreau, ci-devant de Girac, est abbesse de Saint Georges, communauté située dans ladite Ville.

Cette abbaye a, de temps immémorial, le droit suivant sur les chanoines de la cathédrale. Ils sont obligés de venir processionnellement chanter la grande messe le mardi de Pâques à l’abbaye, sous peine d’une amende considérable. Mais en revanche, l’abbesse est obligée, après la cérémonie, de faire entrer dans une des cours de l’intérieur du couvent, chanoines, dignitaires, bas-choeur, musiciens, chantres etc., et là, de leur donner une ample ration de bouillie et de sucre. Ce qu’il y a de plus original, c’est que la bouillie doit être urcée  (c’est-à-dite un peu brûlée), ce que le grand chantre vérifie, en trempant son index dans le grand bassin. Après l’examen du gourmet, les religieuses distribuent la bouillie à chacun des assistants, et se rangent debout d’un côté, tandis que ceux-ci sont occupés à manger de l’autre.

La cérémonie faite, les chanoines s’en retournent, dans le même ordre qu’ils sont venus , avec la seule différence que beaucoup de ces messieurs emportent chez eux des écuelles pleines de bouillie, de manière que d’une main, ils tiennent l’aumusse et le basson, et de l’autre, leur bouillie.

J’atteste la vérité de ce fait, comme témoin oculaire, car, voulant m’en assurer l’année dernière, je trouvai le moyen de me faufiler avec quelques amis, tandis que le chapitre entrait. Notre dessein était d’enlever la bouillie de ces messieurs, et de la porter aux Ecoles de droit. Mais comme nous n’étions que trois, nous ne pûmes exécuter ce projer. Nous nous contentâmes d’assister au repas auquel deux de nous prirent part, en se faisant passer pour musiciens.

Il est étonnant que des droits pareils aient subsistés dans le dix-huitième siècle. Mais depuis la suppression des chanoines, le repas n’aura plus lieu, faute de convives.

« Almanach littéraire ou Etrennes d’Apollon. »  Paris, 1792.
Illustration : damien chavanat.

Une légende de Pâques

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Connaissez-vous l’origine de cette agréable et inoffensive manie qui consiste à envoyer tous les ans à date fixe, à nos amis, de grands ou de petits œufs en sucre ou en chocolat ? C’est une très vieille légende du pays bressan que je veux vous conter. Je sais que vous aimez les histoires d’autrefois, et c’est une aventure de reine, de reine de poésie et de beauté.

Marguerite d’Autriche avait quitté les Flandres pour accomplir un pèlerinage, elle s’arrêta, pour y demeurer quelques jours, non loin de Bourg en Bresse, dans le pays de Brou, en pleine forêt avec les Alpes géantes à l’horizon. Marguerite était une grande dame et passait pour la plus belle des Flamandes, aussi depuis son arrivée tout le pays était en fête, le soleil souriait parmi les feuilles et le printemps lui-même s’était fait plus beau pour saluer au passage la jolie voyageuse, et tous, jeunes et vieux avaient tenu à fêter celle que de vaines fiançailles avaient unie un instant au futur roi de France.

Sur la place publique on avait organisé des jeux de toutes sortes. D’un côté les vieux tiraient de l’arc : un tonneau rempli de vin leur servait de cible. Lorsque la fortune favorisait l’un d’entre eux et que sa flèche perçait la barrique, il avait le droit de l’arracher et de boire à même jusqu’à merci.

Plus loin, au son des pipeaux et des musettes, les fillettes et les jouvenceaux dansaient en rond. Suivant la mode du pays on avait semé sur le sable un certain nombre d’œufs. Deux fillettes et deux garçons devaient en se tenant par la main exécuter un pas du pays. Si la danse terminée les œufs demeuraient intacts sur le sable ils étaient fiancés et personne, leurs parents même, ne pouvaient s’opposer à leurs épousailles.

Or ce matin là, un lundi de Pâques, la nature semblait plus belle encore, l’air était bleu, la forêt bleue, bleus les murs, les vergers et la route. On eut dit que le ciel, sur la vie, s’égrenait goutte à goutte. Tous les amoureux du pays se trouvaient là et chacun tentait l’épreuve. Quelques-uns réussissaient, mais beaucoup aussi échouaient et les éclats de rire des spectateurs narguaient la détresse des maladroits.

Marguerite, entourée de ses dames d’honneur et des chatelaines du voisinage, assistait à cette fête. Elle était tout entière absorbée par ce spectacle nouveau pour elle, lorsque le son du cor retentit dans la forêt et bientôt l’on vit apparaître, à l’orée du village, un magnifique chasseur, véritable prince de conte de fée, suivi de tout son équipage. C’était Philibert le Beau, duc de Savoie, qui, au cours d’une partie de chasse, s’était perdu et s’était laissé guider par les bruits de la musique et les clameurs de joie de la foule.

Le jeune homme mit pied à terre et s’agenouillant devant Marguerite lui demanda l’hospitalité.

Les danseurs curieux s’étaient arrêtés; mais bientôt, ils reprirent de plus belle oubliant le beau chasseur et la jolie chatelaine, emportés par leur jeunesse et leur amour.

Je veux danser ! dit Marguerite.

Sans rien dire, Philibert lui offrit son bras et ils dansèrent.

Autriche et Savoie ! s’écria la foule et s’écarta respectueuse.

Mais les deux jeunes gens avaient oublié leur noblesse et leur nom, ils ne songeaient plus qu’à ne point occasionner une omelette malencontreuse… La patience les favorisa. Trois fois ils tentèrent l’épreuve et trois fois elle fut couronnée de succès. Marguerite était radieuse, les bluets de ses yeux se piquaient d’or. Laissant sa main fine dans celle de Philibert :

Si vous voulez lui dit-elle, nous suivrons la coutume de Bresse. 

Ce mariage eut lieu l’année suivante, le jour de Pâques. En souvenir de leur rencontre, Philibert et Marguerite adressèrent à tous leurs invités des œufs magnifiques en pierres précieuses, et durant les trois courtes années que dura leur union, ils renouvelèrent leur envoi.

Et c’est pourquoi depuis le XVIe siècle les amoureux, au jour de Pâques, mettent tout leur cœur de sucre dans des œufs de chocolat.

 P. Roger-Hugues. « La Brise : littérature, art et histoire. » Brive, 1913.