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Télépathie

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Il paraît que les fantômes, dont on nous avait appris jusqu’ici à nous moquer, existent bien réellement et qu’ils sont en train de devenir un objet passionnant d’études et de recherches pour un groupe de psychologues très documentés. La nouvelle science a pris le nom de télépathie, mot grec qui signifie proprement « sensation lointaine », et qui entend englober sous une dénomination assez élastique mais suffisamment juste tous les phénomènes de transmission de la pensée à distance. Ce n’est plus du magnétisme, ce n’est pas non plus de l’hypnotisme : c’est de la télépathie. 

Les Pickmann, Donato, Davenport et autres médiums de tréteaux avaient jusqu’à ce jour quelque peu compromis l’étude de ces troublantes questions, par l’appareil théâtral et forcément charlatanesque dont ils entouraient leurs expériences. Mais ce n’est plus à des banquistes que nous aurons affaire maintenant : c’est à de vrais savants, sincères et désintéressés, au contrôle desquels nous pourrons avoir pleine confiance. 

Trois Anglais, MM. Gurney, Myers et Podmore, ont ouvert la voie par la publication de leur livre extraordinaire intitulé Phantasme of the living, dont M. Marillier vient de donner une traduction française abrégée. 

En France, c’est M. Ch. Richet, professeur de physiologie à la Faculté de médecine de Paris, qui a pris la direction du mouvement et qui n’hésite pas à écrire qu’il est temps d’étudier scientifiquement « le lendemain de la mort ». Il a fondé un journal dont le but est de poursuivre sérieusement l’enquête commencée par le livre de M. Gurney. 

Il existe depuis plusieurs années, en Angleterre, une Society for Psychical Research,  consacrée à l’élude de ces actions nerveuses à distance qui préoccupent vivement les psychologues anglais et américains les plus éminents. D’autre part, la Société française de psychologie physiologique a constitué pour l’étude des phénomènes télépathiques une commission composée de MM. Sully-Prudhomme (de l’Académie française), président. G. Ballet, professeur à la Faculté de médecine. H. Beaunis, professeur à la Faculté de médecine de Nancy. Ch. Richet, professeur à la Faculté de médecine. Lieutenant-colonel de Rochas, administrateur de l’Ecole polytechnique. L. Marillier, maître de conférences à l’Ecole des Hautes Etudes. 

D’après ces noms on peut juger qu’il ne s’agit pas de recherches pour rire et on peut être certain que s’il y a une parcelle de vérité ,dans cette inquiétante et mystérieuse question de la transmission de la pensée, les enquêteurs sont hommes à la dégager. 

Nous nous bornerons à donner une idée de ce qu’il faut entendre par phénomènes télépathiques en citant quelques observations empruntées au livre de MM. Gurney, Myers et Podmore. 

En voici un exemple sous sa forme la plus simple, celle d’une vision dans l’état intermédiaire au sommeil et à la veille. 

Un étudiant de Cambridge avait arrêté avec un de ses camarades le projet de se rencontrer à Cambridge à une certaine époque pour travailler ensemble. Peu de temps avant l’époque de ce rendez-vous, il se trouvait dans le sud de l’Angleterre. Se réveillant une nuit, il vit ou crut voir son ami assis au pied de son lit. Il fut surpris de ce spectacle, 
d’autant plus que son ami était ruisselant d’eau. Il parla, mais l’apparition (car il semble que c’en ait été une) se contenta de secouer la tête et disparut. Cette apparition revint deux fois durant la nuit. Cette vision eut lieu dans la nuit du 2 au 3 septembre. Quelque temps après, l’étudiant recevait la nouvelle que son ami s’était noyé en se baignant le 2 septembre. 

Dans le fait suivant, l’hallucination télépathique se produit à l’état de veille, d’après un type très fréquent, sous l’influence provocante de l’attente de quelqu’un. C’est une dame qui parle : 

« — J’attendais mon mari à la maison. Peu de temps après le moment où il aurait dû arriver, dix minutes environ, j’entendis une voiture s’arrêter à la porte, la cloche sonner, mon mari parler au cocher, la porte s’ouvrir et enfin mon mari monter l’escalier. J’allai au salon, j’ouvris la porte. A mon grand étonnement, je ne vis personne. Je pouvais à peine en croire mes yeux, tant l’impression avait été vive et tant la rue était tranquille à ce moment. Environ vingt minutes après, mon mari arrive en réalité. Le train était en retard et, mon mari pensait que je devais être inquiète. »

Voici maintenant le récit d’un général anglais :  

« — Un incident extraordinaire, qui fit sur mon imagination une profonde impression, m’arriva à Maulmain. J’ai vu un fantôme, je l’ai vu de mes propres yeux, dans la pleine lumière du jour. Je puis le déclarer sous serment. J’avais vécu dans la plus étroite intimité avec un vieux camarade d’école qui avait été ensuite mon ami à l’Université. Des années cependant s’étaient écoulées sans que nous nous fussions revus. Un matin, je venais de me lever et je m’habillais lorsque tout à coup mon vieil ami entra dans ma chambre. Je l’accueillis chaleureusement, et je lui dis de demander qu’on lui apportât une tasse de thé sous la véranda, lui promettant de le rejoindre immédiatement. 

Je m’habillai en hâte et j’allai sous la véranda, mais je n’y trouvai personne. Je ne pouvais en croire mes yeux. J’appelai la sentinelle postée en face de la maison, mais elle n’avait vu aucun étranger ce matin-là. Les domestiques déclarèrent aussi que personne n’était entré dans la maison. J’étais certain d’avoir vu mon ami. Je ne pensais pas à lui en ce moment, et pourtant je ne fus pas très surpris, parce qu’il arrivait souvent des vaisseaux à Maulmain. Quinze jours après, j’appris qu’il était mort à 600 milles de là, au moment même, ou peu s’en fallait, où je l’avais vu à Maulmain. » 

Aux questions qui lui ont été adressées par MM. Gurney et Myers, le général a répondu que, quand il adressa la parole à l’apparition, elle ne répondit ni par un mot, ni par un signe. Il ne supposa pas un instant qu’il put s’agir là d’une apparition. Il crut voir son ami en chair et en os. Il ajoute qu’il n’a jamais vu d’autre apparition, qu’il n’a jamais eu d’hallucinations, et qu’il a toujours été considéré comme un homme de grand sang-froid. 

L’ouvrage anglais contient plus de 700 observations de ce genre, commentées et vérifiées autant qu’il est possible par les auteurs. 

N’y a-t-il pas là de quoi faire réfléchir ? 

« La Clinique. » Nice, 1891.
Peinture de Navez François Joseph.

Musique mystérieuse

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Il existe un phénomène qui mérite une mention particulière, c’est la merveille connue sous le nom de musique mystérieuseCe n’est pas le sifflement du vent à travers les roseaux, quoique très mélodieux, l’explication ne peut pas en être trouvée dans les échos des accords d’une musique réelle que la distance aurait étrangement idéalisés, ce phénomène est plus étrange que cela.

C’est une musique qui ne provient pas d’une source ordinaire, elle vous inspire d’une étrange façon, elle est presque céleste et se fait entendre dans les airs autour d’un petit cimetière sur la rive sud de la Tweed. Entre la rivière et l’église il y a la grande route, et entre cette route et l’église il y a un bois épais sur un terrain en pente. C’est à travers ce bois que quelquefois ces sons étranges viennent saluer le voyageur.

Une pareille musique dans une maison doit sembler encore plus miraculeuse. Il y a une maison, nommée Pottery House, à Hunslet,dans le district de Leeds. Dans une chambre à coucher d’un étage supérieur, il y a peu d’années, un malade était couché, gravement atteint d’une fièvre rhumatismale, et, selon toute apparence, bien près de sa fin. Une nuit, sa soeur et le mari de celle-ci venaient de le quitter pour un instant, quand ils entendirent, venant de cette chambre, une suite de sons musicaux formant une mélodie douce et enchanteresse.

Ils revinrent vers le malade. Lui-même avait entendu ces sons surnaturels, était entré en extase et, depuis ce moment, fut guéri.

Ce n’est pas le seul exemple de musique spirite. Dans tous les cas connus, ces sons qui nous viennent ainsi des autres sphères ont une harmonie qui semble surnaturelle, comme s’ils étaient produits par des anges. Dans ces recherches, les témoignages sont publiquement confirmés et prennent une force encore bien plus grande quand les animaux domestiques viennent se joindre aux hommes pour les attester.

Un jour, dans une maison du Canada, plusieurs personnes, assises dans une chambre, entendirent le maître de la maison arriver rapidement à cheval. Elles entendirent aussi les chiens courir dans la cour au devant de leur maître, pour lui souhaiter la bienvenue, comme ils avaient l’habitude de le faire. elles l’entendirent mener son cheval à l’écurie, puis entrer dans la maison, monter l’escalier, entrer dans la bibliothèque et fermer la porte.

Comme son arrivée était complètement inattendue, on se rassembla immédiatement dans cette pièce. On ne vit personne. Le maître de la maison était à cent milles de là. Il s’agis- sait d’un fantôme de vivant plutôt que de mort.

Du Cassell’s Family Magazine n° de mars 1897. Extrait du Light, 13 mars 1897. 
« Le Progrès spirite. » Paris, 1897.
Peinture de Pierre Paul Rubens.

Le tableau de Segantini

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Le grand peintre Giovanni Segantini mourut d’une péritonite suraiguë probablement d’origine appendiculaire.

Or, 13 jours auparavant, en pleine santé, il travaillait, à un tableau qu’il désignait par ce titre : « La mort ». Le tableau représente une scène de l’Engadine : au fond chaîne de montagnes couverte, de neige. Au premier plan, un plateau également blanc de neige. Sur le plateau, à droite, un chalet alpestre d’où sort un cercueil accompagné de quelques personnes. Un peu plus loin, un traîneau, attelé d’un cheval, attend.

Le peintre avait esquissé le paysage d’après nature. Le cercueil et le traîneau étaient imaginaires. Giovanni Segantini parachevait son oeuvre dans son atelier, à Majola, à 3 heures de route du chalet qu’il avait peint.

Ce jour-là donc (13 jours avant sa mort) il s’étendit un instant sur un sofa, se reposant de son travail. Tout à coup, il eut la vision qu’il était lui-même dans le cercueil dessiné et que sa femme, en larmes, était dans le groupe des personnes suivant le cercueil. La vision s’accompagna d’une certitude profonde et sans réserve dont il fit part à sa famille. Sa santé se maintint parfaite quelques jours encore, puis, brusquement, il tomba malade dans le chalet même qu’il peignait, et y mourut.

La scène de son enterrement fut exactement celle qu’il avait représentée dans le tableau.

« Annales des sciences psychiques : recueil d’observations et d’expériences. »  Paris, 1916.
 Peinture : Giovanni Segantini

Le rêve du maréchal

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Gebhard-Leberecht-von-Blücher

Le maréchal Blucher, prince de Wahlstadt, général en chef des armées prussiennes pendant les campagnes de 1813, 1814 et de 1815, se retira, après la bataille de Waterloo, dans une magnifique maison de campagne qu’il affectionnait beaucoup, à Kreblowitz en Silésie ; il y menait une vie tranquille et retirée.

Malgré plusieurs lettres d’invitation de Frédéric Guillaume III, le maréchal Blucher refusait obstinément de se présenter au palais du roi. Après de longs pourparlers, et de vains efforts du souverain pour l’attirer à la cour, Frédéric Guillaume alla faire une visite à son général favori à Kreblowitz ; il le trouva bien portant mais plongé dans une profonde tristesse. Le roi le questionna, sur les causes de cette tristesse ; Blucher lui raconta ce qui suit :

Lorsque jeune encore il servait dans un régiment de hussards, en Suède, il fut fait prisonnier par les Prussiens, à la bataille de Suckow, le 29 août 1760. Ayant demandé l’autorisation d’aller visiter sa famille, elle lui fut accordée, à la condition d’accepter un emploi dans l’armée prussienne, dans le régiment de Belling. Blucher consentit, obtint la permission et partit en Silésie. Arrivé devant la maison paternelle, il appela à plusieurs reprises et, ne recevant pas de réponse, il se décida à enfoncer les portes. Il courut à la chambre de son père et le trouva, ainsi que sa mère et ses frères, profondément affligés. Tous refusèrent ses caresses avec indignation.

Blucher se jeta alors aux genoux de sa mère et voulut l’embrasser; mais à peine avait-il touché sa main que les vêtements qu’elle portait tombèrent, et Blucher ne trouva dans ses bras qu’un squelette. Il entendit alors des rires moqueurs et sa famille disparut dans l’espace.

— Sire, ajouta le maréchal, voilà juste trois mois, j’ai vu en rêve cette scène se reproduire, exactement… Mes parents et mes frères m’ont dit alors : « Nous nous rencontrerons une autre fois, le 11 août… mais nous sommes aujourd’hui au… » 

A ces mot le maréchal pâlit, se renversa sur le dos du siège sur lequel il était assis, et lorsque Frédérice Guillaume s’approcha de lui, il ne trouva qu’un cadavre.

Récit extrait de la Revue Spirite.
« L’Écho du merveilleux : revue bimensuelle. »  Paris, 1901.