pari

A dada sur mon taureau

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monture-taureauIl est peu de cavaliers, croyons-nous, qui tenteraient de se servir du taureau comme monture.

C’est cependant le cas de M. W. Beeby, qui, à la suite d’un pari, a tenté l’expérience à Derby. On remarquera qu’il est monté sans selle, ce qui rendait l’essai d’autant plus difficile encore.

Le cavalier assure que le taureau est beaucoup plus docile que beaucoup de chevaux, et se laisse très aisément conduire.

Paris, 1910.

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Le pari

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ambulanceIl faut avouer qu’il y a des gens dont la bêtise dépasse tout ce qu’on peut imaginer.  Quand il s’agit d’un pari, on pourrait croire que le mot impossible n’existe pas. 

Tout le monde se rappelle l’histoire de l’homme à la fourchette, cet employé qui s’introduisit une fourchette dans l’estomac. Pour l’extraire il fallut avoir recours aux plus grands chirurgiens. Un fait à peu près semblable s’est passé dans la soirée d’avant-hier. 

François Huichard, âgé de quarante et un ans, valet de chambre, demeurant rue de Miromesnil, se trouvait au café avec plusieurs camarades. On causait de tours de force, de paris extraordinaires. Bref, Huichard paria qu’il s’introduirait dans la partie postérieure de son individu « un verre à boire ». 

Les camarades, enchantés, acceptèrent le pari et, séance tenante, l’opération commença. 

Elle réussit, elle réussit même trop bien, puisque, à un moment donné, le verre entier  disparut. 

Le valet de chambre, en proie à des douleurs intolérables, fut conduit à l’hôpital Beaujon où il a été admis d’urgence. Le docteur Auger a pratiqué aussitôt sur le facétieux parieur une opération des plus douloureuses et des plus délicates et le verre a été extrait de la place peu ordinaire où il se trouvait. 

L’état du malade ne laisse pas toutefois d’être très grave. 

« Le XIXe siècle. » Paris, 1893. 

Hygiène

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réclame

En Angleterre,un très curieux procès s’est jugé en cour du Banc de la Reine. Une compagnie s’était fondée pour exploiter : « La fameuse poire à vaporisation d’acide carbonique » dont les effets hygiéniques et antiseptiques devaient être merveilleux.

Par des réclames placées dans différents journaux, la compagnie promettait 100 livres à quiconque serait capable d’avoir l’influenza après avoir acheté et employé la fameuse poire. Une dame fort honnête et peut-être naïve, Mme Carlill, fit l’acquisition du talisman et attrapa l’influenza tout comme une autre. 

Elle demanda ses 100 livres. La compagnie répondit qu’une réclame n’entraînait pas contrat entre les parties; qu’un contrat devait être timbré en vertu de l’acte du timbre de 1870, qu’une telle promesse en tout cas ne pouvait constituer qu’un pari non reconnu par la loi, etc., etc. 

Le juge, M. Hawkins, a condamné ladite compagnie aux frais du procès et à payer 100 livres à Mme Carlill. En voilà une à qui l’influenza aura rapporté quelque chose !

Dédié aux industriels éhontés qui promettent, en la quatrième page des journaux, des sommes fabuleuses à qui prouvera que leur eau capillaire ne fait pas instantanément pousser les cheveux jusque sur les pommes d’escalier.

Paris, 28 juillet 1892.

Le poids de la fumée

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Walter-Raleigh

Voici une anecdote  qui attribue à sir Walter Raleigh l’honneur d’avoir, à propos du tabac, inauguré l’emploi de la balance pour les pesées par différence, auxquelles les chimistes ont journellement recours, depuis Lavoisier, dans leurs analyses.

Le favori assurant un jour galamment sa royale maîtresse qu’il n’était pas de difficulté qu’un désir exprimé par elle ne le rendît capable de surmonter :

En vérité ! s’écria la reine Élisabeth, je gage pourtant que vous ne pèseriez pas la fumée de votre pipe.
Je tiens le pari de Votre Majesté, répondit Raleigh après un instant d’hésitation.
— Oh ! voyons comment vous le gagnerez.

Un page reçut aussitôt l’ordre d’apporter au baronnet sa pipe, du tabac et les balances les plus justes qu’il pourrait trouver. La pipe étant chargée, Raleigh en pesa le fourneau. Puis il l’alluma, la fuma jusqu’au bout, en ayant soin de ne pas laisser tomber la moindre parcelle de cendre. Enfin, lorsque le tabac fut entièrement consumé, il mit de nouveau la pipe dans la balance. Il était évident que la différence entre le poids primitif et le poids trouvé dans la seconde pesée représentait exactement celui des produits volatils de la combustion, c’est-à-dire de la fumée.

Raleigh avait gagné son pari…

« Voyage scientifique autour de ma chambre. »  Arthur Mangin, Paris, 1886.

Coup de pouce

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Alessandro-Sanquirico

En 1825, la veille de la première représentation d’Il Crociato, opéra de Meyerbeer, l’auteur, vivement préoccupé du sort de son ouvrage, rencontre Rossini, qui, venant à lui tout empressé :

Eh bien ! dit-il, voilà un beau succès qui se prépare pour vous.
— Entre nous, réplique Meyerbeer, je parierais pour une chute.
— Allons donc ! moi je parierais pour un succès, et un grand succès même.
— Vous ?
— Moi, parole d’honneur !
— Pariez-vous cent louis ?
— Je les tiens !
— Donc à demain soir.
— A demain soir !

Le jour de la représentation, Rossini était dans une stalle de balcon au premier rang, bien en vue, élégamment vêtu, contre sa coutume, frisé, portant jabot et gants jaunes, enfin rayonnant… A chaque morceau, il battait vivement des mains et la salle entière de faire comme lui. Le succès fut complet.

Le lendemain Meyerbeer lui envoya les cent louis du pari avec une lettre de remerciement.

« Musée des familles. »  Paris, 1897.
Illustration : Alessandro Sanquirico.

L’homme de trois siècles

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vieillard

Il y a quelque temps, un pari s’établissait à Moudon entre M. X. et M. D., instituteur des environs de cette ville. Le premier, vif et alerte malgré ses 68 ans, exprimait le voeu d’atteindre l’année 1901; de cette manière, disait-il, j’aurai vécu dans trois siècles, le XVIIIe, le XIXe et le XXe, puisque je suis né en 1800.

Comment ? lui répliquait son interlocuteur, l’année 1800 est la première de notre siècle; vous ne pouvez donc mettre le pied sur trois siècles consécutifs.

Permettez ! Je dis et je prétends que l’année 1800 est la dernière du XVIIIe siècle; je vous offre d’en faire le pari.

Le pari est engagé. Chacun des deux chronologistes dépose vingt francs entre les mains d’une tierce personne et l’on va aux informations.

Trois notables sont choisis comme experts et déclarent, à l’unanimité, que le siècle actuel a commencé le 1er janvier 1800.M. D. se déclare satisfait et demande ses 40 francs. Mais M. X. n’est pas de cet avis; il recourt en cassation. A quelques jours de là, une conférence d’instituteurs était réunie à Mézières; M. D. lui soumet le cas; après délibération, et à la même unanimité que les premiers juges, la conférence se prononce en faveur de M. D.

Mais M. X. ne se tient pas encore pour battu; comme un plaideur entêté qui, après avoir parcouru toutes les juridictions cantonales, s’adresse en dernier ressort aux autorités fédérales, il recourt à Berne contre les deux jugements qui le condamnent.

A quelle autorité s’est-il adressé ? Nous n’en savons rien. Quoi qu’il en soit, il reçoit au bout de quelques jours un pli, estampillé au Palais fédéral, qui lui apporte la décision qu’il désirait; on lui donnait enfin raison.

Mais, nous dira-t-on, comment se peut-il qu’il y ait tant d’indécision dans une question pareille ? Nous répondons : l’indécision ne devrait pas résister à un peu de réflexion, et M. X. a eu parfaitement raison de recourir jusqu’au moment où il a pu faire proclamer la vérité. Voyons un peu !

 Un siècle renferme cent années, el un siècle a été complet quand il y a eu cent années écoulées depuis la naissance de Jésus-Christ. La première année a été l’an 1, la deuxième, l’an 2 et la centième, l’an 100; l’an 100 a donc terminé le Ier siècle, l’an 200 a terminé le IIe siècle l’an 1800 a terminé le XVIIIe siècle. Notre siècle a commencé, par conséquent, le 1er janvier 1801, et le XXe siècle commencera le 1er janvier 1901. Une personne, née le 31 décembre 1800 et qui mourra le 1er janvier 1901, pourra ainsi avoir vu trois siècles quoique n’ayant vécu que cent ans et un jour.

Ce n’est pas la première fois que celte question a été débattue et les premiers juges du pari établi à Moudon ont parfaitement pu, comme beaucoup d’autres, se laisser tromper par cette idée, assez naturelle au premier abord, que toutes les années dont le millésime est 18… appartiennent au même siècle. Arago n’a pas dédaigné de consacrer un petit chapitre de son Astronomie populaire pour mettre au clair cette apparente anomalie.

« Le conteur vaudois : journal de la Suisse romande. » 1868.