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Admission

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Pour être admis dans l’athlétique corporation des forts de la Halle, à Paris, il faut subir victorieusement un examen d’orthographe.

Pourquoi n’imposerait-t-on pas des épreuves sportives aux candidats médecins, aux aspirants avocats, aux professeurs de belles-lettres ? Ainsi se réaliserait, peu à peu la conception de l’idéale démocratie, où tous les citoyens (quelle que soit leur fonction) doivent posséder un corps robuste et sain, avec un esprit agile et cultivé.

Le fort de la Halle devrait se reposer en lisant Renan, et le philosophe se divertir à porter
des sacs de farine.

Paris, 1907.

L’odeur de Paris

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M. de Châteaubriand prétendait avoir bâillé sa vie. M. le Dr Dan Mac Kenzie n’en dira certes pas autant, à son lit de mort, car il a incontestablement flairé la sienne. Qu’est auprès de lui Scherlock Holmes dont l’odorat n’était capable de différencier que 75 parfums ? Les narines en éventail, le Dr Mac Kenzie s’en est allé à travers le vaste monde prélevant, dosant, ruminant les odeurs qu’il rencontrait sur sa route.

Ce qu’il y a d’admirable chez ce docteur qui vient de publier à Londres un livre sur « les Aromates et l’Ame », c’est que notre savant n’a pas besoin comme les savants ordinaires de recourir à des instruments complexes. pour fixer l’âge du camembert le plus épuisé par la marche et le poids des ans, il ne demande à consulter ni table de poids atomiques, ni manuel d’archéologie. Il porte sur lui et en lui son laboratoire.

Le Dr Mac Kenzie vous révèle sans hésitation le parfum composite de toutes les capitales qu’il a visitées et où il se reconnaîtrait désormais les yeux bandés. Il vous apprend que l’odeur de Londres s’est récemment transformée.

« Il y a vingt ans, elle était faiblement aigre et il s’y mélangeait une odeur de chevaux et de harnais. Aujourd’hui, on y distingue un mélange de goudron et d’huile lubrifiante brûlée, ce qui est loin d’être aussi agréable. » Rome « est une cité de cierges et d’encens auxquels se mêle l’odeur moisie et sèche de squelettes qui tombent en poussière. » Mais c’est l’odeur de Paris qui est décrite avec le plus de précision.

« Pour moitié, Paris sent le bois fumé. Pour un quart, le café qu’on grille. Et pour un quart, les égouts. »

Voilà qui est bien net, mais parmi nos lecteurs, il peut se trouver aussi des spécialistes de l’art olfactif qui aient sur ces proportions de légères restrictions à formuler. Et quelle est l’odeur de la banlieue ? Sur ce point, je me permets, sans fausse pudeur, de verser au débat un document : l’opinion de M. Jehan Rictus qui, dans un vers de ses Doléances a ainsi synthétisé l’odeur de la banlieue, au printemps :

« Ça sent la m… et les lilas ! »

Charles Chasse. « Paris-Soir. » 1923.
Peinture de Michel Delacroix.

Gandhi à la mode

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Gandhi est bien à la mode à Paris, ce printemps, au moins dans les conversations. L’on s’entretient partout de ce Messie, moderne et singulier, qui, avec une candeur incroyable cherche à ébranler la formidable puissance britannique…

Un homme s’attaquer à une tâche pareille! Un homme, tenter naïvement de souffler l’Inde à la domination anglaise, faut-il qu’il soit intelligent ou fou ! Pour intéresser, il a aussi ce visage extraordinaire qui rappelle celui d’un oiseau ou d’un dément. Et ce costume, sans apprêt et pourtant un peu théâtral !

Dans ce match entre Gandhi et l’Angleterre, les Français observent et sont prêts à marquer les coups…

Bien habile, celui qui discernerait dès maintenant le vainqueur. Bien habile celui qui verrait et déduirait avec intelligence toutes les conséquences d’une victoire ou d’une défaite des Britanniques dans l’Inde.

« L’Africain. » Alger, 1930.

Vin hospitalier

ivresseIl est curieux de connaître la consommation de vin et de spiritueux que font les hôpitaux de Paris. Le mardi 11 septembre, on a procédé à l’adjudication de 1 245 000 litres de vin pour le service de la cave centrale des hôpitaux pendant six mois à partir du 1er octobre 1883.

Les vins à fournir sont de plusieurs sortes : il y a 110 000 litres de vin de Roussillon, 110 000 de vin de Lapalme, 110 000 de vin de Lot-et-Garonne, 220 000 de vin du Gers, 220 000 de vin de l’Hérault, 110 000 de vin de Mirepeisset,110 000 de vin du Minervois, 60 000 de vin de Bordeaux de 1881, 70 000 de vin de Bagnols, 10 000 de vin de Bordeaux blanc de 1879, 2 500 litres de vin d’Espagne blanc, 2 500 litres de vin de Picpoul blanc. 

Egalement, les spiritueux à fournir pour le quatrième trimestre 1883 se composent de 20 000 litres d’alcool du Nord, 10 000 litres de rhum, 3 000 litres d’eau-de-vie.

Si on juge de la consommation des gens bien portants par celle des malades, on peut affirmer que Paris est une des villes où l’état de marchand de vin offre le plus de chances de succès.

« Les Annales politiques et littéraires. » Paris, 1883.
Peinture de Jan Steen.

L’inspecteur des clous

conseillers-municipauxC’est une opinion solidement accréditée dans le public que le métier de conseiller municipal de Paris est un bon métier et que beaucoup de ceux qui le pratiquent se retirent après fortune faite. Il faut croire que ce ne fut pas le cas des infortunés conseillers municipaux qui ont été remerciés par le suffrage universel en 1929, car le préfet de la Seine, avec l’agrément du conseil, vient de les tirer de la misère.

L’un a été employé comme inspecteur d’on ne sait trop quoi par la régie immobilière, aux appointements de soixante-cinq mille francs par ans. Un autre a été également repêché par une autre société de construction qui travaille pour la ville, et touche une cinquantaine de billets pour ne rien inspecter du tout. Un troisième, qui était autrefois professeur de l’enseignement primaire, a repris ses appointements d’abord et reprendra ultérieurement ses fonctions… quand il sera remis de ses émotions électorales. 

Un quatrième, déjà fonctionnaire, retraité, émarge au budget de la direction des travaux pour une petite somme qui, ajoutée à sa pension, lui assure une honnête aisance. On l’a d’ailleurs prié de se présenter le moins souvent possible dans les locaux de la direction. Un cinquième, qui est très âgé, et qui a siégé à l’Hôtel de Ville pendant près de trente ans, touche simplement une pension viagère de vingt-cinq mille francs.

Enfin, le sixième tenez-vous bien ! a été nommé inspecteur… des passages cloutés !… Oui, mesdames, oui, messieurs, il y a un inspecteur des passages cloutés, qui nous coûte environ quarante mille francs par an !…. Et c’est un ancien conseiller municipal, ancien capitaine d’infanterie, ancien avocat, qui assume cette tâche délicate.

Le préfet de la Seine se demande avec terreur ce qu’il faudra inventer, la prochaine fois, pour caser les laissés-pour-compte du suffrage universel . Nous proposons l’emploi d’inspecteur des inspecteurs inutiles…

« Cyrano. » Paris, 1931.