Paris

Un gentleman

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Walter Sickert, ce peintre anglais dont on aime, à Londres et à Paris, les nus, les rues, les music-halls et les intérieurs, était attablé l’autre jour dans un café de Dieppe.

Un Américain entre, qui lui demande où sont les W-C. Sickert (il était en compagnie d’une dame) estime inconvenante la question. Un instant il hésite à répondre. Enfin il répond : 

Prenez ce couloir, tournez à gauche, montez trois marches, tournez à droite. Vous aurez devant vous deux portes à panneaux de verre dépoli. Sur l’une vous lirez : Gentlemen… Vous entrerez quand même. 

« Le Bulletin de la vie artistique. » Paris, 1921.

Le chevrier à Paris

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Son troupeau d’une dizaine de têtes, était autrefois la poésie de Paris. Poésie pastorale et naïve que rythmaient les notes d’un flûteau rudimentaire.  

Mais, alors, la circulation acceptait encore d’être, un instant, paralysée par les jolies bêtes, capricieuses et lasses d’une longue randonnée. L’appel du chevrier n’était pas couvert par mille autres bruits plus directs. Dans leurs yeux dorés, les chèvres portaient le reflet du soleil. Majestueuses et dédaigneuses à la. fois, elles acceptaient cependant les offrandes des Parisiens, grands et petits. Leurs caresses aussi. 

Connaissant le parcours, elles n’omettaient jamais de quémander jusque sur le seuil des portes tout ce que, honnêtement, une chèvre peut digérer. Au hasard des haltes, le chevrier s’accroupissait près de l’une de ses bêtes, pour traire dans le récipient qu’un enfant lui apportait le lait crémeux, fleurant bon l’étable. Pour les petits, c’était la friandise attendue chaque semaine, et aussi la récompense remise en question toutes les fois qu’il s’agissait d’obéissance et de sagesse. 

… Aujourd’hui, victime d’un modernisme barbare, le chevrier n’est plus qu’un pèlerin qui promène au hasard des rues trois ou quatre chèvres, qu’un chien n’a plus aucune peine à maintenir dans le droit chemin : celui des piétons. 

Parmi tant d’autres, impératifs, stridents, son appel nostalgique se meurt comme la poésie qu’il évoquait. Et les enfants d’aujourd’hui n’imaginent pas que le chevrier pourrait tirer du lait de ces bêtes efflanquées, apeurées, asservies. Pour eux, le lait ne saurait être qu’un liquide pasteurisé que l’on trouve chez un crémier. 

Seuls, les yeux d’or des chèvres sont encore pleins du soleil de leur campagne natale. C’est peut-être autant pour garder ce reflet au fond de leurs prunelles que pour reposer leurs membres endoloris qu’on les voit endormies au détour d’une rue; tandis que le chevrier s’efforce en vain sur son flûteau de ressusciter l’époque déjà lointaine, hélas ! où il n’était pas encore un « type parisien », mais une sorte de « mage » conduisant vers la crèche divine l’hommage de sa jeunesse et de son troupeau. 

Geo Duvic.  « L’Intransigeant. » Paris, 1934.

Miss France, miss Europe, miss Paris, miss Univers…

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Toutes ces reines de beauté qui brillent sur Paris nous ahurissent un peu, tant par leur nombre que par leur éclat séducteur… Tâchons de rassembler nos idées. 

Miss Russie, qui n’est autre que Mlle Marina Chaliapine, fille de l’illustre chanteur, n’a  pas été classée. Miss France (c’est-à-dire Mlle Jeanne Juilla, couturière à Agen), qui fut tout d’abord miss Gascogne, a été, le 5 février, élue miss Europe entre seize candidates toutes plus jolies les unes que les autres. Les deux rivales les plus redoutables, miss Allemagne et miss Autriche, lui ont tout de même donné le baiser de paix après sa victoire, et ne l’ont pas mordue. C’est très gentil de leur part, et les nations devraient bien en faire autant 

Dans un autre rayon parallèle, mais, différent, nous avons compati aux infortunes de cette pauvre miss Paris, Mlle Ortmans, à qui on a retiré son titre quand on a appris qu’elle n’était pas née à Paris, mais à Roubaix. Quelle aventure !… Pourvu qu’on ne découvre pas maintenant, que miss France est née à Zurich ou à Blankenberghe et qu’on ne s’aperçoive pas, le jour du scrutin final, que l’élue « miss Terre » tombe de la lune ! Ce serait désastreux… 

Un championnat de  beauté, cela n’a l’air de rien, mais c’est diablement-compliqué à organiser… surtout quand la concurrence s’en mêle. L’an dernier, par exemple, il y eut deux « miss Univers » sur la planète. 

La première, Dorothy Goft, d’abord miss Nouvelle-Orléans, et bientôt devenue miss America, fut élue miss Univers à Galveston en août 1930. L’autre, la senorita Yolanda Pereira de Rio-Grande-do-Sul, après avoir été miss Brésil pour commencer, reçut elle aussi en septembre 1930 au tournoi international de Rio-de-Janeiro, le titre glorieux de miss Univers. Laquelle des deux était la bonne ? On n’a jamais su… Nul ne peut d’ailleurs s’arroger le monopole de beauté : dans le dernier des villages vous trouverez au moins une Jouvencelle qui se croit ou qui est proclamée par ses voisins la plus belle fille du monde entier. Et des « miss Univers » on pourrait facilement en recruter 500.000. 

La première de toutes, chronologiquement, fut Vénus lorsqu’elle gagna sur Junon et Minerve la pomme d’or du berger Pâris. Ce qui nous prouve que la coutume des tournois de beauté remonte aux temps les plus anciens. Le vieil Homère en parle souvent, et ceux que Kypselos de Corinthe institua en Grèce 700 ans avant notre ère furent aussi fameux, aussi âprement disputés que celui de Galveston au XXe siècle. 

« Ric et Rac. » Paris/Clermont-Ferrand, 1931.

Einstein et le petit violoniste 

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Le monde musical allemand est dans l’enthousiasme. Un jeune garçon de douze ans, Jehudi Menuhin, s’est révélé prodigieux violoniste.  

Ce wunderkind a exécuté dernièrement à Berlin trois concertos des trois grands B (Bach, Beethoven et Brahms) avec une telle maîtrise que le public lui a fait une immense ovation. L’orchestre était dirigé par Bruno Walter, un des plus célèbres Kapellmeister d’Allemagne.

Albert Einstein, qui était dans la salle, tint à féliciter le petit virtuose : 

« Mon cher petit, lui dit-il, les larmes aux yeux, voilà bien, des années que je n’ai pas éprouvé une émotion semblable à celle que vous m’avez donnée aujourd’hui. » 

A l’Opéra de Dresde, Jehudi Menuhin a remporté un succès aussi vif qu’à Berlin. Nous aurons bientôt, paraît-il le plaisir de l’entendre à Paris. Cet enfant est nè à San-Francisco. Ses parents, qui l’accompagnent en Europe, sont des israélites de modeste origine qui ont émigré de Palestine aux Etats Unis. Comme on leur demandait de qui leur fils pouvait bien avoir hérité ce génie musical, ils répondirent que son grand-père était un rabbi de la secte des Hassidistes, et que sa ferveur religieuse était peut-être à l’origine de cette précocité, musicale du petit-fils.

« L’Européen. » Paris, 1929.

Les premiers voleurs

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Entendons-nous bien, il ne s’agit point de clouer ici au pilori les premiers hommes qui pensèrent que le moyen le plus pratique pour se procurer quelque chose était le « larcin furtivement fait ». Il nous faudrait pour cela remonter à travers la nuit des temps, jusqu’aux origines de l’humanité. 

Nous voulons simplement parler des premiers mauvais garçons à qui on infligea le nom de voleurs. Cela ne remonte pas au delà du début du XVIe siècle. Jusque-là, on ne connaissait que des larrons, des pilleurs,  des coupe-bourse et des tire-laine : tels furent les compagnons de François Villon et les Coquillards. 

Quant au mot voleur, écrit le vieux Pasquier, l’ordonnance du roi François 1er faite contre eux nous enseigne l’origine, quand elle dit qu’il y avait de meschants hommes, lesquels faisaient semblant de voler l’oyseau, aguétoient des marchands sur les chemins; si cela n’est vray, il est bien trouvé. Ce texte est rappelé par M. Pierre Champion dans l’Envers de la Tapisserie qui nous apporte une documentation si précise sur les différents aspects de la vie publique et privée des Parisiens au temps de François 1er (Calmann-Levy). 

L’explication de Pasquier, qui séduisait encore Littré, est contredite par les étymologistes, gens redoutables, qui font venir le mot voler de vola, paume de la main. Ainsi, voler équivaudrait strictement à empaumer

Quoi qu’il en soit de cette question d’étymologie, c’est sous le règne de François 1er qu’apparurent les premiers « voleurs ». Ils étaient même si nombreux qu’en 1515 on dut créer au Parlement de Paris une Chambre criminelle distincte, connue sous le nom de Chambre de la Tournelle, car, disait le roi, les crimes et délictz qui ont pullulé, et encore de présent pullulent plus que jamais en nostre royaume n’ont esté corrigez ne pugniz

Nos voleurs, auxquels se mêlaient une foule d’aventuriers allemands et italiens, vivaient en véritables bandes de plusieurs centaines d’individus qui soutenaient, souvent victorieusement, de véritables combats rangés avec Le guet. Leur repaire était dans les bois qui avoisinaient le village du Bourget. Une grande rafle, le 28 janvier 1526, aboutit à cinq cents arrestations de malfaiteurs qui furent condamnés aux fers et galères. 

Comme les méfaits de ces voleurs, dont beaucoup étaient d’anciens soldats, se multipliaient, on se montra plus sévère. Le prévôt de Paris en fit pendre, étrangler ou brûler un bon nombre. 

Ces dernières sanctions furent encore insuffisantes pour assurer la sécurité des citoyens. Aussi, pour les brigands et meurtriers qui terrorisaient les bourgeois, une ordonnance du II janvier 1535, publiée à son de trompe, à tous les carrefours, prévit un nouveau supplice, importé sans doute des bords du Rhin : les coupables seraient liés sur la roue après avoir eu les membres cassés et y demeureraient vivants pour y faire pénitence tant et si longuement qu’il plaira à Notre Seigneur de l’y laisser, et morts jusques à ce qu’il soit ordonné par justice, afin de donner crainte, terreur et exemple à tous autres de ne choir, ne tomber en tels inconvénients et ne souffrir, n’endurer telles et semblables peines et tourments pour leurs crimes, délicts et maléfices. 

En dépit de ses rigueurs, François 1er fut obligé de constater qu’on continuait à piller et à détrousser de nuict les allans et venans, ès villes, villages et lieux de notre royaume. 

L’ordre ne fut guère rétabli, et encore provisoirement, que sous Henri II, qui, en 1549, enleva ces affaires à la compétence du Prévot pour les rendre à la juridiction des tribunaux ordinaires, Mais non plus que Louis XIII avec M. de Laffemas ou Louis XIV avec M. de la Reynie, les souverains de la Renaissance ne purent faire disparaître de Paris les mauvais garçons.

Et nous nous apercevons chaque jour, par la lecture des quotidiens, que nous n’en sommes pas encore débarrassés. 

Georges Mongredien.  » Les Nouvelles littéraires, artistiques et scientifiques. » Paris, 1936.
Peinture de Georges De la Tour.

Admission

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Pour être admis dans l’athlétique corporation des forts de la Halle, à Paris, il faut subir victorieusement un examen d’orthographe.

Pourquoi n’imposerait-t-on pas des épreuves sportives aux candidats médecins, aux aspirants avocats, aux professeurs de belles-lettres ? Ainsi se réaliserait, peu à peu la conception de l’idéale démocratie, où tous les citoyens (quelle que soit leur fonction) doivent posséder un corps robuste et sain, avec un esprit agile et cultivé.

Le fort de la Halle devrait se reposer en lisant Renan, et le philosophe se divertir à porter
des sacs de farine.

Paris, 1907.

Paris-plages

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UNE PLAGE DE SABLE AU SQUARE D’ANVERS A PARIS

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Des tas de sable ont été déposés dans les squares de Paris à l’intention des enfants qui peuvent jouer comme à la plage.

« Le Miroir. » Paris, 1920.