patrie

La belle-mère

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Voici une jolie anecdote contée par Octave Uzanne, qui vient de faire un voyage au Canada.

— Rien n’est plus touchant, dit-il, pour nous que cette fidélité à la Patrie d’autrefois. Elle justifie notre confrère Honoré Beaugrand, de Montréal, alors maire de la ville, qui s’avisa dans un banquet officiel présidé par le gouverneur des provinces, lord Dufferin, je crois, de porter ce toast : « A notre Mère lointaine, à la France ! »

Et comme le gouverneur, moitié gêné, moitié souriant, tout en levant son verre, croyait devoir ajouter :

— Mais mon cher monsieur, que faites-vous de l’Angleterre ?<>
— L’Angleterre, milord, reprit Beaugrand, c’est notre Belle-Maman !

Une statue en hiver

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Monsieur le rédacteur,

Je passais hier avenue Henri-Martin, dans ce quartier superbe, rempli de palais magnifiques, vaste temple élevé à l’opulence exotique, et j’ai été témoin d’un incident bien étrange. Le voici dans toute sa simplicité :

Comme chacun sait, on a élevé, il y a quelques années, une statue à Lamartine, dans un bout de jardin où les arbres semblent pousser comme à regret. Triste décor pour ce chétif hommage à ce qui fut l’honneur et la poésie mêmes !

Dans ce jardin, blanc de neige, des enfants jouaient et à quoi ?… Ils bombardaient, les petits, sans savoir, pour rire. « le bonhomme en bronze » qui semblait grelotter sous sa mince redingote, recevant sans sourciller ces boulettes de neige qui lui maculaient le visage, et gardant tout de même, sous l’outrage subi, ce grand air dédaigneux que lui a donné l’artiste !

Cependant est-ce un rêve ? un rayon de soleil passa, auréolant cette tête d’un nimbe doré, et tout aussitôt l’àme de bronze s’attendrit, et j’ai vu ! j’ai vu ! vous dis-je, de mes yeux vu ! de grosses larmes couler de ses yeux !

Et c’était, je vous assure, une immense pitié qui m’a étreint la poitrine ! Avoir été si grand ! Avoir été, ne fût-ce qu’un instant, l’âme même de la Patrie ! et servir de cible à ces enfants ! Mon Dieu ! que cette après-midi d’hiver était donc triste !

Gustave B…

Hélas oui, l’oubli vient vite à cette époque et « cet âge est sans pitié. »

« Gazette littéraire, artistique et bibliographique. »  Paris, 1892.