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Le droit des pauvres

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Ceux qui prétendent qu’il est juste que les comédiens soient excommuniés pendant leur vie, et qu’on fait bien de leur refuser la sépulture après leur mort, ne savent pas sans doute que c’est à ces mêmes comédiens que les pauvres sont redevables du droit que l’on perçoit pour eux sur les recettes des divers spectacles.

En 1696, les comédiens français, établis dans la rue des Fossés-Saint-Germain-des-Prés, décidèrent qu’on prélèverait, tous les mois, sur leurs recettes, une somme qui serait partagée entre les couvents les plus pauvres de Paris. Les Cordeliers n’ayant pas été admis au partage, adressèrent la requête suivante aux comédiens : 

Messieurs,

Les pères Cordeliers vous supplient très humblement d’avoir la bonté de les mettre au nombre des pauvres religieux à qui vous faites la charité. Il n’y a point de communauté dans Paris qui en ait un plus grand besoin, eu égard à leur grand nombre et à l’extrême pauvreté de leur maison. L’honneur qu’ils ont d’être vos voisins leur fait espérer que vous leur accorderez l’effet de leurs prières, qu’ils redoubleront pour la prospérité de votre chère compagnie.  

Les comédiens français accédèrent à la demande des Cordeliers, et depuis lors on a continué de percevoir un impôt pour les pauvres sur tous les spectacles*.

*Le droit des pauvres a été supprimé par le Régime de Vichy, en 1942.

« La Diligence : journal des voyageurs. »Paris, 1845.
Illustration : Peinture de Jean-Baptiste Coulon.

 

 

Autrefois l’hôpital

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Au moyen âge, il existait près des palais des évêques un lieu destiné à la nourriture des pauvres inscrits sur la matricule de l’Église. Ces malheureux, appelés matriculaires, y logeaient pour la plupart et y étaient soignés lorsqu’ils étaient malades. Voilà l’origine des hôpitaux.

Bien entendu, l’hygiène était absolument ignorée dans ces établissements hospitaliers, et il suffira de donner un aperçu du plus important d’entre eux : l’Hôtel-Dieu de Paris, pour se rendre compte de ce que devaient être les autres.

Cet hôpital, dont la fondation, attribuée généralement à saint Landry, remonte au VIIème siècle, s’appela successivement hôpital Saint-Christophe, Maison-Dieu et enfin Hôtel-Dieu. Il jouit constamment de la sollicitude des rois de France et les chanoines de Notre-Dame subvinrent longtemps à ses besoins.

Il était composé de salles nauséabondes et privées d’air, dans lesquelles les soins de la propreté la plus élémentaire n’étaient même pas observés. Les malades atteints des maux les plus différents gisaient côte à côte, couchés par groupes de cinq ou six sur un grand lit de paille sordide où l’on plaçait également les enfants, car les hôpitaux pour ceux-ci n’existaient pas encore.

La maladie se transmettait par ce dangereux contact et faisait d’innombrables victimes, d’autant plus qu’on n’avait pas songé à attacher des médecins à l’établissement et que les personnes qui souffraient n’avaient d’autres soins que ceux dus à l’initiative des soeurs de charité qui l’administraient.

Aller à l’Hôtel-Dieu autrefois c’était presque aller à la mort. 

Au XVIIIème siècle, lors du terrible incendie qui détruisit cet hôpital, un semblable état de choses régnait encore. On allait même, dans des circonstances extraordinaires, jusqu’à placer des malades les uns sur les autres par le moyen de matelas mis sur l’espèce de baldaquin qui surmontait les lits à cette époque et auquel on ne montait que par une échelle.

Telle était la façon dont nos ancêtres, peu soucieux de l’hygiène, comprenaient l’hospitalité donnée aux malades.

« Le Petit Français illustré. »  Paris, 1902.