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Rends-moi mon champ !

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Un terrain était à vendre judiciairement dans une commune des environs de Paris. Personne n’y mettait l’enchère, quoique la mise à prix fut excessivement minime, parce que ce terrain était saisi au père G…, qui passait parmi les paysans pour un sorcier dangereux.

Après une longue hésitation, un cultivateur nommé L…, séduit par le bon marché, se risqua et devint acquéreur du champ. Le lendemain matin, notre homme, la bêche sur l’épaule, se rendait en chantant à sa nouvelle propriété, quand un objet sinistre frappa ses regards. C’était une croix à laquelle était attaché un papier contenant ces mots : « Si tu mets la bêche dans ce champ, un fantôme viendra te tourmenter la nuit. » Le cultivateur renversa la croix et se mit à travailler la terre.

Mais il n’avait pas grand courage, il pensait, malgré lui, au fantôme qui lui était annoncé. Il quitta l’ouvrage de bonne heure, rentra chez lui et se mit au lit. Mais ses nerfs étaient surexcités, il ne put dormir. A minuit, il vit une longue figure blanche se promener dans sa chambre et s’approcher de lui en murmurant : « Rendez-moi mon champ ! » 

L’apparition se renouvela les nuits suivantes. Le cultivateur fut saisi par la fièvre. Au médecin qui l’interrogea sur la cause de sa maladie, il raconta la vision dont il était obsédé et déclara que le père G… lui avait jeté un sort. 

Le médecin fit venir cet homme et, en présence du maire de la commune, il l’interrogea. Le sorcier avoua que chaque nuit, à minuit, il se promenait chez lui, revêtu d’un drap blanc, afin de faire endêver l’acquéreur de son champ. Sur les menaces qui lui furent faites de le mettre en état d’arrestation, s’il continuait ses pratiques nocturnes, il se tint tranquille. Les apparitions cessèrent, et le cultivateur recouvra la santé. 

Comment ce sorcier, se promenant chez lui, pouvait-il être vu du paysan, dont la demeure est à un kilomètre de distance ? M. le docteur Macario, à qui le fait est consigné dans son curieux ouvrage Les Rêves et le Somnambulisme, ajoute :

« Nous ne nous chargeons pas d’expliquer ce phénomène, nous le croyons sans peine, car on ne peut s’en rendre compte que par le spiritisme et par la théorie du périsprit. »

La Vérité : journal du spiritisme. » Lyon, 1863.
Peinture de Frédéric Montenard.

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La maison roulante du Polonais

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Les Prussiens prétendent qu’ils veulent libérer la Pologne. Or, les journaux illustrés de 1907 nous content une anecdote, qui n’est qu’un épisode de l’implacable duel engagé entre le gouvernement allemand et la malheureuse Pologne.

Michal Drzymala, paysan polonais, avait acheté une pièce de terre de trois arpents. Il voulut y édifier une chaumière, mais l’administration, armée d’une loi de circonstance, défendit au nouveau propriétaire de bâtir. Voulant occuper quand même le terrain péniblement acquis, Drzymala eut recours à un expédient : il se procura une roulotte assez confortable, l’installa dans son enclos et y vécut en paix.

Du coup, le paysan devint célèbre; il personnifia la résistance spirituelle à la tyrannie, et la photographie de la maison roulante s’est vendue à des milliers d’exemplaires.

« Le Pêle-mêle. » Paris, 1916.

Propos d’un paysan

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A les entendre, tous nos députés sont les défenseurs acharnés du bon « paysan de France, éternel sauveur de la patrie dans la paix et dans la guerre ». Cependant, coïncidence bizarre, lorsqu’il s’agit de discuter un projet intéressant l’agriculture, de voter une mesure en sa faveur, cela ne les intéresse plus et la Chambre vide est un désert.

C’est ainsi que tout récemment pour s’occuper de la création des Chambres d’Agriculture, il n’y avait qu’une douzaine de députés somnolents et quelques autres expédiant leur courrier. Jusqu’au Groupe de Défense Paysanne qui brillait par son absence !

Ah ! Si l’on avait agité une de ces futiles et creuses questions de politique, une Chambre en furie se serait trouvée là ! Hémicycle bondé et fourmillement dans les couloirs, discussions passionnées et discours retentissants, applaudissements frénétiques, cris, vacarme et pugilat peut-être : rien n’aurait manqué au grand jour.

Mais, il ne s’agissait que de l’agriculture. Le débat fut terne, ce qui n’empêche pas d’ailleurs que le travail fut excellent. Le projet De Monicault fut en effet adopté dans ses grandes lignes et nous pouvons espérer enfin une bonne représentation professionnelle agricole, si le Sénat toutefois s’en désintéresse également.

Mais pourquoi diable nos politiciens, la bouche en coeur et la main sur la poitrine, protestent-ils à l’envi de leur complet dévouement à la classe agricole, de leur attachement à la campagne ? Pourquoi surtout se laisse-t-on encore prendre à ces boniments ?

« La Terre de Bourgogne : la Bourgogne agricole et la Bourgogne rurale réunies. » Dijon, 1922.
Illustration : Vincent van Gogh. « 
La plaine de la Crau. »

Manifestations

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Pendant que le Tout-Paris villégiature, ce qui reste manifeste. C’est chose peu banale, en effet, que de voir de courageuses femmes du monde réclamer publiquement dans la rue la liberté d’enseignement.

En cent ans, la situation de notre pays a vraiment peu changé. Les descendants de ceux qui eurent le plus à souffrir de la Révolution se réclament à leur tour de ses principes — dits immortels — pour défendre leurs libertés menacées. Ce rapprochement est vraiment bien curieux et bien humain. Seulement il n’est plus de Bastille à prendre, et cela serait moins facile que jadis. M. Lépine veille et bien.

Il serait question de former une ligue pour le refus de l’impôt. Nul doute qu’elle ne trouve de nombreux adhérents dans toutes les classes de la société, ne fût-ce que pour le plaisir extrême d’économiser sur le dos de l’Etat. C’est un moyen tout trouve de rétablir quelque peu ses revenus sans cesse diminuant. Voilà une idée qui ferait fortune dans les campagnes, ou le paysan attend la dernière extrémité pour payer ses contributions, et avec quel chagrin ! car elles lui arrachent les quelques sous que la terre appauvrie lui permet de mettre de côté.

« La Revue mondaine : hebdomadaire, littéraire et artistique. »  Paris, 1902.
Illustration : F. Brard.

Normand versus Normand

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Les Normands n’ont pas cessé de mériter leur légendaire renom de matoiserie. Ils ne peuvent se vaincre qu’entre eux à ce jeu-là. Les journaux de l’Orne nous le prouvent à nouveau par le trait suivant qui est d’hier.

A Domfront, la femme d’un paysan étant gravement malade, l’époux se résigna enfin à convoquer un médecin qui n’était pas de Paris… Le docteur ausculte, palpe, interroge, ne trahit pas ses impressions et, devant la mine résignée du mari, laisse percer quelques inquiétudes sur ses honoraires.

Monsieur, dit le rustique qui a compris, j’ai là dans mon bonnet de nuit cinq louis qui ne doivent rien à personne. Que vous teuiez ou que vous guarissiez ma chère femme, ils sont à vous, à notre prochaine encontre.

Je la guérirai peut-être bien, répond l’autre, dans le meilleur accent du cru.

La malade mourut le lendemain. A quelques jours de là le médecin, sans attendre l’encontre, se présenta au domicile du survivant :

Je viens vous consoler et… me payer… fait il à peine hésitant.

Docteur, répond le rusé compère, je tiendrais ben ma promesse. Mais (et il montrait ses deux fils et son maître valet) ces témoins vous diront comme moi que je ne vous devrais les cent francs que si vous aviez teuié ou guari… ma défunte. Or, vous ne l’avez point teuiée, n’est-il pas certain ?

Et le docteur de répliquer aussitôt :

Je n’avais point dit que je ne la teuiérais point, n’ayant point dit davantage qu’elle mourrait.

Le paysan avait trouvé son maître. Et il le paya… Même, il versa au surplus une bolée de cidre à l’avisé disciple d’Hippocrate.

« Gazette Française. »  Paris, septembre, 1903.

Banzai !

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paysan

Un paysan s’arrêta devant la salle de spectacle de Rochefort et s’adressa au donneur de billets :

Je n’ai jamais vu la comédie, dit-il, j’ai envie de savoir ce que c’est. Je veux bien payer; mais je veux être à la première place.

Un des acteurs était alors dans le bureau; il lui promit de le satisfaire, le conduisit sur le théâtre, où il l’installa dans un fauteuil.

On jouait ce jour-là Gaston et Bayard. La vue de cet homme et son costume égayèrent les spectateurs. Le paysan ouvrait de grands yeux pour voir les mouvements des acteurs. Lorsque l’on fut parvenu à la sixième scène du cinquième acte, où Altamore veut massacrer Bayard, le paysan, qui vit l’acteur s’avancer la lance à la main, se jette sur lui, le désarme, le prend à la gorge, le terrasse en lui hurlant:

Il y a assez longtemps que tu fais souffrir ce brave homme par tes trahisons, mais tu ne lui en feras pas davantage ! 

On eut toutes les peines du monde à arracher le comédien de ses mains.

C. Dillet, 1874.

Pourquoi la dîme était payée par les paysans

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C’était en 1778. Un paysan, à force de lire Voltaire, oublia de payer la dîme à monsieur le curé. Mais les temps de Pâques étant venus, force lui fut d’aller à confesse. Le curé, qui attendait cette occasion pour attraper la dîme, dit au paysan, lorsqu’il eut fini:

Avez-vous, mon frère, d’autres péchés ?

Je ne m’en souviens pas, mon père, répondit le paysan.

Pensez-y bien, mon fils, car vous commettriez un grand sacrilège.

Ma conscience ne me reproche plus rien

Payez-vous bien et loyalement les dîmes et les prémices comme notre sainte mère l’Eglise l’ordonne ?

Et quelle est donc, mon père, cette mère Eglise qui ordonne cela ?

Comment, mon fils c’est le saint concile de Trente, composé d’un légat du pape, 200 archevêques, de 300 évêques, de 400 théologiens.

Et dites-moi, mon père , y avait-il beaucoup de paysans au saint concile de Trente ?

Oh, l’imbécile ! répliqua le curé, que pouvaient faire les paysans au concile il n’y en avait pas un.

Voilà pourquoi, mon père, reprit le paysan; vous nous avez condamnés à vous payer les dîmes et les prémices. Si ce concile eût été composé de laboureurs, à coup sùr nous aurions ordonné que les dîmes fussent payées par les évêques et par les curés.

 » Les casse-cou, aventures et mésaventures. »  B. Renault, Paris, 1846.

Crédit photo © Jean Pimentel.