peigner

Douteux rebouteux

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Le peuple a gardé contre les médecins une méfiance craintive, comme s’il appréhendait toujours d’être pris pour sujet d’expériences. Au contraire, les rebouteux, guérisseurs et autres charlatans ont leur tendresse, grâce à l’amour tenace du merveilleux qui gît en notre âme de Gaulois épris de fantastiques histoires.

A chaque instant les tribunaux ont à condamner quelque marchand de boulettes mirifiques, autant en général pour escroquerie que pour exercice illégal de la médecine ou de la pharmacie. Le dernier qui vient de voir interrompre le cours de ses  « merveilleuses » cures, a été jugé à Rouen, il n’y allait pas de main morte.

Peigner (c’est le nom du prévenu) cumulait les fonctions de masseur, de rebouteur, de médecin, de chirurgien, etc. Un détail donnera une idée de sa science. Pour administrer des fumigations à ses clients, il les enfermait dans un tonneau, la tête seule émergeant. Assis sur une chaise placée dans le tonneau, le patient recevait, en cette position, la chaleur d’un réchaud à charbon allumé au-dessous.Le tribunal a prononcé contre Peigner une triple condamnation : d’abord, huit jours de prison pour blessures par imprudence, ensuite 500 francs d’amende pour exercice illégal de la pharmacie et 16 francs d’amende pour exercice illégal de la médecine et de la chirurgie.

Un autre bel exemple de rebouteux qui n’administre pas seulement de la mie de pain en pilules, est celui de la femme Lombard. Elle habitait et habite peut-être encore Ménilmontant, en pleine Ville-Lumière.

Un pauvre diable de graveur, à moitié ataxique, nommé Ney, la laissa s’installer chez lui, où elle prétendait le guérir. Elle lui administra d’abord ce qu’elle appelle, des bains secs. Le malheureux Ney, qui n’a rien de commun avec le vainqueur d’Elchingen, devait s’asseoir sur une chaise percée dans laquelle la femme Lombard avait placée une lampe à alcool. La guérisseuse expliquait au patient qu’il s’agissait de « cuire le mal ». L’infortuné Ney sautillait, résigné, sur son siège. Parfois, la femme Lombard lui donnait en quelques heures, jusqu’à six lavements qu’il devait garder, car il ne suffisait pas de « cuire le mal », il fallait le « noyer ». C’était la question par l’eau, mais de l’autre côté. Après avoir tour à tour cuit ou noyé le mal, il fallait « l’enlever ». C’étaient alors des frictions qui duraient plusieurs heures et où la femme Lombard déployait une telle furie que la peau du malheureux Ney, surnommé par ses voisins le Brave des braves, s’en allait par lanières dont la frictionneuse remplit un bocal. Enfin, pour « évacuer le mal», la guérisseuse donnait à M. Ney des purgations qui l’etendaient raide.

Elle employait aussi une pommade, dont voici la formule :

« Prenez trois petits chiens d’un mois. Tuez-les en leur faisant boire du cognac. Ecrasez leur graisse avec des vers rouges semblables à ceux que l’on emploie pour la pêche à la ligne. Faites cuire le tout au bain-marie pendant soixante-douze heures, à l’époque de la pleine lune. Cette pommade guérit rhumatismes, goutte et toutes les douleurs. »

La femme Lombard vendit au triste Ney, en peu de temps, pour 1.600 fr. de pommade de chiens ivres-morts. Elle soignait une jeune fille qui perdait ses cheveux en lui faisant avaler des pilules de crottes de blaireau. La justice intervint. On arrêta la femme Lombard. Alors trois cents habitants de Ménilmontant signèrent une pétition pour demander la mise en liberté de la faiseuse d’onguent de vers de vase.

Il est vrai que Ménilmontant est un pays d’esprits forts et que nous sommes dans un siècle de lumières.

« La Joie de la maison. » Paris, 1892.

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Un hôtel en Amérique

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Paul Courty, du Journal amusant, a un ami de retour d’Amérique qui affirme y avoir lu dans un hôtel le règlement suivant :

Les messieurs sont priés de ne pas mettre leurs pieds, en hiver, sur le manteau de la cheminée; en été, sur l’appui des fenêtres.

Les dames sont priées de ne pas écrire leurs noms sur les glaces et les vitres avec le diamant de leurs bagues. Si elles se servent de souliers en caoutchouc, elles devront les nettoyer elle-mêmes.

Elles sont, de plus, invitées à ne pas sonner toutes les cinq minutes la femme de chambre, et à ne pas laisser leur porte ouverte la nuit, quand elles logent à côté d’un gentleman.

Le gentleman célibataire s’abstiendra de jouer du trombone; il ne doit pas peigner ses favoris à table, ou du moins ne pas laisser le peigne à côté de son assiette.

Les dames sont priées de ne pas mettre le nez dans les plats qu’on leur passe, à moins qu’elles n’aient la vue basse, et de ne pas tremper les doigts dans la sauce pour la goûter.

On ne doit pas se battre pour la croûte du gâteau de maïs.

Si une dame est pressée de quitter la table avant la fin du repas, elle est priée de le faire sans dire aux convives le motif qui l’oblige à sortir.

Conditions très libérales. La pension est invariablement payée d’avance, au commencement de chaque semaine.

Tout n’est peut-être pas prévu dans cet original règlement; mais il est curieux à conserver au point de vue des mœurs locales.

« Gazette littéraire, artistique et bibliographique. »  Paris, 1891.