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Courbet à Sainte-Pélagie

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La lettre qu’on va lire fut adressée par Gustave Courbet, le peintre d’Ornans, au directeur de la prison de Sainte-Pélagie, où le déboulonneur de la colonne Vendôme fut enfermé en 1871.

Monsieur le Directeur,

Je vous serais très obligé de vouloir bien me faire donner un bain de siège, à demeure dans ma chambre, afin de pouvoir continuer le traitement qui m’a été ordonné par les médecins de Paris et de Versailles, pour une affection hémoroïdale (sic).
Je désirerais aussi que vous m’autorisiez à faire acheter une bouteille de bierre (sic) par jour, car je ne puis presque pas boire de vin à cause de ma maladie.
Veuillez aussi me faire passer le catalogue de votre bibliotèque (sic), plus un bonet (sic) de coton pour la nuit, plus un grand bain.

J’ai l’honneur de vous saluer.
G. Courbet.

« La Chronique médicale : revue bi-mensuelle de médecine historique, littéraire & anecdotique. »  Paris, 1911. »
Illustration : Gustave Courbet. Autoportrait à Sainte-Pélagie, 1872.

Anecdote sur Angelica Kauffman

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Angelica-Kauffmann...

M. Rabbe, dans son excellente notice insérée dans la Galerie des Contemporaines, a apprécié avec son talent ordinaire cette femme célèbre, qui, dès l’âge de douze ans, maniait heureusement le pinceau, et qui parvint à prendre place parmi les plus grands et les plus illustres artistes.

Il a dépeint ses premiers pas dans la peinture, ses progrès, ses succès, puis les douleurs de sa vie privée, l’affreux malheur qui la mit dans les bras d’un misérable aventurier au moment où elle croyait épouser un homme d’un rang illustre. Enfin, il a jugé son genre, son talent et ses œuvre avec ce sentiment exquis des arts qui le caractérise. Cependant il a oublié de raconter une anecdote de la vie d’Angelica, peu importante sans doute en elle-même, mais qui prouve pourtant qu’il y avait en elle un peu moins d’idéalité, et un peu plus de cette coquetterie commune à toutes les femmes, et surtout à celles qui, comme Angelica , sont favorisées des dons de la nature.

C’est dans des mémoires très intéressants sur le sculpteur Joseph Nollekens, publiés en Angleterre, que nous trouvons, cette anecdote.

Tout le monde connaît, dit l’auteur de cet ouvrage, la manière dont Angelica Kauffman fut trompée par un valet qui l’épousa sous le nom de comte de Horn ; sa douleur fit grand bruit. Cependant, on sympathisa beaucoup moins à ses peines, quand on connût en Angleterre son extrême coquetterie. En voici une preuve, Nollekens avait été témoin lui-même du fait :

Avant son mariage, et pendant qu’elle était à Rome, Angelica aimait passionnément à se montrer, à étaler ses charmes et à se faire adorer par une foule d’admirateurs. Un jour, dans cette intention , elle se plaça dans une des loges les plus apparentes du théâtre Argentina ; elle était accompagnée par Nathaniel Danc et un autre artiste, qui, tous les deux, comme bien d’autres, étaient amoureux fous d’elle.

Comme elle était assise entre ses deux adorateurs, elle sentit un bras de chacun d’eux presser amoureusement sa taille. Alors, croisant ses bras et s’appuyant sur le devant de la loge, elle prit une main à chacun d’eux, et la serrant, elle les laissa convaincus tous les deux qu’ils étaient payés de retour.

Le bon Nollekens, en contant cette anecdote, s’en étonnait beaucoup ; sa susceptibilité anglaise ne pouvait comprendre ce manège de coquetterie. Qu’eût-il dit s’il avait vu nos Saphos et nos Angelica actuelles, le plus souvent aussi remarquables par ce défaut que par leur talent ?

« Diogène : feuille historique, philosophique et littéraire. »  Paris, 1828.

Les modèles du peintre

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squelettesLe peintre Penteman né à Rotterdam, vers l’an 1650, fut chargé de représenter dans un tableau des têtes de morts et plusieurs autres objets capables d’inspirer du mépris pour les amusements et les vanités du siècle.

Afin d’avoir sous les yeux des modèles, il entra dans un cabinet d’anatomie, qui devait lui servir d’atelier. En dessinant les tristes objets qui l’entouraient, l’artiste s’assoupit malgré lui et céda bientôt aux charmes du sommeil. Il en goûtait à peine les douceurs qu’il fut réveillé par un bruit extraordinaire. Quelle dut être sa frayeur, en voyant remuer les têtes des squelettes qui l’environnaient, et en apercevant les corps suspendus au plancher s’agiter et se heurter avec violence.

Saisi d’effroi, Penteman sort de ce lieu terrible, se précipite du haut de l’escalier et tombe dans la rue à demi-mort. Lorsqu’il eut repris connaissance, il fut facile de s’assurer que le spectacle dont il venait d’être épouvanté n’était que trop naturel, puisqu’il avait été occasionné par un tremblement de terre.

Mais la terreur avait tellement glacé son sang qu’il mourut peu de jours après.

« Encyclopédie théologique. » Paris, 1848.

Le peintre devenu médecin

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médecin

Un peintre dont le talent était fort médiocre, embrassa la profession de médecin. Comme on lui en demandait la raison :

« C’est, répondit-il, parce que, dans la peinture, toutes les fautes sont exposées à la vue, au lieu que, dans la médecine, elles sont enterrées avec le malade. »

« Les soirées amusantes. »  Paris, 1874.

Le peintre Nanteuil

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Robert-nanteuil

Robert Nanteuil, qui acquit, sous le règne de Louis XIV, une si grande réputation par ses portraits, resta longtemps obscur et inconnu, et dut presque au hasard l’occasion de se faire connaître du public. Voici l’anecdote curieuse qu’on raconte à ce sujet:

Plusieurs jeunes abbés s’assemblaient à la porte d’une auberge, située auprès de la Sorbonne. Nanteuil les remarqua, et un jour qu’ils y étaient en plus grand nombre encore qu’à l’ordinaire, il alla demander à la maîtresse de cette auberge si un ecclésiastique de la ville de Reims était logé chez elle. Il ajouta que malheureusement il en avait oublié le nom, mais qu’elle pourrait le reconnaître par le portrait qu’il en avait fait.

A ces mots, Nanteuil lui montra un portrait bien dessiné, et qui avait l’air fort ressemblant. Les abbés, qui l’avaient écouté, jetèrent les yeux sur le portrait, et en furent si charmés, qu’ils ne pouvaient se lasser de l’admirer. 

Si vous voulez, messieurs, leur dit alors Nanteuil, je vous ferai à chacun votre portrait pour peu de chose, qui sera tout aussi bien travaillé et aussi fini que celui-là. 

Le prix qu’il demanda était si modique qu’ils se firent tous peindre l’un après l’autre, et amenèrent encore leurs amis. La foule des amateurs devint si considérable, que l’artiste augmenta le prix de ses ouvrages, et gagna bientôt beaucoup d’argent.

« Almanach facétieux. » Passard, Paris, 1852.

Prestige de la superstition

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escargots

Buonamico Buffalmacco ne pouvant souffrir que son maître Andréa Tafi l’appelât à la veillée durant les longues nuits d’hiver, imagina l’expédient suivant pour n’être plus forcé de changer la douce chaleur de son lit contre le froid glacial de l’atelier.

A l’aide d’aiguilles courtes et fines il attacha trente petites bougies sur la coquille de trente gros escargots qu’il avait trouvés dans une cave. Dès que l’heure de la veillée fut arrivée, il alluma ses candélabres vivants et les poussa un à un à travers une fente de la porte dans la chambre d’Andréa. Celui-ci allait justement appeler Buffalmacco, mais, en voyant ces petites lumières qui circulaient lentement, il trembla de tous ses membres, recommanda son âme à Dieu, récita ses oraisons et ses psaumes, et finit par se cacher sous ses couvertures, attendant, en grelottant de peur, la venue du jour, sans songer à troubler le sommeil de son malicieux apprenti.

Le matin, il lui demanda s’il n’avait point été tourmenté par plus de mille démons. Buonamico lui répondit qu’il avait dormi tranquillement et qu’il était étonné de n’avoir pas été appelé à la veillée.

Ah ! s’écria Tafi, je n’ai pas eu le temps de songer à peindre et je suis décidé à chercher une autre maison.

La nuit suivante, Buonamico ne mit en campagne que trois escargots, mais ils suffirent pour renouveler les terreurs de l’infortuné Tafi qui, dès la pointe du jour, sortit de sa maison en jurant de n’y plus jamais rentrer. On eut toutes les peines du monde à le faire changer d’avis. Buonamico, après lui avoir amené le curé de la paroisse qui le consola de son mieux, finit par lui dire :

J’ai toujours entendu assurer que les démons sont les plus grands ennemis de Dieu; par conséquent ils doivent porter une égale haine à nous autres, peintres, car, non contents de les représenter aussi hideux que possible, nous leur arrachons encore les âmes de maints pécheurs que nous convertissons par nos tableaux religieux. Et comme la nuit, vous savez, appartient aux démons, si vous n’abandonnez pas complètement l’habitude de veiller, je crains bien qu’ils ne vous jouent des tours plus terribles que ceux dont vous avez déjà été victime.

Par ces paroles et d’autres semblables propos, que le curé ne pouvait qu’approuver, Buffalmacco arrangea les choses de telle sorte que Tafi cessa d’être aussi matinal. Une seule fois, quelques mois après, il tenta de recommencer ses veillées, mais une nouvelle visite des escargots le rappela à l’ordre.

Cette aventure fut cause que de longtemps aucun peintre à Florence n’osa travailler pendant la nuit !

in « Lisez-moi Historia. »  J. Tallandier, Paris, 1936.