pendaison

Le Code et la potence

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indiens

Le correspondant américain du Droit envoie à ce journal le récit d’une exécution des plus étranges et à coup sûr des moins lugubres. Voici sa lettre, elle est datée de New York, le 5 avril : 

Les bienfaits de la civilisation pénètrent les uns après les autres chez ces tribus indiennes, incessamment refoulées vers l’ouest lointain par le progrès de l’occupation américaine. Nous leur avions déjà enseigné l’usage de la carabine et de l’eau-de-feu, voici maintenant qu’ils nous empruntent le Code et la potence. 

La scène se passe dans un village chérokée à vingt-cinq milles de la ville de Van Buren , dans l’Etat de l’Arkansas. Un Indien appelé Musquito a été trouvé assassiné. Les soupçons se sont portés sur un autre Peau-Rouge, nommé Nat par abréviation de Nathaniel. Ayant été reconnu coupable de meurtre par un jury chérokée, c’est à présent au shérif chérokée à faire exécuter la peine de mort prononcée par un juge chérokée. Les blancs n’ont eu à se mêler et ne se sont mêlés de rien. 

Voici comment un témoin oculaire raconte le dénouement de la pièce dont on donnait la première représentation devant un public chérokée. Dénouement qui prêterait à rire s’il ne s’agissait pas de la mort d’un homme. 

Le shérif avait fait dresser la potence à peu de distance de l’espèce de hutte qui avait servi de cour d’assises ; mais, lorsqu’on voulut y attacher Nat, il se trouva (c’était une espèce de géant) qu’il était presque aussi haut que le gibet. Il fallut recourir à un autre moyen d’exécution. 

Toute la tribu indienne, le shérif et le condamné en tête, suivit les bords ombragés de l’Arkansas jusqu’à ce qu’on eût trouvé un arbre qui pût remplacer la potence. Après une promenade qui se prolongea assez longtemps, parce que tantôt le shérif, tantôt le condamné, avait quelque chose à objecter aux divers arbres qu’on rencontrait, on arriva enfin devant un magnifique cotonnier (cotton-wood populus monilifera : espèce de peuplier qu’on trouve dans le voisinage du Mississipi) dont une grosse branche s’avançait à angle droit à une hauteur plus que suffisante pour le succès de l’opération. 

Voilà notre affaire ! s’écria le shérif.
— On ne saurait trouver mieux ! fit le condamné. 

La chose ainsi arrangée, Nat manifesta le désir de prendre pour la dernière fois un bain dans l’Arkansas. Sa demande lui fut accordée sans hésiter. Un blanc aurait pu mettre l’occasion à profit pour s’échapper, mais avec un Chérokée, il n’y avait rien à craindre. Le gigantesque Nathaniel se dépouilla de la couverture qui lui servait d’habillement complet, se jeta dans la rivière, et se livra avec délices au plaisir de la natation. Puis il sortit de l’eau sans qu’on l’eût rappelé, remit sa couverture, et se tint prêt à remplir le  rôle que la loi lui avait assigné. 

Le shérif lui dit alors de grimper sur l’arbre. Il y grimpa comme un écureuil, puis ce fonctionnaire et ses aides le suivirent avec la corde fatale. Nat s’arrêta sur la branche qui formait comme le bras d’une potence, mais le shérif l’engagea à essayer d’approcher le plus possible de l’extrémité de la branche, ce qu’il fit avec beaucoup d’agilité. Après quoi le shérif (qui cumulait, à ce qu’il paraît, les fonctions de bourreau) ajusta le nœud coulant au cou du patient et fixa à la branche l’autre extrémité de la corde. 

Pour si étrange que cela puisse sembler, tous ces lugubres préparatifs se firent, de part et d’autre, avec le plus beau sang-froid du monde. On aurait dit le déroulement d’une expérience scientifique. Enfin, quand tout fut arrangé à la satisfaction de Nat et du shérif, celui-ci dit qu’il allait descendre de l’arbre, et que, une fois à terre, il lui crierait de sauter. 

C’est convenu, dit le Chérokée. 

Au bout d’une couple de minutes, en effet, le shérif cria :

Saute, Nat ! 

Et Nat sauta. 

Comme il tombait de très haut, sa mort fut presque instantanée. 

« La Lorgnette. » Bordeaux, 1862.

 

Confession

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louis-II-de-vendôme

Lorsque le duc de Vendôme commandait l’armée des deux couronnes en Lombardie, la désertion était considérable parmi les Italiens.

En vain la peine de mort était exécutée contre les déserteurs, rien ne pouvait fixer le soldat sous ses drapeaux. A la fin, le général fit publier que tous ceux qui déserteraient seraient pendus à l’instant, et sans l’assistance d’aucun prêtre. Cette punition, comme on l’avait prévu, fit sur eux plus d’impression que la mort même.

Ils auraient bien risqué d’être pendus, mais ils n’osèrent pas courir le risque d’être pendus sans confession.

Victor Fournel. « Dictionnaire encyclopédique. » Paris, 1872.

Pendu deux fois

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brigand;

En Hongrie, le brigandage a repris avec une telle violence que le gouvernement s’est vu obligé de proclamer, dans plusieurs comitats, le « statarium », c’est-à-dire la justice sommaire. Sous ce régime, on est pris, jugé, pendu, le tout dans l’espace d’une demi-heure. On peut rappeler à ce propos la drôlatique histoire magyare du Tzigane pendu et rependu.

Deux paysans, revenant du marché en voiture, passent devant une potence rurale où se balance justement un Tzigane fraîchement exécuté. Les paysans descendent, tâtent le bonhomme, s’aperçoivent qu’il respire encore, le détachent, pour le charger sur leur véhicule, et continuent leur chemin. Les cahots de la voiture raniment le patient tout à fait et quelques gorgées d’eau-de-vie, administrées à la première auberge venue, achèvent cette oeuvre de Samaritain.

Tout à coup, l’homme pendu disparaît de la taverne; il s’est esquivé, en emmenant le cheval et la voiture de ses sauveurs, stupéfaits d’une aussi noire ingratitude. Cependant, ils montent résolument deux chevaux empruntés à la taverne, poursuivent le voleur incorrigible et sont assez heureux pour le rattraper non loin de l’endroit où ils l’avaient sauvé.

Que faire ? La potence était là, la corde encore suffisamment longue. Voilà donc nos deux Magyares qui se mettent à rependre leur Tzigane et à faire très soigneusement ce que le bourreau avait fait très négligemment.

L’histoire est arrivée il y a une trentaine d’années ; elle est authentique.

« La Revue des journaux et des livres. »  Paris, 1887.

La nostalgie du bourreau

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L’année qui vient de s’éteindre a emporté dans son dernier souffle une célébrité dont le Voltaire a retracé brièvement la carrière aussi longue que bien remplie.

William Calcraft est mort, mort de chagrin, dit-on. Cet homme à poigne avait la nostalgie des « affaires ». Depuis la nomination de William Marwood en 1874, l’ex-bourreau dépérissait à vue d’œil. Il ne pouvait se consoler de ce qu’il appelait sa disgrâce. Les éloges prodigués par la presse à son successeur l’exaspéraient.

« J’ai soixante-dix-neuf ans, disait-il, mais je pourrais encore pendre deux hommes contre Marwood un. »

Pour se consoler, Calcraft, qui joue du violon (un instrument à cordes !) essayait quelquefois d’exécuter des airs de Wagner. Dernièrement, il avait été invité par un ami, à venir pendre … la crémaillère. Cette mauvaise plaisanterie l’avait rendu furieux.

Calcraft avait été bourreau de 1828 à 1874. Total, 46 ans. Il n’avait donc pas volé les25 francs de pension hebdomadaire qu’on lui a alloués quand il a été suspendu.

Les jeunes années de l’ex-bourreau sont peu connues. On prétend qu’il a été condamné à mort à l’âge de vingt-sept ans, et gracié à la condition qu’il embrassât la carrière d’exécuteur. Ses appointements n’étaient pas fabuleux : une livre sterling par semaine, plus une autre livre par pendaison.  

Mais il avait « ses petits profits » : les vêtements des suppliciés d’abord  (qu’il revendait à Mme Tussaud pour son Musée des horreurs),  ensuite le commerce des cordes à pendus, qui, à raison de cinq ou six francs le centimètre, lui rapportaient dans la morte-saison (ô ironie !), d’assez jolis bénéfices.

On raconte qu’un Américain lui en loua une un jour pour dix mille francs. On trouva l’amateur pendu le lendemain, dans son hôtel, au ciel de son lit.

Une fière corde ! disait Calcraft, en venant réclamer son bien. Je la revendrai demain à un autre Américain. En voilà une qui m’aura porté bonheur !

« Le Voleur illustré : cabinet de lecture universel. »  Paris, 1880.

Un acteur trop consciencieux

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Theatre-Odessa

Un affreux accident s’est produit au théâtre d’Odessa. Dans la pièce intitulée : Les frères Karmason, le « traître », pris de remords, se pend au cinquième acte. 

L’acteur chargé de ce rôle fâcheux, M. Bolchovski, passa sa tête dans le noeud coulant comme il le faisait tous les soirs. Malheureusement, le point d’appui dissimulé qui empêchait la strangulation vint à lui manquer subitement.

La violence du choc lui brisa l’épine dorsale et il mourut au milieu des bravos du public trouvant l’effet de scène très bien « imité ».

Un homme précautionneux

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suicide

Décidé à mourir, mais craignant d’être mouillé, un refugié russe, près de Nice, se pend en tenant un parapluie.

« Le Petit Journal Illustré. » 1928.

Le mariage ou la corde au cou

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pendu

Il existait autrefois dans le canton de Vaud un usage favorable aux criminels, et que l’on trouve rappelé dans le coutumier manuscrit de ce pays. Il est conçu dans les termes suivants:

« Si quelques hommes ou femmes à marier viennent à commettre crimes, pour lesquels ils soient jugés à mort, icelle adjudication nonobstant, s’il vient une fille ou un fils, selon le sexe de conjonction, qui n’aurait été marié, requérir à la justice le condamné pour l’avoir en mariage, il lui sera délivré sans prendre mort, et abandonné en liberté et franchise, etc., etc. »

La personne qui délivrait ainsi le criminel en l’épousant était aussi tenue de payer les frais du procès.

Pendant le dix-septième siècle, un jeune homme, coupable de vol, fut condamné à être pendu a Romont. une fille voulant lui sauver la vie, se rend au lieu de l’exécution, réclame la coutume du pays en faveur du patient, en s’offrant à l’épouser. Ce malheureux était déjà sous le gibet. Il regarde celle qui lui apportait avec tant de générosité une espérance de salut, et l’ayant fixée un instant, il frappe sur l’épaule du bourreau:

Compère mon ami, lui dit-il, allons notre petit train; elle est borgne.

Puis montant lestement l’échelle, il subit sa sentence.