Père Abram

L’homme vêtu d’un habit de soie

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Le père Nicolas Abram rapporte l’anecdote suivante dans son histoire manuscrite de l’université de Pont-à-Mousson:

Un jeune garçon de bonne famille, mais peu fourni d’argent, se mit d’abord à servir dans l’armée parmi les valets. De là ses parents l’envoyèrent aux écoles; mais ne s’accommodant pas de l’assujettissement que demandent les études, il les quitta, résolu de retourner à son premier genre de vie.

En chemin, il rencontra un homme vêtu d’un habit de soie, mais sombre, hideux et de mauvaise mine, qui lui demanda où il allait, et pourquoi il avait l’air si triste.

Je suis, lui dit cet homme, en état de vous mettre à votre aise, si vous voulez vous donner à moi.

Le jeune homme croyant qu’il parlait de l’engager à son service, lui demanda du temps pour y penser. Mais, commençant à se défier des magnifiques promesses qu’il lui faisait, il le considéra de plus près, et ayant remarqué qu’il avait le pied gauche fendu comme celui d’un bœuf, il fut saisi de frayeur, fit le signe de la croix et invoqua le nom de Jésus. Aussitôt le spectre s’évanouit.

Trois jours après, la même figure lui apparut de nouveau, et lui demanda s’il avait pris sa résolution. Le jeune homme répondit qu’il n’avait pas besoin de maître. En même temps, l’homme en habit de soie jeta à ses pieds une bourse pleine d’écus, dont quelques-uns paraissaient d’or et nouvellement frappés. Dans la même bourse, il y avait une poudre, que le spectre disait très subtile. Il lui donna ensuite des conseils abominables, et l’exhorta à renoncer à l’usage de l’eau bénite et à l’adoration de l’hostie, qu’il nommait par dérision, le petit gâteau.

Le jeune homme eut horreur de ces propositions; il fit le signe de la croix sur son cœur, et en même temps il se sentit jeté si rudement contre terre, qu’il y demeura presque mort pendant une demi-heure.

S’étant relevé, il retourna chez ses parents, fit pénitence et changea de conduite. Les pièces qui paraissaient d’or et nouvellement frappées, ayant été mises au feu, ne se trouvèrent que du cuivre.

« Histoire des fantômes et des démons qui se sont montrés parmi les hommes. »  Gabrielle de Paban, Delauney, Paris, 1819.

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