Perse

Histoire des poupées

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Victor Hugo, de la mort duquel on a célébré, en 1935, le cinquantenaire, ne les avait pas négligées.

« La poupée, a écrit Hugo dans les Misérables, est un des plus et en même temps un des plus charmants instincts de l’enfance féminine. » 

Et il complétait sa remarque : 

« Soigner vêtir, parer, habiller, déshabiller, rhabiller, enseigner, un peu gronder, dorloter, endormir se figurer que quelque chose est quelqu’un, tout l’avenir de la femme est là. Tout en rêvant et tout en jasant, tout en faisant de petits trousseaux et de petites layettes, tout en cousant de petites robes, de petits corsages et de petites brassières, l’enfant devient jeune fille, la jeune fille devient grande fille, la grande fille devient femme. Le premier enfant continue la dernière poupée. »

La coutume des poupées a de fort lointaines origines. 

Dans l’Egypte, la Perse et la Grèce antiques, les petites filles s’amusaient déjà avec des poupées en bois, en os, en ivoire ou en terre cuite. On a retrouvé de ces jouets dans des sépultures d’enfants (on enterrait les fillettes, avec leurs joujoux favoris) et on en peut voir, aujourd’hui, en plusieurs musées, et notamment au Louvre. 

A Rome, l’usage voulait que les jeunes filles nubiles allassent porter leurs poupées aux autels de Vénus. 

Au Moyen Age, l’usage des poupées fut certainement conservé, mais on ne possède pas, de cette époque, d’objets qui puissent fournir un témoignage direct. Tout au plus a-t-on découvert, dans de rares manuscrits, des reproductions graphiques de quelques poupées médiévales. 

Du quinzième au dix-septième siècle, les petites bonnes femmes de bois prennent une importance nouvelle : elles deviennent les propagandistes de la mode française. Ce sont des poupées soigneusement habillées et parées qui vont faire connaître à l’Europe entière les subtilités vestimentaires des dames de la cour de France. L’histoire a enregistré quelques célèbres envois : la poupée adressée par Isabeau de Bavière à sa fille Isabelle d’Angleterre, la poupée offerte par Anne de Bretagne à Isabelle de Castille. 

Ce mode de représentation de la haute couture fut longtemps en honneur. 

Pendant la guerre de la succession d’Espagne, alors que Français et Anglais se battaient avec acharnement et conviction, une convention spéciale fut signée qui autorisait l’entrée en Angleterre des figurines annonciatrices de la dernière mode de Versailles. 

A cette époque, les corps des poupées n’étaient pas moulés mais modelés à la main et avec minutie. 

Ce fut surtout du quinzième au dix-septième siècles que les poupées de bois, de cire ou de carton-pâte tinrent le rôle qui est aujourd’hui donné aux femmes-mannequins des grands couturiers. 

Pourtant, en 1852, Natalis Rondot pouvait encore écrire dans le Magasin pittoresque :

« Les ouvrières parisiennes, n’ont pas de rivales pour l’habillement de la poupée, elles savent, avec une prestesse et une habileté merveilleuse, tirer parti des moindres morceaux d’étoffe pour créer une toilette élégante. Le mantelet, le casarecka et la robe d’une poupée d’un franc sont la reproduction fidèle et correcte des modes nouvelles, et dans ces costumes chiffonnés avec tant de coquetterie, l’habilleuse ne se montre pas seulement excellente lingère, couturière ou modiste : elle fait preuve, en même temps, de goût d’ans le choix des tissus et le contraste des couleurs. Aussi la poupée est-elle expédiée dans les départements et souvent même à l’étranger comme patron de modes. Elle est même devenue un accessoire indispensable de toute exportation de nouveautés confectionnées et il est arrivé que faute d’une poupée, des commerçants ont compromis le placement de leurs envois. Les premiers mantelets vendus dans l’Inde furent portés sur la tête, en mantille, par les dames de Calcutta, la poupée modèle arriva enfin et l’erreur fut reconnue. »

Aux Indes, les poupées indigènes tiennent, en vertu d’anciennes coutumes, un autre emploi. Elles sont l’objet d’une sorte de culte, on veille à la tenue de leur logement, on organise des cérémonies en leur honneur, on a même célébré en grande pompe des mariages de poupées. 

Si la France, depuis longtemps, s’était placée au premier rang pour l’habillement des poupées, la suprématie dans la construction même des figurines revenait à l’Allemagne. 

En 1862 un fabricant nommé Jumeau créa véritablement l’industrie de la poupée française. En peu de temps l’exportation fut organisée. 

En Angleterre, des industriels s’intéressèrent également à la question. 

Ainsi, la poupée qui était déjà jouet d’enfant et instrument de publicité devint le motif d’une fabrication prospère. Aujourd’hui, les fillettes ont encore des poupées mais les femmes majeures en ont aussi : poupées richement peintes et somptueusement parées, qui trônent sur les fauteuils, les lits et les divans. 

Des dames de lettres parlent très sérieusement de l’âme de leur poupée… 

Laissons là ces futilités et ce fétichisme. 

Rien n’est plus émouvant, au fond, que la malheureuse gosse qui étreint avec passion la poupée de pauvre, la poupée faite de vieux chiffons roulés, découpés et ficelés, la poupée rudimentaire sans doute, mais enrichie de tous les dons de l’imagination et de la poésie enfantines. 

Marcel Lapierre. « Almanach des coopérateurs. » 1936.

Comment se mouchaient nos ancêtres

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Telle est la question, mes chers lecteurs, et vous aussi, mes chères lectrices, que vous avez dû souvent vous poser, lorsque vous approchez de vos narines ces morceaux d’étoffes, plus ou moins luxueux, fins, et brodés, destinés à débarrasser votre cerveau des humeurs indiscrètes qui l’encombrent.

Il est plus que probable que nos pères, à commencer par Adam et Eve, se mouchaient avec leurs doigts, et cet usage devait, après eux, se généraliser, au point que l’historien grec Xénophon nous apprend que Cyrus, roi des Perses, fut obligé d’interdire à ses sujets  de se moucher, et le reniflement devint pour eux obligation. On reniflait aussi chez les Grecs et les Romains. Cependant, les gens aisés se servaient d’une sorte de serviette-mouchoir qu’ils appelaient sudarium, c’est-à-dire suaire. Les élégants en possédaient même deux qui leur servaient successivement à s’essuyer les mains et le visage. Le premier était en lin, et se portait à la ceinture, l’autre était en soie et se tenait à la main. Les Romains y ajoutèrent même l’orarium, qu’ils employaient pour s’essuyer la bouche. Quant aux peuples Asiatiques, ils n’ont jamais cessé de se moucher avec leurs doigts, qu’ils essuient à de riches étoffes brodées.

En Europe, l’usage constant du mouchoir coïncide avec l’apparition de la tabatière qui devait être en grand honneur au XVIIIe siècle. C’était un luxe comme la canne et l’éventail. Non seulement, les grands seigneurs se fourraient dans le nez des prises copieuses, mais il était de bon ton de faire priser également son jabot et ses dentelles.

A ce sujet, voici une curieuse anecdote rétrospective :

Un jour, le roi Louis XV se promenait sur la terrasse de Saint-Germain. Un coup de vent souleva quelques grains de tabac de dessus le jabot d’un courtisan et les lança très irrespectueusement dans l’œil du Roi.

Aussitôt sa Majesté se livra à une pantomime des plus comiques. Puis, se tournant brusquement vers le marquis d’Hauteville, elle lui dit :

Marquis, soufflez-moi dans l’œil.

Celui-ci, quoique un peu troublé, obéit avec une grâce et une habileté qui lui valurent les félicitations de toute la cour. Il fut le héros de la journée et peut être de la semaine. Longtemps après, un de ses descendants, après avoir énuméré les hauts faits de ses aïeux, ne manquait jamais d’ajouter :

Et mon grand oncle, Jean Ladislas, Maxence d’Hauteville eut l’honneur, le 3 mai 17… de souffler dans l’œil du Roi…

L’habitude de priser devait donc généraliser l’usage du mouchoir.

Tout d’abord, répondant à son but, il consiste en un foulard de couleur sombre. Mais bientôt, les personnes qui ne prisaient pas, les dames surtout, voulurent avoir leur mouchoir, qui devint blanc, et que la coquetterie féminine ne tarde pas d’embellir de jolies broderies et de rares dentelles.

Mais, le mouchoir ne servait pas qu’à… se moucher. Le compositeur Étienne Nicolas Méhul s’en entourait le poignet pour battre la mesure, et déjà, les musiciens de l’orchestre, s’en servaient pour appuyer leurs violons contre leur épaule, et éviter ainsi l’usure trop rapide de leurs habits. Les campagnardes s’en servaient en guise de coiffure, et lorsque la diligence partait, emportant au loin des êtres chers, c’était à qui s’enverrait le suprême adieu, en agitant son mouchoir.

Et quand on songe que de nos jours certains médecins prétendant que le mouchoir est un nid à microbes et veulent le remplacer par un papier spécial, on en arrive très sérieusement à se demander si le roi Cyrus ne fut pas un grand hygiéniste.

« L’Universel : magazine hebdomadaire. » Paris, 1903.

On ferme !

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L’Amérique, fameuse par ses sociétés de tempérance et la guerre qu’on y fait aux débitants de boissons spiritueuses, a désormais une émule en Perse. 

Les femmes de Téhéran ont envoyé dernièrement une députation auprès du schah de Perse pour lui exposer que le sexe fort de la capitale persane se livrait à des stations trop prolongées dans les cafés, ce qui avait des inconvénients pour le développement de la vie de famille et pour le bonheur du foyer domestique.

Le schah n’y a pas été de main morte; il a ordonné la fermeture de tous les cafés de son royaume.

Les boulevardiers de Téhéran sont dans la désolation.

« La Revue des journaux et des livres. » Paris, 1885.

La cure par les larmes

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Un médecin français qui a longtemps séjourné en Orient raconte qu’en Perse les larmes sont encore considérées comme une panacée souveraine en certains cas. Voici de quelle façon on recueille aux enterrements cette précieuse rosée du coeur :

Le conducteur du deuil remet à chaque membre de la famille une petite éponge qui lui servira à s’essuyer les yeux pendant la cérémonie. L’inhumation achevée, les pleureurs rendent leur éponge plus ou moins humectée au prêtre qui les presse sur un plateau. L’officiant verse ensuite dans un flacon bien bouché ce liquide qu’il emploiera pour soulager ses paroissiens, le cas échéant. 

Il importe pour la bonté du remède que ces pleurs d’héritiers ou d’indifférents soient sincères. Et c’est pour cette raison sans doute que les cures sont si rares.

« Gazette de France. »  Paris, 1903.

Les ânes du roi de Perse

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Le roi de Perse a des ânes dans ses écuries. Un jour, un Espagnol les voyant richement enharnachés et rangés dans la cour du palais, perdit sa gravité et se mit à rire. Un officier de la cour lui en demanda la raison.

L’Espagnol répondit qu’il riait de voir traiter avec tant de distinction des animaux qu’on traite avec le dernier mépris en Espagne.

— C’est apparemment que les ânes sont fort communs dans votre pays, dit l’officier; car pour nous, c’est parce qu’il sont si rares que nous  les traitons avec tant de distinction.