phonographe

Un ancêtre du phonographe

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john_wilkinsOn trouve dans un ouvrage de l’évêque John Wilkins, l’un des fondateurs de la Société royale de Londres et physicien distingué, publié en 1648 sous le titre de Magie mathématique, les lignes suivantes :

« Walchius prétend qu’il est possible de conserver entièrement les sons vocaux, c’est-à-dire toute parole articulée par la voix, soit dans une caisse, soit dans un tube, et que ce tube ou cette caisse ouverts ensuite, les mots en sortiraient sûrement, dans l’ordre même où ils auraient été prononcés; — en quelque manière, comme on dit que, dans certaines contrées glaciales, les paroles proférées par les gens gèlent en sortant de leur bouche, et ne peuvent être entendues avant l’été prochain, sauf  l’éventualité d’un grand dégel. »

— Mais, conclut le savant prélat, cette conjecture peut se passer de réfutation.

« La Science illustrée. » Paris, Ier décembre 1887.

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De l’habitude de parler haut quand on est seul

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robinson-crusoeRobinson seul, dans son île déserte où il vécut si longtemps, avait-il l’habitude de se parler à lui-même souvent, à haute voix ? Sans aucun doute autrement il aurait probablement perdu, après tant d’années, l’usage de sa langue. 

D’abord chaque jour il répétait à haute voix les paroles habituelles où il élevait son âme vers l’éternel. Puis il s’entretenait en anglais avec son perroquet qui lui renvoyait ses mots et ses phrases. Il exprimait aussi tout haut ses propres pensées, en marchant, en chassant, en prenant ses repas. 

Quelques philosophes, et aujourd’hui des physiologistes, supposent qu’il y a deux personnes dans chacun de nous. Ils croient pouvoir en donner pour indices, ou même pour preuves, les discussions que nous avons incessamment avec nous-mêmes, dialogues fréquents où l’un des interlocuteurs dit blanc, et l’autre dit noir. La volonté décide et fait l’unité. 

La vieille nourrice d’un de nos enfants fut surprise dernièrement parlant, seule dans sa chambrette, à qui ?… à sa lampe dont elle polissait le cuivre. « Eh ! ma bonne vieille petite lampe, disait-elle. » On en a ri; elle en a ri elle-même, mais en protestant.

Puisque je l’aime, a-t-elle dit. Nous sommes de vieilles compagnes elle et moi nous nous  rendons des services. Pourquoi ne lui dirais-je pas ce que j’ai dans mon idée ? Je sais bien qu’elle ne peut pas répondre eh bien, je me réponds pour elle ! 

— Et moi, nous a dit notre voisine d’en haut, à qui nous contions cela, je parle bien à mon chardonneret et à mon angora, et je suis sûr qu’ils me comprennent. Je vois à leurs yeux, à leurs mouvements de tête, qu’ils sont plus ou moins sensibles à mes amitiés ou à mes gronderies. Bien sûr, mes paroles n’ont pas été sans influence sur leur éducation ce sont les meilleures bêtes du monde, douces et sociables. Tenez n’avons-nous pas raison de faire la guerre à notre excellent cousin Daniel, que nous appelons le taciturne et à qui nous sommes obligés d’arracher les mots de la bouche. Silencieux, il est triste dès qu’il se prend à parler, peu à peu il s’égaye et parfois même devient comique

On perfectionnera sûrement le phonographe, cet instrument qui conserve et répète autant de fois et aussi longtemps que l’on veut les paroles qu’on lui dit à l’oreille. Si l’on parvient à l’emplir de bons et agréables discours, surtout de conversations d’êtres aimés, de quelle ressource ne sera-t-il pas pour les solitaires ? Et comment ne céderait-on pas à l’envie de leur répondre ?

Édouard Charton, Paris, 1988.

Un testament phonographique

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thomas-edison

Les journaux américains signalent une nouvelle application originale du phonographe.

Sentant sa fin prochaine, le richissime Stephen Anderson, qui possède à New-York quarante maisons et une fortune de 100 millions de dollars, soit un demi-milliard, paralysé depuis six mois et dans l’impossibilité d’écrire ses dernières volontés, fit apporter sur son lit de douleur le phonographe, dans lequel il parla son testament d’une voix mourante. Puis il fit fermer l’instrument, sur lequel on appliqua les scellés, et il rendit l’âme le 13 mars.

Le 20 mars, le phonographe fut solennellement ouvert chez Me Smithson, le notaire de Broadway, et tous les héritiers qui se trouvaient réunis prirent connaissance des dernières volontés de Stephen Anderson.

« Gazette littéraire, artistique et bibliographique. »  Paris, 1891.
Illustration : Thomas Edison, inventeur américain. Huile sur toile d’Abraham Anderson.

Le phonographe en 1650

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On a un peu la manie, aujourd’hui, de vouloir démontrer que nos inventeurs n’ont rien inventé, en allant chercher dans les temps passés l’idée primitive des découvertes qu’ils ont appliquées de nos jours. Voici pourtant cette fois un bien curieux passage que l’Intermédiaire a extrait du Voyage dans la Lune, de Cyrano de Bergerac, et où l’on trouve incontestablement l’idée du phonographe.

Cyrano de Bergerac vient de recevoir du génie qui le conduit dans la lune deux livres ayant des couvertures qui leur servent de boîtes, et il en ouvre un.

A l’ouverture de la boîte, dit-il, je trouvai dans un je ne sais quoi de métail presque semblable à nos horloges, plein de je ne sais quelques petits ressorts et de machines imperceptibles. C’est un livre à la vérité; mais c’est un livre miraculeux, qui n’a ni feuillets, ni caractères; enfin c’est un livre où, pour apprendre, les yeux sont inutiles; on n’a besoin que des oreilles. Quand quelqu’un souhaite donc lire, il bande, avec grande quantité de toutes sortes de petits nerfs, cette machine ; puis il tourne l’aiguille sur le chapitre qu’il désire écouter, et au même temps il en sort, comme de la bouche d’un homme ou d’un instrument de musique, tous les sons distincts et différents qui servent entre les grands lunaires à l’expression du langage.

N’est-il pas bien curieux de trouver déjà dans un livre qui remonte à plus de deux cents ans la description presque complète de ce merveilleux instrument que nous connaissons depuis seulement quelques années ?

« Gazette littéraire, artistique et bibliographique. » Paris, 1890.
Illustration : Henriot.